La place de Sens commun fait grincer quelques dents à droite

La place de Sens commun fait grincer quelques dents à droite

L'éventuelle participation de Sens commun à un gouvernement en cas de victoire de François Fillon et la place croissante prise par cette...
Public Sénat

Par Déborah CLAUDE, Benoît FAUCHET

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L'éventuelle participation de Sens commun à un gouvernement en cas de victoire de François Fillon et la place croissante prise par cette émanation de la Manif pour tous à droite inquiètent certains ténors LR.

"Pourquoi pas?". François Fillon n'a pas fermé la porte ce week-end à des ministres issus de ce mouvement, s'il était élu président. Issu de la +Manif pour tous+, qui a contesté la loi autorisant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe en 2013, Sens commun revendique actuellement quelque 10.000 adhérents.

Jean-Pierre Raffarin, ex-Premier ministre et ancien soutien d'Alain Juppé à la primaire, a laissé percer son inquiétude mercredi: "Je veille à ce que les principes républicains soient respectés, c'est pour ça que, comme Alain Juppé, je ne souhaiterais pas que Sens commun dicte sa ligne au gouvernement".

Et d'ajouter: "Je souhaite que personne ne dicte une ligne autre que celle du projet de François Fillon pour lequel je vote", "pas plus les cathos ou les francs-maçons".

Manifestation aux Invalides à Paris contre le mariage homosexuel, organisée par le collectif La Manif pour tous le 21 avril 2013
Manifestation aux Invalides à Paris contre le mariage homosexuel, organisée par le collectif La Manif pour tous le 21 avril 2013
AFP/Archives

Le candidat de la droite à la présidentielle a précisé qu'il voulait une majorité allant de Sens commun au chiraquien François Baroin. "Cette façon qu'ont une partie des commentateurs et des élites politiques de classer les Français et de jeter une forme de discrédit sur certains d'entre eux est insupportable", a protesté François Fillon.

Souvent cité comme Premier ministrable, François Baroin a mis en avant ses engagements "pour une laïcité d'égal niveau" mais aussi déclaré n'avoir "aucun a priori" sur Sens Commun. Les critiques, "c'est un peu de la caricature et de la surpondération du rôle et du poids de Sens Commun", a plaidé un élu LR pas filloniste historique, selon lequel "il n'y a pas de malaise".

Le soir, à TF1, il a précisé que la sensibilité de Sens commun n'était pas la sienne mais qu'il ne fallait "pas jeter le discrédit" sur ce mouvement.

- Pas une "menace des fondements de la République"-

Pour le juppéiste et ancien ministre Dominique Bussereau, la pilule Sens commun ne passe cependant pas: "L'arrivée de Sens commun au sein du parti LR a été une erreur, sa présence dans un gouvernement serait une faute".

Porte-parole du mouvement, Madeleine de Jessey, co-fondatrice des Veilleurs, figure dans les "orateurs nationaux" pour la campagne présidentielle et fait des réunions publiques partout en France.

Début mars, lors du rassemblement au Trocadéro où François Fillon a sauvé sa candidature, Sens commun était déjà montré du doigt.

"Non, Sens commun n'est pas un groupuscule identitaire et religieux qui menace les fondements de la République", avait protesté Christophe Billan, président du mouvement, quelques jours plus tard.

L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin à Paris le 9 avril 2017
L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin à Paris le 9 avril 2017
AFP/Archives

"Ce rassemblement a fait l'objet d'une double instrumentalisation: une instrumentalisation par les centristes, juppéistes, lemairistes pour délégitimer Fillon. Et une instrumentalisation de la part des responsables de Sens commun eux-mêmes: ils ont sans doute été très actifs dans cette mobilisation, en tout cas ils l'ont utilisée pour dire +à droite, rien n'est possible sans nous+", décrypte Yann Raison du Cleuziou, chercheur en sciences politiques, spécialiste du catholicisme.

Il considère que ce ne sont pas "des traditionalistes", mais les représentants d'une "droite conservatrice relativement modérée".

Entre les deux tours de la primaire de la droite, Alain Juppé avait, lui, lancé: "Moi je me sens plus proche du Pape François que de la +Manif pour tous+", visant clairement Sens commun.

Et depuis, plusieurs sources LR s'étonnent et se lâchent en coulisses sur le poids pris par ce mouvement.

Manifestation contre le projet de loi Taubira sur le mariage homosexuel à Lyon, à l'appel du collectif La Manif pour tous le 5 mai 2013
Manifestation contre le projet de loi Taubira sur le mariage homosexuel à Lyon, à l'appel du collectif La Manif pour tous le 5 mai 2013
AFP/Archives

"Il y a toujours eu des catholiques pratiquants adhérents et militants UMP, sauf que, jusqu'à la Manif pour tous, ils ne demandaient rien en échange de leur soutien", explique Yann Raison du Cleuziou.

Des militants du mouvement ont été élus sur des listes LR aux dernières régionales, comme Anne Lorne à Lyon ou Sébastien Pilard ex-président du mouvement dans les Pays-de-la Loire.

"Ils sont dans une stratégie d'entrisme, de lobbying interne et de compromis, avec l'idée de faire alliance avec ceux qui sont en capacité de gagner, tout en sachant parfaitement qu'ils ne pourront pas appliquer de A à Z leur programme et qu'il faudra mettre de l'eau dans leur vin", selon Yann Raison du Cleuziou.

Dans la même thématique

La place de Sens commun fait grincer quelques dents à droite
3min

Politique

« La France aux abonnés absents le mois où tout se joue dans l’Union » selon l’eurodéputé socialiste Christophe Clergeau

Alors que la montée de l’extrême droite en Europe a été limitée aux élections européennes (quelques dizaines de sièges de gagnés pour les groupes de droite radicale sur les 720 du Parlement européen), le score du Rassemblement national et de Reconquête (37% des voix au total) en France représente un séisme politique en France mais aussi dans l’Union européenne. Le Premier ministre polonais et pro-européen Donald Tusk, malgré la victoire de son parti dimanche contre la droite ultraconservatrice du PiS (Droit et Justice), a fait part de « sa terrible tristesse » après l’annonce de la victoire de l’extrême droite en France.

Le

France : Conference de presse Nouveau Front Populaire
6min

Politique

Le programme des 100 premiers jours du « Nouveau Front populaire » 

Pouvoir d’achat, salaire, énergie, Gaza… Le « Nouveau Front populaire », qui rassemble les principaux partis de gauche, a dévoilé les mesures-clés de son programme commun de gouvernement en cas d’accession au pouvoir à l’issue des législatives anticipées.

Le

France : Conference de presse Nouveau Front Populaire
5min

Politique

Nouveau Front populaire : la répartition des circonscriptions est bouclée, les partis désignent leurs candidats

Dans la soirée de jeudi, le Parti socialiste, la France insoumise, le Parti communiste et les Ecologistes, ainsi que plusieurs autres petits partis de gauche, ont scellé leur accord, actant la naissance du Nouveau Front populaire pour faire face au Rassemblement National. Dépassées, donc, les querelles sur les répartitions des circonscriptions. Pourtant, plusieurs cas posaient problème.

Le