Pression de Parcoursup, manque de professeurs, bâtiments délabrés et emplois du temps trop chargés, les lycéens veulent se faire entendre. Plus d’une semaine après le premier blocage à Créteil, la colère gronde toujours.
Le mouvement de blocage des lycéens, rejoint par les étudiants pour demander davantage de moyens pour les universités, s’est enflammé ce jeudi dans de nombreuses villes en France. Nantes, Strasbourg, Marseille, Lyon, Rennes… Hier, 900 actions ont été dénombrées devant des lycées, tous les départements étant désormais concernés, et les forces de l’ordre ont procédé à près de 2 000 interpellations, selon les autorités. « Plus d’une centaine de lycées ont connu des dégradations sévères », a indiqué le ministre de l’Éducation. « Il y a clairement une entreprise d’attaque et de destruction du service public de l’Éducation », a-t-il poursuivi.
« Les parents doivent avoir leur responsabilité de parents »
En réponse aux dégradations, le garde des Sceaux Gérald Darmanin met en première ligne la responsabilité des parents : « Les parents doivent avoir leur responsabilité de parents. Que font des gamins de 15-16 ans à attaquer des abribus ou leur chef d’établissement ? », a-t-il lancé ce vendredi sur RTL. Il a alors demandé aux procureurs d’engager la responsabilité civile des parents afin de leur faire « payer les réparations ». « C’est pas le mineur qui paye, c’est les parents, aujourd’hui c’est aussi un problème de parents », a résumé le ministre au lendemain de sa réunion avec les procureurs généraux, jugeant cette sanction « bien plus utile que l’enfermement » pour les jeunes qui dégradent. Depuis le début du mouvement, environ 2 000 personnes ont été placées en garde à vue « dont 90% de mineurs », tandis qu’un tiers des interpellés l’ont été pour des violences commises contre les personnes, selon Gérald Darmanin. Il a fustigé une « minorité agissante et violente (…), dont on n’est pas tout à fait certain qu’ils soient d’ailleurs des lycéens ».
Tous les préfets ont décidé de prendre des arrêtés d’interdiction de manifester ce jour, aux abords des lycées fermés.
La faute à qui ?
A sept mois de la présidentielle, dans un climat social et politique électrique, cette mobilisation devient une balle chaude que tout le monde se renvoie. Plusieurs personnalités politiques et au sein du gouvernement accuse La France Insoumise d’avoir orchestré le mouvement des lycéens. Après avoir « posé la question » de l’interdiction de LFI sur RMC-BFMTV ce jeudi, Bruno Retailleau affirme à nouveau ce matin que LFI « propage la violence » et fait actuellement « une grande répétition générale pour 2027 ». Les lycéens sont totalement « instrumentalisés et manipulée par les Insoumis », d’après lui. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin s’en est également pris aux responsables de LFI. Il a notamment qualifié Manuel Bompard, coordinateur du mouvement, d’être un « pompier-pyromane, comme M. Mélenchon », le candidat à la présidentielle qui a tenu des « propos extrêmement violents » avant de « changer de ton, trop tard », selon lui. Pour le ministre de l’Éducation, La France Insoumise a choisi dès le début de « cristalliser » le mouvement et de « l’étendre ». « Quand vous avez des élus qui font les tours des établissements et qui incitent publiquement au blocage, on ne peut pas dire qu’ils n’ont pas joué un rôle », a-t-il déclaré sur BFMTV ce vendredi.
Selon les services du Premier ministre, le mouvement serait donc une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l’ultra-gauche ». Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a reproché à Matignon de « sombrer dans le complotisme ». Il a rappelé que le mouvement lycéen « est né d’une contestation dans un lycée à Créteil où il manquait trois professeurs, une proviseure adjointe, une assistante sociale et une psychologue scolaire ». « Quand il y a des mobilisations dans ma circonscription, quand il y a des salariés en grève, mon devoir c’est d’aller à leur rencontre pour savoir ce qu’ils me demandent et comment je peux les appuyer. Plutôt que de reprocher à la France Insoumise, on devrait se poser la question de savoir pourquoi les députés dans les autres circonscriptions ne le font pas », a déclaré Manuel Bompard sur LCI ce vendredi. Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon a déclaré hier au micro de Public Sénat : « Comme il nous en accuse tous (d’être à l’origine du mouvement des lycéens), on se dit : ça a dû se passer par télépathie ». C’est le premier « mouvement de masse commandé par télépathie » car « il n’y a ni tract, ni discours, ni appel où que ce soit du moindre insoumis à se mettre en mouvement dans un lycée », a-t-il rit. « C’est une manière pour eux de ne pas traiter le problème. Ils font comme s’il n’y avait pas de problème », accuse-t-il le gouvernement.
Un début de dialogue ?
Dans ce contexte explosif, le gouvernement a renoncé à faire payer des frais d’inscription en BTS ou en classe prépa, mesure pourtant inscrite dans le projet de budget 2027 présenté jeudi et fustigée par la gauche et plusieurs syndicats. Afin de renouer le dialogue, Édouard Geffray rencontre depuis 9h00 ce matin les syndicats de l’éducation et associations lycéennes, dont l’Union syndicale lycéenne, fer de lance de la mobilisation, et de parents d’élèves, ainsi que les élus du Conseil national de la vie lycéenne.
L’objectif est clair : nouer un dialogue. « Une des difficultés de ce mouvement, c’est qu’il n’y a pas de revendication nationale. Tout est parti de revendications locales assez diverses », a expliqué le ministre.
Les organisations appellent toutefois à une poursuite du mouvement, avant une grande manifestation mardi.