Masques: quand les collectivités butent sur les prérogatives de l’Etat
"Il n'est évidemment pas question qu’une guerre des masques ait lieu entre les collectivités locales et l’État": Christophe Castaner s'est...

Masques: quand les collectivités butent sur les prérogatives de l’Etat

"Il n'est évidemment pas question qu’une guerre des masques ait lieu entre les collectivités locales et l’État": Christophe Castaner s'est...
Public Sénat

Par Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

"Il n'est évidemment pas question qu’une guerre des masques ait lieu entre les collectivités locales et l’État": Christophe Castaner s'est efforcé d'apaiser les tensions, mais la semaine a donné lieu à plusieurs escarmouches avec des élus locaux qui dénoncent les injonctions de l'Etat.

A la pénurie de masques, y compris pour les "premières lignes" que sont les soignants, vient aujourd'hui s'ajouter la problématique de leur utilisation pour tous dans la perspective du déconfinement.

Le ministre de l'Intérieur a fini par reconnaître vendredi soir la "réquisition" par les services de l'Etat de millions de masques importés de Chine à l'aéroport de Bâle-Mulhouse, au détriment notamment du Grand Est et de la Bourgogne-Franche-Comté, en raison de livraisons arrivées incomplètes.

"Nous aurions dû être plus prévenants avec les collectivités locales", a-t-il concédé dans un entretien à l'Est Républicain, assurant, comme il l'avait fait au Sénat, qu'il n'est "pas question d’une guerre des masques".

Mercredi, interpellé par le sénateur PS Jérôme Durain lors de la séance des questions au gouvernement, Christophe Castaner, sans nier les faits, avait affirmé qu'il n'y avait "pas eu de réquisition ni par l'armée ni par qui que ce soit", mais qu'il s'agissait "de fournir en priorité le personnel soignant de la région du Grand Est".

"C'est la guerre des masques. Depuis que la doctrine a changé, toutes les collectivités veulent acheter des masques. Le n'importe quoi, ça suffit ! L’Etat doit contrôler, organiser, planifier la distribution pour éviter la spéculation sur les masques", s'est emporté vendredi le secrétaire national du PCF Fabien Roussel, sur Twitter.

Un masque FFP2 le plus recherché pour se protéger contre le coronavirus
Un masque FFP2 le plus recherché pour se protéger contre le coronavirus
AFP

Prenant le relais de la présidente socialiste de Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, qui avait fustigé une réquisition "sans concertation", le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau avait poussé en début de semaine "un coup de gueule" contre les réquisitions "par l'Etat" de masques commandés par les collectivités, non par "caprice", mais pour fournir les Ehpad ou encore les aides à domicile des personnes âgées.

Et Hervé Morin, président de la région Normandie, de déplorer jeudi sur Public Sénat que l'Etat ait réquisitionné "en partie" l'avion qui devait lui en apporter.

Alain Rousset, président socialiste de la région Nouvelle-Aquitaine, a lui expliqué à l'AFP avoir joué "sur la concertation" avec les services de l'Etat pour éviter la réquisition. "On voit bien dans quelles difficultés Paris s'est empêtré, de ne pas anticiper les besoins de masques, de les faire venir, tout cela a été un joli foutoir", a-t-il dit.

- "Réalité du terrain" -

Arrivée à l'aéroport de Toulouse-Blagnac le 5 avril 2020 d'une cargaison de masques venant de Chine
Arrivée à l'aéroport de Toulouse-Blagnac le 5 avril 2020 d'une cargaison de masques venant de Chine
AFP/Archives

Le ministre de l'Intérieur a aussi demandé aux préfets de "retirer les arrêtés" pris par des maires pour rendre obligatoire le port de masque dans la rue, "pendant toute la période du confinement".

La justice a suspendu jeudi l'arrêté pris par le maire UDI de Sceaux Philippe Laurent. L'édile, qui a décidé de faire appel, se base sur plusieurs avis scientifiques, notamment celui de l'Académie de médecine qui a jugé qu'un masque "grand public" devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant et après le confinement, une pratique appliquée dans d'autres pays.

"Il faut que Christophe Castaner ne considère pas que porter le masque c'est déjà aller vers le déconfinement", a argumenté vendredi sur franceinfo le président de la région Grand Est Jean Rottner (LR), pour qui "nous allons devoir apprendre à vivre différemment avec un risque sanitaire latent, permanent".

Près des trois quarts des Français seraient favorables au masque obligatoire, selon un sondage Odoxa-Le Figaro.

Et le ministre de la Santé Olivier Véran a dit vendredi devant les députés LREM avoir le sentiment que la France était sans doute plus "mûre" pour le port du masque qu'avant l'épidémie, selon des propos rapportés.

Pour le président LR du Sénat Gérard Larcher, les élus locaux "prennent leurs responsabilités". "Ce sont parmi les premiers à nous avoir alertés sur la situation des Ehpad, (...) ce sont eux qui sentent les tentations du déconfinement anticipé et quand ils prennent un certain nombre de décisions, c'est qu'ils collent à la réalité du terrain", a-t-il souligné jeudi sur LCI.

Reconnaissant "ça et là des frottements et des différences d’approche", le Premier ministre Edouard Philippe a pour sa part jugé que "l'important est que chacun y mette du sien et que l’on dépasse ces difficultés, pour atteindre le résultat visé".

Partager cet article

Dans la même thématique

France Protests
4min

Politique

Mobilisation du 31 octobre : à quoi faut-il s’attendre ?

Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.

Le

Paris. french socialist parti national council.
15min

Politique

« Je ne veux pas devenir un vieux con » : du mouvement lycéen à Raphaël Glucksmann, David Assouline, l’ancien trotskiste toujours dans les coulisses

Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.

Le

Nationwide protests over cost of living – Dijon
6min

Politique

Mouvement lycéen : Un « semi mea culpa » du gouvernement sur la gestion de la crise

Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.

Le

FRA – ASSEMBLEE – 4 COLONNES
8min

Politique

Après la proposition de primaire de Gabriel Attal, rejetée par le camp Philippe et Retailleau, le blocage perdure

En proposant une « grande primaire des démocrates », Gabriel Attal ne fait qu’un « exercice de communication » pour avoir un « prétexte » pour se maintenir, dénonce-t-on dans l’équipe de campagne d’Edouard Philippe. « Ce ne sont pas les ego qui doivent parler mais bien le sens de la responsabilité », soutient la députée Prisca Thévenot, proche du candidat Renaissance.

Le