Dans une lettre envoyée dimanche soir, le chef du gouvernement confie à ses ministres cinq chantiers, issus des sujets remontés par les conseils académiques de la vie lycéenne, qui fixent un calendrier pour répondre à une partie des revendications. Pour rappel, les lycéens réclament davantage de moyens humains et financiers pour l’Éducation nationale et dénoncent une pression importante de Parcoursup, un manque de professeurs, des bâtiments délabrés ou encore des emplois du temps à trous.
Au sujet de Parcoursup, Sébastien Lecornu demande à ses ministres des propositions d’amélioration d’ici fin octobre : « Les ministres chargés de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur proposeront, avant fin octobre, des améliorations réelles pour la campagne 2027. Chaque candidat doit comprendre les critères retenus par les formations, leur importance respective, la place des notes et des spécialités, ainsi que le rôle des outils utilisés pour examiner et classer les dossiers. La transparence doit aussi permettre de comprendre la réponse reçue et les possibilités qui restent ouvertes », déclare-t-il dans sa lettre.
Pourtant, la question de la transparence n’est pas nouvelle. Créé en 2018, le système Parcoursup faisait déjà débat au Sénat. La commission de la culture, qui a publié un rapport sur Parcoursup en 2019, avait dénoncé le manque de transparence des algorithmes locaux qui engendrent de la discrimination sociale. Le sénateur LR Jacques Grosperrin et l’ancienne sénatrice centriste, Sophie Joissains avaient alors déposé la même année une proposition de loi pour imposer aux établissements de l’enseignement supérieur de révéler les critères d’admission via Parcoursup.
La transparence des algorithmes locaux, un combat du Sénat depuis 2018
« Depuis 2018, je n’ai cessé de dénoncer le manque de transparence des algorithmes locaux », déclare le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, « la Commission de la culture avait vu tout ça, on n’est pas dans l’inconnu ». Dès 2019, lorsque la commission de la culture du Sénat a rendu compte de ses travaux, Jacques Grosperrin, sénateur LR et rapporteur de la commission, avait montré que la procédure Parcoursup se compose d’une phase de pré-classement qui met en œuvre des « algorithmes locaux » et d’un examen individuel des dossiers. « L’existence des algorithmes locaux est indéniable, contrairement à ce que soutient la ministre qui s’obstine à nier cette évidence », affirmait-il.
Les formations sont totalement libres de choisir leurs critères d’admission : « Parcoursup n’obéit pas aux règles classiques imposées par la CNIL et le RGPD. Cela permet aux universités de faire leur petite popotte », explique Pierre Ouzoulias, sénateur communiste. Les lycéens ne disposent donc pas des critères utilisés, ce qui les empêche de savoir pourquoi ils ont été refusés. « On le sait, les universités ne peuvent pas traiter toutes les demandes », elles utilisent alors principalement les notes du baccalauréat de l’épreuve de français et les notes du contrôle continu de la classe de terminale pour faire un pré-classement, via un algorithme national. Mais le problème est que « certains établissements, notamment parisiens, pondèrent ces notes en fonction du rang de classement du lycée d’origine », souligne le sénateur. « Le Défenseur des droits de l’époque, Jacques Toubon, l’avait montré. Il y a dans Parcoursup la possibilité d’une forme de discrimination sociale à partir du lycée d’origine », poursuit-il. Un très bon élève d’un lycée mal classé est ainsi défavorisé par rapport à un élève d’un lycée mieux classé. « Ça n’a rien d’étonnant que les lycées de communes populaires fassent des blocages » puisqu’ils sont les premiers touchés par « cette relégation sociale », déclare le sénateur communiste.
Selon le sénateur LR Max Brisson, Parcoursup est « opaque » et cela crée du stress « car il y a une incompréhension sur les critères retenus ». « On peut s’interroger sur ces algorithmes » mais le réel enjeu est sur le fait que « ces algorithmes essayent de multiplier les entrants par la mise en place d’un système d’orientation opaque ». Tout ceci, « sur un fond d’hypocrisie d’accès à tous à l’université ». Le vrai sujet est là pour le sénateur LR qui « s’oppose à tout autre chose que le mérite » : « On envoie des étudiants à l’université via Parcoursup dont on sait parfaitement qu’ils n’ont pas le niveau pour poursuivre ces études ».
Faut-il supprimer Parcoursup ?
« Ce n’est pas possible de supprimer Parcoursup », explique Pierre Ouzoulias. « Vous êtes dans tous les cas dans un système où il y a beaucoup plus de candidatures que de places disponibles. La suppression de Parcoursup ne répond pas au problème du manques de place dans les universités », poursuit-il. Il faudrait, selon lui, réformer la plateforme. Premièrement, en demandant plus de transparence des universités sur les critères de sélection mais aussi en rendant anonymes les lycées d’origine des candidats. Il souhaite également revenir « à la hiérarchie des vœux qui est le seul moyen de savoir si les propositions obtenues correspondent aux choix des lycéens. » De plus, la sélection doit se faire sur les notes du baccalauréat : « Aujourd’hui, le calendrier de Parcoursup rend le bac secondaire puisque ce sont les notes au contrôle continu qui comptent le plus », explique le sénateur PCF.
Pour Max Brisson, il faut aller plus loin et « changer radicalement de système ». Le sénateur considère que le problème de Parcoursup provient avant tout du fait que la plateforme « affecte des étudiants qui vont se casser la figure dans la poursuite de leurs études car ils n’ont pas les prérequis nécessaires ». Aussi, le sénateur propose « d’abandonner Parcoursup », qui est un système national, pour « donner plus d’autonomie aux universités ». Il imagine alors quelque chose de plus localisé, via une plateforme, qui permettrait « à chaque université de fixer ses propres critères de sélection ».
« La crise actuelle, c’est le résultat de dix années d’insatisfaction totale », selon Pierre Ouzoulias
Si le sénateur LR condamne les violences des mouvements lycéens et appelle à « un retour à l’ordre » avant d’engager toute discussion, il reconnaît qu’il y a « de vraies angoisses » derrière ces mobilisations. « On parle de Parcoursup mais il y a également la réforme du bac qui crée de lourds emplois du temps ». Selon lui, il n’y a pas « trop d’heures de cours » mais « trop d’heures de lycée » pour ces élèves qui, depuis cette réforme du bac « à la carte », ont des emplois du temps « en gruyère ». « Le bac Blanquer est une usine à gaz, un bac de spécialité et d’option, qui fait que l’on peut avoir deux heures d’études dans l’après-midi et un cours en option à 18h », explique Max Brisson. Il souligne le fait que cette réforme a voulu à la fois spécialiser les élèves tout en leur demandant de suivre pratiquement toutes les matières dans le tronc commun, « et tout ça sur une semaine de 4 jours et demi ». « On est le seul pays européen à faire ça », conclut-il.
« La révolte des lycéens est liée à toutes ces réformes scolaires (…) qui ont inspiré de la défiance », explique le sénateur PCF. C’est le résultat de « 10 ans d’échec de réformes successives de l’Éducation nationale ». D’après lui, « tout le système est perverti » car les réformes du bac, du lycée ou encore des Bachelor Universitaire de Technologie « n’ont pas été menées de façon cohérente ». Le sentiment d’insatisfaction des lycéens n’est pas nouveau, « le gouvernement le savait » mais il a préféré mettre « la tête dans le sable en pensant que ça passerait. Or, à un moment donné ça ne passe plus ». « Le crise actuelle, c’est le résultat de dix années d’insatisfaction totale ».