La majorité de droite au Sénat est sortie renforcée dimanche des sénatoriales, marquées par un très fort renouvellement des élus et un premier revers pour La République en marche d'Emmanuel Macron, très loin de ses objectifs initiaux.
Le Parti socialiste a plutôt bien résisté après ses cuisantes défaites à la présidentielle et aux législatives de juin et le PCF, qui semblait menacé, est en mesure de conserver son groupe à la Haute assemblée.
A l'issue de ce scrutin, 102 nouveaux élus sur les 171 renouvelables devraient faire leur entrée début octobre au Palais du Luxembourg.
"Les grands électeurs ont conforté la majorité sénatoriale", a salué le président du Sénat Gérard Larcher (LR), promettant "une majorité exigeante et positive".
Le président du Sénat, Gérard Larcher, le 17 novembre 2016 au Palais du Luxembourg, à Paris
AFP/Archives
Principaux bénéficiaires du scrutin, Les Républicains comptent désormais 159 sénateurs, soit 17 de plus que dans le Sénat sortant, selon des sources concordantes. L'UDI en compte 50 (+8) et quatre non inscrits portent la majorité sénatoriale à 213 élus de la droite et du centre.
Candidat à la présidence du parti LR, Laurent Wauquiez s'est félicité de ce "premier avertissement pour un président coupé de nos territoires".
LREM perd un siège avec 28 élus. Les socialistes limitent les dégâts et reviendront à 81 au Sénat (-5), avec un groupe plus de deux fois plus large que celui de leurs collègues députés. Avec 12 élus, les communistes perdent 6 sièges et les radicaux du RDSE en perdent 4 avec 12 élus également. Les écologistes n'ont plus que 4 élus.
Composition provisoire du nouveau Sénat selon l'étiquette politique des élus
AFP
Forte déception en revanche du côté de La République en marche, qui n'a pas réussi à s'imposer au Sénat. "Nous allons travailler à construire des majorités d’idées en rassemblant le plus possible de sénateurs autour des réformes que nous portons pour transformer notre pays", a réagi le parti du président.
Si Emmanuel Macron s'est gardé de commenter les résultats, son entourage a jugé auprès de l'AFP que le résultat était "sans surprise" et "la conséquence arithmétique des élections de 2014 et 2015".
"Peut-être que la barre avait été fixée trop haut", a déploré un macroniste dans une critique voilée du président du groupe LREM au Sénat, François Patriat. "Nous aurons aimé faire mieux", a concédé ce dernier en assurant que son groupe allait discuter "avec les centristes, les RDSE, les socialistes et les Républicains".
Au PS, l'heure est au soulagement. "Ce soir, le PS est au Sénat la première force d'opposition de gauche", s'est félicité le député Luc Carvounas pour qui le scrutin marque aussi "le retour du clivage gauche-droite".
"Face à , nous continuerons d'être la voix du peuple au ", ont tweeté les élus communistes.
Le FN ne remporte aucun nouveau siège mais enregistre une "vraie augmentation en voix", a analysé sa présidente Marine Le Pen.
- LREM paie les difficultés de l'exécutif -
Carte de France et DOM-TOM avec nombre de listes ou de candidats et sièges à pourvoir dans les départements renouvelables
AFP
Seule ministre du gouvernement Philippe en position éligible, Jacqueline Gourault (LREM/MoDem) a été réélue dans le Loir-et-Cher.
Favori et seul candidat à sa succession, le président du Sénat Gérard Larcher (LR) est réélu dans les Yvelines. Les ex-ministres socialistes Laurence Rossignol, André Vallini et Patrick Kanner ont été élus dans l'Oise, l'Isère et le Nord.
"Le résultat atteste du décalage total et caricatural entre le Sénat et les citoyens", a ironisé le député de La France insoumise, Alexis Corbière.
Le collège de 76.359 grands électeurs issus largement des municipales de 2014 remportées par la droite, plaçait de fait LR et les centristes en position de force.
Fonctionnement de l'élection pour le scrutin du 24 septembre et composition actuelle du Sénat
AFP
Mais LREM d'Emmanuel Macron semble payer les premières difficultés du quinquennat et l'inquiétude des élus confrontés aux décisions du gouvernement impactant les finances des collectivités territoriales.
Sénat Les élus locaux qui constituent l'essentiel des grands électeurs "ont besoin d'une relation de confiance et de respect avec l'exécutif", qui a "parfois manqué ces derniers temps", a observé M. Larcher.
Le Sénat reprendra ses travaux le 2 octobre, avec l'élection de son président, qui sera sans surprise le sortant Gérard Larcher.
Le nombre de groupes parlementaires -six- pourrait évoluer en fonction des tractations entre élus. Des sénateurs LR ont déjà déposé les statuts d'une association, première étape vers la constitution d'un groupe de "Constructifs" à l'image de celui créé à l'Assemblée.
A gauche, une scission du groupe socialiste entre pro-Macron et ceux qui refusent tout alignement est évoquée.
Autre enjeu du scrutin: le chef de l'Etat a besoin, in fine, d'une majorité des 3/5e du Parlement réuni en Congrès pour faire adopter ses réformes constitutionnelles. Les macronistes vont désormais tenter un rapprochement avec des élus centristes, radicaux, socialistes ou LR "Constructifs", en créant éventuellement un intergroupe.
Présentée le 13 octobre à la presse, la proposition de loi déposée par le sénateur écologiste Guillaume Gontard vise à renforcer l’encadrement de la production, de la traçabilité et de la distribution des produits à base de cannabidiol (CBD).
Alors que la présidente de la Commission a annoncé vouloir faire du Canada le premier « membre associé » de l’UE, les 27 s’interrogent : faut-il créer un nouveau statut ? Cette piste est aussi explorée dans le cas de la Grande-Bretagne qui exprime ses regrets et son envie de se rapprocher de l’Union, dix ans après le référendum sur le Brexit. Alors faut-il que l’Europe s’ouvre et jusqu’où ? On en débat dans Ici l’Europe avec les eurodéputés Nicolas Bay (France, ECR) et Javier Moreno Sanchez (Espagne, S&D).
Les parlementaires du RN et de l’UDR ont saisi le Conseil constitutionnel pour demander la « démission d'office » de son président, Richard Ferrand. Celui-ci a estimé publiquement que la révision de la Constitution proposée par Marine Le Pen n’était pas faisable. Interrogés par Public Sénat, plusieurs constitutionnalistes considèrent qu’il a pris parti sur une question de droit toujours en suspens depuis plus de soixante ans. D’autres, comme Dominique Rousseau et Benjamin Morel, dénoncent une tentative de déstabilisation de la part de l’extrême droite, contre une institution susceptible de jouer les garde-fous face à l’application du programme du RN.
Comme d’autres avant lui, Jean-Luc Mélenchon veut ouvrir les urnes aux lycéens, alors que les mobilisations de la jeunesse se multiplient. Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier défendent aussi la mesure. Pourtant, malgré des retours réguliers dans le débat présidentiel, le vote à 16 ans reste lettre morte. Plusieurs universitaires analysent les résistances à cette réforme et ses effets possibles sur la participation politique.