Le FN devient RN sans éteindre la flamme identitaire
Le Front national devient vendredi soir Rassemblement national sans pour autant abandonner la flamme de son logo, gage de ralliement des...

Le FN devient RN sans éteindre la flamme identitaire

Le Front national devient vendredi soir Rassemblement national sans pour autant abandonner la flamme de son logo, gage de ralliement des...
Public Sénat

Par Anne RENAUT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Front national devient vendredi soir Rassemblement national sans pour autant abandonner la flamme de son logo, gage de ralliement des militants rétifs à ce changement de nom et reflet d'une ligne plus identitaire depuis l'échec à la présidentielle.

La nouvelle appellation, proposée par la présidente Marine Le Pen au congrès de mars, est censée marquer le point d'orgue de la refondation d'un parti débarrassé de son passé raciste et antisémite et désireux de trouver des alliés pour gagner.

Mais les alliances tardent à voir le jour et la dédiabolisation n'est pas achevée.

Consultés par courrier depuis le 9 mai, les militants du FN devraient adopter sans surprise le nouveau nom proposé par leur cheffe, qui annoncera les résultats du vote à Lyon vendredi soir, à l'issue d'un conseil national (parlement) élargi du parti.

"Nous entendons rassembler et pas simplement être un front", a expliqué sur LCP l'eurodéputé Nicolas Bay.

Les militants étaient très partagés sur le principe d'un changement d'appellation, mais le maintien de la flamme "c'est le changement dans la continuité", ajoute le député du Nord Sébastien Chenu.

- "Trahison" -

Une "trahison" dénonce Jean-Marie Le Pen. "Plus qu'une étiquette, c'est aussi une longue et courageuse histoire militante que l'on renie", s'est insurgé le cofondateur du parti, condamnant "les inspirateurs comme les exécutants" de cette décision.

Pour Marine Le Pen, la référence c'est le groupe parlementaire frontiste entre 1986 et 1988 appelé "Front national-Rassemblement national", qui comptait plusieurs députés de la droite classique.

Le RN gardera l'emblème de la flamme, calque du logo du parti néofasciste italien Mouvement Social Italien (MSI), aujourd'hui disparu, dont s'est inspiré politiquement le FN à ses débuts et qui l'a aidé financièrement, rappelle l'historienne Valérie Igounet.

De quoi rallier les 48% de récalcitrants qui avaient exprimé, dans un questionnaire distribué à l'automne, leur opposition à un changement de nom. Une très large majorité de militants s'étaient en revanche dits attachés à la flamme, "identification" au parti et symbole des "combats" menés, disent les militants.

"Ça a toujours été le dilemme du parti, essayer de s'ouvrir à la droite classique et, en même temps, garder le symbole d'un FN qui n'est pas encore éteint", explique Mme Igounet.

- Liste commune -

La flamme, symbole de continuité, incarne de ce fait les thèmes fédérateurs du parti comme la sécurité et l'immigration, que met en avant Marine Le Pen, soucieuse de rassurer des militants sonnés par son échec à la présidentielle.

"Le FN n'est pas en forme et se replie sur ses fondamentaux", résume Mme Igounet.

La première campagne électorale du FN avec cet emblème, en 1978, adoptait d'ailleurs un slogan qui a fait date: "1 million de chômeurs c'est 1 million d'immigrés en trop".

La présidente du FN Marine Le Pen (D), et le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, lors d'une rencontre au siège du Front national, le 29 avril 2017
La présidente du FN Marine Le Pen (D), et le président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, lors d'une rencontre au siège du Front national, le 29 avril 2017
AFP/Archives

L'eurodéputé et économiste Bernard Monot, qui a quitté cette semaine le FN pour rallier Nicolas Dupont-Aignan, reproche aujourd'hui à son ancien parti de "ne plus parler d'économie et de social" et seulement de "sécurité, lutte contre le terrorisme et l'immigration".

"L'identité" des nations et les origines helléno-chrétiennes de "la civilisation" européenne ont dominé les interventions au rassemblement de Nice le 1er mai entre le FN et ses alliés européens.

Ces dernières semaines Marine Le Pen a également salué les actions antimigrants du mouvement radical Génération Identitaire (GI), et les jeunes du FN se sont rebaptisés Génération nation.

L'accent mis sur l'identité et la nation devrait notamment séduire les partisans de l'ex-députée Marion Maréchal, qui a relancé les spéculations sur son avenir politique en lançant une école de sciences politiques pour former des élites "enracinées", dans un "combat culturel nécessaire au combat électoral", au risque de faire de l'ombre à sa tante.

Malgré le nouveau nom, la ligne du RN restera orientée "à droite toute" sur la préférence nationale, rendant hypothétiques les rapprochements, selon le politologue Jean-Yves Camus. Le président de LR Laurent Wauquiez y oppose une fin de non-recevoir et les personnalités approchées n'ont pas encore répondu.

Marine Le Pen a proposé jeudi à son ancien allié à la présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan, de figurer sur une liste commune pour les européennes de l'an prochain, alors que le président de Debout la France semble vouloir lancer sa propre liste avec le Parti Chrétien-Démocrate et le CNIP.

Partager cet article

Dans la même thématique

France : Edouard Philippe visits Zuydcoote to discuss immigration
10min

Politique

« La fébrilité est de leur côté, pas du sien » : sous pression du camp Attal et Retailleau, Edouard Philippe reste droit dans ses bottes et refuse la primaire

Après Gabriel Attal et David Lisnard, Bruno Retailleau s’est rangé à l’idée de primaire de la droite et du centre, au point de commencer à y travailler. Si le candidat Horizons ne change pas d’avis, « il portera seul la responsabilité de la division », prévient Laurence Garnier, porte-parole de Bruno Retailleau. « On attend du prochain chef de l’Etat qu’il sache résister à la pression de Trump ou Poutine, ce n’est pas celle des candidats mal partis qui fera fléchir Edouard Philippe », rétorque Nathalie Loiseau, porte-parole d’Edouard Philippe…

Le

Paris: JM Melenchon conference de presse comptes publics
8min

Politique

Présidentielle 2027 : avec la « Nouvelle France », Jean-Luc Mélenchon fait de l’écologie la clé de voûte de son programme

Avec 1 069 mesures, dont 238 nouvelles, La France insoumise dévoile vendredi 6 novembre une nouvelle édition de son programme présidentiel, L’Avenir en commun. Si les marqueurs historiques du mouvement sont largement reconduits, l’écologie en devient la porte d’entrée. Derrière ce changement de priorité, Jean-Luc Mélenchon cherche à imposer un nouveau récit, celui de la « Nouvelle France », qui succède à l’« union populaire » de 2022.

Le