L’étendue des dégâts dans une période aussi courte pourrait être du jamais vu. Alors que les centres-villes pansent leurs plaies, et à l’approche de nouveaux appels à manifester samedi 24 octobres, l’heure est au bilan des destructions et des pillages commis lors des violences urbaines commises au cours du week-end dernier.
La facture devrait d’ores et déjà atteindre jusqu’à 1,2 milliard d’euros, s’agissant des pertes couvertes par les assureurs, selon les analyses de l’agence de notation Morningstar DBRS. Les coûts pourraient évidemment s’accroître si les troubles se prolongeaient sur plusieurs semaines. À l’issue du week-end, ce sont « 3 000 magasins à travers le pays ont été endommagés », selon une estimation provisoire du ministre du Commerce Serge Papin.
Dimanche, Alexandre Bompard, le président de la fédération du commerce et de la distribution (FCD), avait évalué les pertes du secteur « à plusieurs centaines de millions d’euros ». Avant tout PDG du groupe Carrefour, il avait évoqué des « coûts directs » de « plusieurs dizaines de millions d’euros » pour son enseigne.
L’ampleur des pertes lors d’autres épisodes comparables nettement inférieure
Les dégâts estimés pour les seules journées des 17 et 18 octobre excèdent déjà d’autres épisodes de violences urbains de ces dernières années. Les émeutes de l’été 2023, qui avaient suivi sur plus d’une semaine la mort du jeune Nahel, s’étaient traduites par 730 millions d’euros de pertes assurées, selon France Assureurs. Il y avait eu à l’époque 15 600 déclarations de sinistres, dont une part importante de dégâts occasionnés aux voitures.
Le mouvement des Gilets Jaunes, en 2018-2019, on recensait 220 millions d’euros de pertes assurées. Les émeutes de novembre 2005 avaient généré environ 200 millions d’euros de sinistres assurés. Plus récemment, les émeutes survenues en Nouvelle-Calédonie en mai 2024 s’étaient terminées sur près d’un milliard d’euros de sinistres assurés.
Une succession d’épisodes intenses qui pose déjà la question de l’avenir de la prise en charge par les assureurs. Les émeutes sont en train de devenir « comme des catastrophes naturelles » en France, a déclaré Marcos Alvarez, analyste chez Morningstar, au Financial Times, avec un événement qui coûte désormais des centaines de millions d’euros de dégâts chaque année. Invité de BFM Business le 19 octobre, le directeur général d’Axa Thomas Buberl, a prévenu que si les violences se répétaient, les assureurs ne seraient plus là « pour protéger ». Morningstar DBRS évoque pour le moment une « perte de résultats significative » pour le secteur, mais rien qui n’entraîne pour le moment une crise de solvabilité.
Des estimations qui ne sont encore que provisoires
Les estimations sont encore loin d’être affinées. « La gravité des sinistres individuels touchant les biens commerciaux ainsi que l’ampleur des demandes d’indemnisation pour perte d’exploitation détermineront le montant final », a précisé Morningstar DBRS.
Or, c’est sur ce point que le manque à gagner pourrait se faire ressentir chez de nombreux commerçants, dont l’activité s’être arrêtée avec les dégâts, ou à cause des fermetures préventives. Dans les contrats d’assurance, l’indemnisation pour fermeture partielle ou totale dépend de garanties optionnelles.
Les marges des commerçants devraient être aussi impactées par le renforcement des dispositifs de sécurité. Ce jeudi, le préfet de police de Paris a par exemple invité les commerçants de la ville à recourir à des agents privés.
Le secteur du tourisme fera aussi face à un chiffre d’affaires moins important, en raison d’une désertion de certains touristes, à l’image de ce qui avait été observé durant la crise des Gilets Jaunes. « Les premières annulations de touristes arrivent dans les hôtels parisiens », prévenait mardi Franck Delveau, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie d’Île-de-France. Il redoute « des annulations de l’ordre de 10 %, un chiffre qui varie selon les hôtels et les sites », confiait-il au Parisien.
Impact direct sur les finances publiques
Le coût se répercutera aussi sur les finances publiques, au travers des bâtiments ou infrastructures publiques touchées, d’une moindre activité ou encore des dispositifs de soutien annonces. Le gouvernement a annoncé la mise en place d’un fonds de soutien pour les entreprises de moins de 50 salariés, ou encore chômage partiel. Au niveau assurantiel, se posera aussi la question du montant finalement recouvrable auprès de l’État.
Mais c’est sur le marché de la dette française que l’effet sera sans doute le plus lourd. Conjuguées aux discussions mal engagées à l’Assemblée nationale sur le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, les images de ces derniers jours ont sans doute entaché un peu plus la réputation de la France auprès de ses prêteurs. Le taux à 10 ans est passé de 4,80 à plus de 5,10 % depuis la fin de semaine dernière, ce qui représente déjà un surcoût prévisionnel d’un milliard d’euros pour les intérêts de la dette l’an prochain.