A quelques jours des vacances scolaires, les lycéens espèrent un « acte V » des manifestations mardi 13 octobre. Ce lundi, plusieurs établissement sont à nouveau bloqués comme les lycées parisiens Balzac et, fait rare, l’établissement privé Stanislas. Une dizaine de lycées rennais sont également concernés par des blocages, selon la préfecture d’Ille-et-Vilaine. Dans le Rhône, 22 établissements sont aussi « impactés », selon la préfecture. A Marseille, plusieurs lycées sont eux aussi bloqués.
Sur le plateau de BFMTV, la procureure de Paris, Laure Beccuau, s’exprime sur le nombre d’interpellations et de gardes à vue depuis le début du mouvement lycéen, qui concernent principalement des mineurs. Elle précise que ce sont des profils particulièrement « différents » à cette occasion.
« C’étaient des jeunes confrontés pour la première fois à l’institution policière et judiciaire »
A l’occasion de ses mobilisations lycéennes, « nous avons eu 273 gardes à vue » à Paris, déclare Laure Beccuau ce matin sur BFMTV. Par rapport à d’autres mobilisations antérieures, « les interpellations ont souvent été suivies d’une garde à vue » et concernent « 63% des mineurs ». Selon la procureure, « la grande majorité d’entre eux étaient âgés de 15 ou 16 ans ».
Le profil de ces derniers est assez étonnant car pour la plupart, ils étaient inconnus des services de police : « Aujourd’hui, l’ensemble des mineurs, comme la quasi-totalité qui ont été déférés, étaient des personnes inconnues. (…) Au-delà du casier judiciaire, ils étaient inconnus par les services de police ou de gendarmeries ». « C’était des jeunes qui ont été confrontés pour la première fois à l’institution policière et judiciaire », explique-t-elle.
Pour le moment aucun mineur n’a été condamné : « Les seules condamnations concernaient des majeurs, qui, pour beaucoup, ont demandé un délai pour préparer leur défense ». Ce sont des condamnations « de travaux d’intérêt général » et quelques « peines d’emprisonnement avec sursis ». Les faits reprochés, pour les majeurs passer à l’audience, « étaient soit des violences à l’encontre des forces de l’ordre, soit des faits de dégradations importantes, soit des faits de détention de mortiers ». « On a jamais déféré des gens qui faisaient des blocages », souligne la procureure.
« On est sur des profils assez particuliers à cette occasion là car ils sont très différents »
Lors de mises en garde à vue de mineurs, les parents sont systématiquement convoqués : « tous les parents sont venus et ont approuvé les politiques pénales du parquet », déclare Laure Beccuau. « Beaucoup de parents ont été assez étonnés de ce qui était reproché à leurs enfants » et « la grande majorité des mineurs, après garde à vue, ont reconnu les faits », poursuit-elle. « On est sur des profils assez particuliers à cette occasion là car ils sont très différents ».
« La question de l’adhésion politique ne fait partie de l’enquête judiciaire »
Aucun des mineurs placés en garde à vue évoque l’association à un parti politique : « La question de l’adhésion politique à tel ou tel parti ne fait pas du tout de l’enquête judiciaire ». La plupart du temps, « lorsqu’on demande comment êtes-vous arrivés là ? », les mineurs répondent qu’ils ont vu des appels au blocage de leur lycée via les réseaux sociaux.
« La seule chose constatée dans ces dossiers est que ce sont soit des lycéens qui sont arrivés en voulant participer au blocage, revendiquant telle ou telle chose par rapport à leur établissement, soit des lycéens qui se sont laissés convaincre de participer au blocage par leurs propres pairs avec lesquels ils échangent sur les réseaux sociaux », explique la procureure de la République.
8 enquêtes confiées à l’IGPN à Paris
« Nous avons actuellement 8 enquêtes qui sont confiées à l’IGPN à Paris et 2 enquêtes confiées à la déontologie de la préfecture de police », déclare-t-elle. « On sait que la police a le monopole de la ‘violence légitime’, c’est-à-dire que les services de police ont le droit d’utiliser la violence, mais à des conditions précises, soit la stricte nécessité et la proportionnalité ». « A partir du moment où l’un de ces deux éléments n’existent pas dans l’usage de la violence, la question de la responsabilité de celui qui a exercé ces violences se pose et des enquêtes sont donc diligentées », conclut Laure Beccuau.