Qu’elle accompagne les trajets du quotidien ou qu’elle rythme la préparation d’un repas, la radio reste un média de prédilection pour les 38 millions de Français qui l’écoutent chaque jour. Le régulateur de la communication audiovisuel et numérique le rappelle dans son étude publié le 31 mars 2026 : la radio est le premier média audio des Français. Néanmoins, contrairement à l’Italie ou encore le Royaume-Uni, le nombre d’auditeurs dégringole depuis vingt ans. En effet, ce ne sont pas moins de 4,4 millions de français qui ont déserté ce médium entre 2005 et 2025 et en particulier les plus jeunes. Les moins de 35 ans préfèrent se tourner vers les plateformes de streaming pour écouter de la musique et s’informent davantage sur les réseaux sociaux, les plateformes vidéo ou l’IA (39%) que via la TV, la radio ou encore la presse (36%), lorsqu’ils ont entre 25 et 34 ans – une tendance qui se renforce à mesure que l’âge baisse.
Ce basculement n’est pas sans conséquence sur la vitalité économique de la radio. Les recettes publicitaires, qui constituent l’unique source des radios privées commerciales, se sont contractés ces vingt dernières années ; elles ont plus précisément diminué de 15% entre 2005 et 2025. Cette tendance semble s’accélérer depuis 2025 puisque cette baisse s’élève à 3,5% au premier semestre 2026 relativement au semestre 2025. Selon les estimations du rapporteur, la baisse tendancielle devrait atteindre 3% par an d’ici à 2030. De l’autre côté, le marché publicitaire de l’audio digital progresse de 23% en 2025, plus particulièrement grâce aux plateformes de streaming musical.
C’est dans contexte mouvant que le sénateur issu du groupe Union centriste et Indépendant Laurent Lafon entend faire adopter dans un texte entièrement consacré à la radio un allègement des contraintes légales et règlementaires qui pèsent, selon lui, sur ce média.
Substitution des mentions légales publicitaires au profit de la diffusion de campagnes d’intérêt général
Dans un article premier, le sénateur propose de « dispenser les services de radio de certaines obligations légales [et règlementaires] publicitaires », à condition qu’ils diffusent des campagnes d’intérêt général ou des programmes d’informations sur les mêmes thématiques. Cette diffusion pourrait avoir lieu sur leurs antennes mais également sur leurs services de communication au public en ligne.
Aujourd’hui, les radios sont soumises à des obligations légales spécifiques en fonction des publicités diffusées. A titre d’exemple, le code la route oblige la promotion de l’usage des mobilités actives, partagées ou des transports en commun pour toute publicité en faveur de véhicules à moteur. Ce type d’obligations est également valable pour encourager la gestion des déchets, une alimentation saine ou encore une consommation modérée d’alcool.
Pour Laurent Lafon, la « longueur » et la « complexité » de ces mentions « nuisent à l’intelligibilité et à l’attractivité des annonces », ce qui pourrait, selon lui, fragiliser davantage encore le modèle économique des radios privées, favorisant une bascule des annonces publicitaires vers internet. Il poursuit son argumentaire en affirmant que « plusieurs études ont démontré l’ineffectivité de ces mentions. » En 2023, l’Institution nationale de la consommation a en effet réalisé une étude sur plus de 4 800 personnes pour connaître la perception par les consommateurs des mentions légales dans les pub. Elle relève notamment que pour 64% des interrogés, les mentions « ne les incitent plutôt pas ou pas du tout à changer leur comportement d’achat » et 77% « estiment qu’elles ne sont pas écoutées ou lues ». Toutefois, 77% des personnes « estiment que ces mentions légales sont importantes ». Pour le sénateur, il s’agit de trouver un point d’équilibre entre une radio attractive pour les annonceurs et la protection du consommateur.
