Bologna students march in solidarity with French protests
Students march through Bologna's university district during the "Jeunesse en colere" demonstration in solidarity with youth protests in France. Around 300 demonstrators joined the march, which began at Piazza Verdi, voicing opposition to precarious working and living conditions, the rising cost of living, war and militarisation. During the demonstration, some participants entered the Odeon cinema in an action calling for greater access to culture. Where: Bologna, Italy When: 06 Oct 2026 Credit: Thomas Cavagna/JNA Press/Cover Images/COVER56078484/Thomas Cavagna/JNA Press/Cover Images/SIPA/2610071658

Les crises sociales en Europe sont-elles nées dans le sillage des manifestations françaises ?

Une contagion française ? Italie, Belgique, Portugal, Grèce… Les mobilisations du 17 octobre ont dépassé les frontières de la France. Depuis début octobre, la colère sociale semble gagner l’Europe.
Chiara Carbonnet

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À la suite des importantes mobilisations et violences de ce samedi 17 octobre, la Commission européenne s’est exprimée lundi soir. Si elle a qualifié « d’inacceptables les pillages et les attaques contre les individus ou des bâtiments publics », elle rappelle la distinction nécessaire entre manifestants pacifiques et auteurs de violences.

Depuis fin septembre, les mobilisations ne cessent de croître dans les pays européens. Si le mouvement lycéen français a eu un fort impact sur la jeunesse des autres pays, il semble que la colère sociale se généralise en Europe.

« Les slogans s’internationalisent avec les réseaux sociaux »

Depuis le début du mois d’octobre, certains manifestants italiens revendiquent directement l’influence du mouvement lycéen français. Ces derniers ont notamment repris le slogan « Facciamo come in Francia », soit « Faisons comme en France ». Après le « Tout le monde déteste la police » qui s’était déjà exporté en Italie, les dernières mobilisations italiennes ont repris le « Bismillah c’est les ténèbres », un slogan des lycéens français faisant référence aux propos d’un potentiel policier qui aurait tenté d’avoir des informations sur les blocus sur le réseau social Snapchat.

En Grèce, où des étudiants se sont mobilisés contre la vie chère et les difficultés d’accès au logement, certains manifestants affichent également des slogans en français. « On n’est pas des machines », lit-on sur une pancarte d’une universitaire lors d’une manifestation à Athènes, le 13 octobre dernier.

« Les slogans s’internationalisent avec les réseaux sociaux », explique l’historien et spécialiste des mouvements sociaux, Sylvain Boulouque. Le terme « ACAB », « qui vient d’Angleterre et qui s’est diffusé aux États-Unis », « fait le tour du monde depuis quelques années. Ce n’est pas nouveau », précise-t-il. Selon le chercheur, « les réseaux sociaux ont des effets de détonateurs ». En effet, à Bologne, Milan ou encore Turin, le mouvement « Italia in piazza » est né sur les réseaux sociaux au début du mois, avec la volonté affichée de s’émanciper des syndicats et se disant apartisan. Les manifestations de ce samedi 17 octobre à Bruxelles ont elles aussi émergé des réseaux sociaux.

« La dégradation des bâtiments publics est une spécificité française »

Lors des mobilisations en Italie de ce 17 octobre, des scènes de violences ont été observées : barricades en feu, pillages, heurts violents avec les forces de l’ordre dans les grandes villes de l’Italie telles que Milan, Turin et Bologne. Des violences que la présidente du Conseil des ministres d’Italie, Giorgia Meloni, a rapidement condamnées sur X : « Manifester est un droit. Mettre nos villes à feu et à sang ne l’est pas », a réagi la dirigeante, appelant les partis d’opposition à condamner sans ambiguïté les dégradations engendrées.

Selon l’historien Sylvain Boulouque, « les pillages et la casse ne sont pas spécifiques à la France, on voit des scènes similaires en Italie et à Tirana en Albanie ». Si on remonte un peu plus loin dans l’histoire des mouvements sociaux, « cette pratique était déjà visible lors des manifestations aux États-Unis contre la mort de George Floyd », poursuit-il. Toutefois, « ces phénomènes sont relativement récents ». C’est une « nouvelle pratique dans les mouvements sociaux qui s’internationalise depuis quelques années déjà ».

Toutefois, « la dégradation des bâtiments publics, comme l’incendie de la mairie de Limoges, est une spécificité française », précise le journaliste et essayiste franco-suisse, Richard Werly. Selon lui, « s’il y a eu du grabuge en Italie, l’intensité des violences restait circonscrite par rapport à ce qu’il s’est passé en France ».

« Une violence circonscrite » en Italie

« La France a un rapport à la mobilisation aujourd’hui compliqué. Il y a un problème de politique de maintien de l’ordre », souligne l’historien Sylvain Boulouque. « Par rapport aux autres pays européens, ce problème est exacerbé », affirme-t-il, en pointant une violence particulièrement importante des forces de l’ordre. « La France est par exemple le seul pays européen à utiliser les LBD sans réserve » dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre, assure l’essayiste franco-suisse Richard Werly. Selon lui, « il y a une conflictualité plus importante en France ».

« On a vraiment eu la sensation en France que la police avait été débordée par les évènements du 17 octobre. Je ne crois effectivement pas que cela ait été le cas dans les autres pays européens », explique Richard Werly. En Italie, le gouvernement craignait déjà depuis quelques semaines que la France influence une vague révolutionnaire dans le pays. Début octobre, lorsque des représentants lycéens invitaient à « faire comme en France », le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Piantedosi, avait alors décidé de renforcer les dispositifs de sécurité en vue de futures mobilisations, dans un contexte général où la forte hausse des prix de l’énergie alimente la tension sociale. A Liège, en Belgique, des manifestations de lycéens avaient déjà dégénéré auparavant, notamment depuis une action spontanée du 1er octobre. Les autorités avaient alors mis en place une interdiction des rassemblements de plus de 3 personnes entre le 7 et le 16 octobre.

« La France est une étincelle en Europe en termes de conflits sociaux »

« Il y a en fond de toutes ces mobilisations une crise économique », explique l’historien Sylvain Boulouque. Le coût de la vie et l’inquiétude quant aux conséquences de la hausse du prix de l’énergie interpellent la population. Pour le journaliste et essayiste Richard Werly, il y a un problème commun à toutes ces mobilisations qui porte sur « la chute du pouvoir d’achat » ainsi que sur « une jeunesse en colère ». « Dans tous ces pays, le dialogue social est mis à mal faute de débouchés concrets. Il y a aujourd’hui un refus des politiques d’austérité », explique l’historien Sylvain Boulouque.

« Tout ce qu’il se passe en France a toujours un fort écho en Europe. La France est une étincelle pour l’Europe en termes de conflits sociaux », conclut Richard Werly.

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