Les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône se transforment en sac de nœuds. Dans ce département où le RN devrait au moins faire un siège, la droite est divisée. Alors que le président LR du Sénat, Gérard Larcher, devait se déplacer à Aix-en-Provence, ce jeudi, pour soutenir la liste menée par la sénatrice UDI sortante, Brigitte Devésa, et le président Renaissance (ex-LR) de la région PACA, Renaud Muselier, liste qui a reçu l’investiture officielle LR, il a annulé au dernier moment son déplacement.
A trois jours des sénatoriales du 27 septembre, la nouvelle interroge, vu les tensions locales. Petit rappel des épisodes précédents, pour comprendre : la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, qui s’était vue proposer la troisième place de la liste Devésa/Muselier, avait finalement préféré lancer sa propre liste concurrente. Jusqu’ici, du classique. Mais surprise début septembre, Bruno Retailleau, président des LR, qui ne cesse de dénoncer le macronisme en tant que candidat à l’élection présidentielle, a apporté son soutien à Valérie Boyer dans un communiqué, ce qui est pour le moins mal passé chez Hervé Marseille, président du groupe centriste. Autrement dit, le parti soutient une liste, mais son président une autre… Une drôle de bouillabaisse, qui a dû laisser un goût amer à Renaud Muselier.
« Nous devons conforter cette majorité sénatoriale et toujours privilégier ce qui rassemble », soutient Gérard Larcher
L’annulation de la venue de Gérard Larcher ajoute un nouvel ingrédient. Sa venue était initialement évoquée la semaine dernière, avant qu’elle ne soit finalement calée ce jeudi, pour « l’apéro de fin de campagne, avec 76 maires sur les 119 du département », explique à publicsenat.fr Renaud Muselier. Dans l’entourage du président du Sénat, on évoque « un impératif personnel ». Gérard Larcher a pris la plume pour s’en expliquer et s’« excuser » auprès des candidats et des maires, dans une lettre qu’il commence d’un « chère Brigitte, cher Renaud ». Exprimant son « regret de ne pas être des vôtres demain à Aix-en-Provence », il rappelle à qui veut l’entendre que c’est bien eux, qui ont reçu l’imprimatur LR.
« Vous avez été investis, je le rappelle, par la commission nationale d’investiture avec le soutien de la majorité sénatoriale », affirme Gérard Larcher dans ce courrier, dont publicsenat.fr a obtenu copie, quitte à se démarquer du soutien apporté par Bruno Retailleau à Valérie Boyer. « Nous devons conforter cette majorité sénatoriale et toujours privilégier ce qui rassemble », ajoute le président du Sénat.
« Il n’est pas encore Président avec des comportements pareils », lâche Renaud Muselier contre Bruno Retailleau
Un rappel, presqu’à l’ordre, qu’apprécie Renaud Muselier. « La liste officielle, c’est nous ! » lance le candidat, qui ne cache pas ses critiques à l’encontre de l’ancien président du groupe LR du Sénat. « Bruno Retailleau est chef de parti et il va à l’encontre de la commission nationale d’investiture, pour laquelle il avait donné son accord. Il n’est pas encore Président avec des comportements pareils », lâche Renaud Muselier.
Il s’étonne d’autant plus du revirement de l’ex-ministre de l’Intérieur, que ce dernier l’avait dans un premier temps salué, selon le président de région. « Pour avoir l’investiture de tous les partis, je me suis mis en second, avec Brigitte Devésa en premier et Valérie Boyer en trois. Et Bruno Retailleau, lors de l’enterrement de Bernadette Chirac (en juin, ndlr), m’a remercié dans l’église, car j’avais sauvé Valérie Boyer. Et, en septembre, sans prévenir personne, il lui apporte son soutien à titre amical », raconte Renaud Muselier, qui n’en démord pas :
S’il faut attendre dimanche pour savoir si Renaud Muselier sera bien élu – certains vont jusqu’à dire que son siège devient incertain vue la configuration – il affiche déjà sa fidélité au numéro 1 du Sénat, qui vient d’ailleurs d’officialiser sa candidature pour le Plateau. « On s’inscrit dans la majorité sénatoriale, on veut un président fort, dans un Sénat fort », lance Renaud Muselier, qui ne veut cependant pas dire dans quel groupe il siégera, en cas d’élection.
« Certains LR trouvent que le président est souvent très gentil avec les centristes, dans le cadre de la campagne »
Mais ce remue-ménage du côté des Bouches-du-Rhône n’est pas sans conséquence au groupe LR. Il est aussi symptomatique de tensions larvées qui existent entre une partie des sénateurs LR et les centristes. Elles ne sont pas nouvelles. Mais à la faveur de la campagne sénatoriale, elles remontent. Avant même l’annonce de l’annulation de la visite de Gérard Larcher, un sénateur LR l’évoquait, sous couvert de l’anonymat, mercredi. « Il est question qu’il aille dans les Bouches-du-Rhône là. Mais ce serait mal vécu. J’espère qu’il n’ira pas. Ça va crisper encore plus », confiait ce membre du groupe, qui ajoutait : « Certains LR trouvent que le président est très gentil avec les centristes, dans le cadre de la campagne sénatoriale », allant jusqu’à dire qu’« il oublie un peu sa famille ».
« Ça râle sur les boucles WhatsApp », confirme un autre, qui pense cependant que « les choses vont se calmer ». Le premier craint que son groupe se mette « en position de faiblesse et se fragilise », vis-à-vis des centristes. C’est du moins le ressenti qui apparaît chez une « vingtaine de sénateurs », sur les 131 membres que compte le groupe, selon ce sénateur.
« C’est minoritaire et très temporaire »
« C’est minoritaire », confirme un sénateur LR proche de Gérard Larcher, « et c’est très temporaire en fait, c’est épisodique ». « Tout le monde sait bien que Gérard Larcher défend la famille avec une grande loyauté. Et en même temps, il doit tenir les équilibres de la majorité sénatoriale. Là, il y a juste un peu d’énervement car ce sont les derniers jours et dernières heures de la campagne », ajoute le même. Au fond, « Larcher fait du Larcher. Il cherche l’équilibre permanent », résume ce membre du groupe LR.
Un équilibre qui pourrait évoluer. Selon les dernières estimations, le groupe LR pourrait perdre entre 3 et 10 sièges dimanche, quand les centristes espèrent être stables voire progresser un peu. De quoi changer le rapport de force, toujours à l’avantage des LR, mais avec des centristes qui progresseraient. Ce qui explique aussi les petites tensions. Mais Gérard Larcher n’oublie pas que sa majorité marche jusqu’ici sur deux jambes, l’une LR, l’autre centriste, sans qui les LR n’ont pas de majorité absolue. « Le président du Sénat a deux piliers dans sa majorité. Il est garant de la cohésion de sa majorité et il ne vous a pas échappé qu’il est candidat à sa réélection », glisse un sénateur du groupe Union centriste. Aux sénatoriales, une campagne peut en cacher une autre.