Généralisation de la réception du DAB+ et conservation des postes radios dans les voitures
L’article suivant vise à « généraliser progressivement la réception du DAB+ dans les équipements de radio vendus en France » et à « garantir la présence d’un récepteur FM et DAB+ dans les véhicules neufs de transport de personnes » et de marchandises.
Sur le déclin, la FM ou modulation de fréquence, devrait progressivement disparaître sous l’impulsion de l’Arcom à partir de 2033 au profit du DAB+. Moins énergivore, gratuit, mobile, universel et offrant un son plus qualitatif, le développement du DAB+ est plébiscité par Laurent Lafon. Si le collectif « Ensemble pour le DAB+ » évalue à 81% le taux de couverture de la population métropolitaine d’ici fin 2026, le sénateur déplore un renouvellement « insuffisant » des équipements et plus particulièrement à domicile. Seuls 35% des individus de plus de 13 ans sont équipés d’un récepteur DAB+ selon l’Arcom et des postes incompatibles avec cette technologies continuent d’être commercialisés.
Il entend en outre soutenir la radio en garantissant « la présence d’un récepteur FM et DAB+ dans les véhicules neufs » de particuliers et de transport des marchandises. Lieu d’écoute pour 35% des français, la voiture est en effet un lieu stratégique pour la radio. Toutefois, malgré de la directive du décembre 2018, transposée en 2021, qui impose que les autoradios intégrés aux véhicules neufs de transport de personnes permettent la réception du DAB+, le marché a fait émerger la commercialisation de voiture « sans poste radio », disposant uniquement d’un système multimédia connecté à internet. La proposition de loi entend ainsi répondre à ce « trou dans la raquette », qui pourrait nourrir le déclin de la radio.
Assouplissement des modifications de l’allotissement pour les radios
Laurent Lafon souhaite enfin assouplir les procédures d’allotissement des services de radio pour permettre à un « éditeur de cesser d’émettre sur un allotissement étendu pour n’émettre que sur un allotissement local inclus dans celui-ci ». Concrètement, pour émettre en radio numérique (DAB+), une radio doit aujourd’hui obtenir une autorisation pour une « zone de diffusion » précise. Dans le jargon, cette zone est appelée un allotissement. Plus la zone de diffusion est étendue, plus les frais sont importants. Il arrive ainsi que certaines radios qui ont obtenu un allotissement étendu se retrouvent en difficulté économique, et ne peuvent en l’état du droit, réduire leur zone d’émission sans recourir à une nouvelle procédure d’appel à candidature. L’objectif avec cette proposition de loi est d’autoriser une réduction du périmètre d’émission après seule consultation publique de l’Arcom, afin de limiter les difficultés économiques des radios les plus fragiles. La préservation du respect de l’intérêt du public, du pluralisme des courants d’expression socioculturels et du droit de propriété des autres services de radio seront également regardés, selon la proposition de loi.
Plafonnement des rotations : un recul ?
Depuis la loi du 30 septembre 1986, les radios musicales doivent diffuser au moins 40 % de chansons d’expression française aux heures de grande écoute, dont la moitié doit venir de nouveaux talents ou de nouvelles productions. En 2016, la loi a été complétée par de nouvelles dispositions qui empêchent que la diffusion d’un même titre ne soit comptabilisée au-delà d’un certain seuil, répondant à une pratique courante de radios de passer un petit nombre de titres français en vogue. Face aux nouveaux géants du streaming que sont Spotify ou encore Deezer – qui sont en droit de proposer une écoute illimitée et personnalisée – les professionnels de la radio et de la musique tentent de retrouver davantage de marge de manœuvre. Des négociations sont actuellement en cours et pourraient aboutir elles aussi à un assouplissement du dispositif de plafonnement des rotations, introduit en 2016.
Pour Laurent Lafon, la préservation de la radio est aussi un facteur de « souveraineté » et de « résilience », en ce qu’elle permet la diffusion d’une « information de qualité et de proximité » ainsi qu’une « offre musicale francophone diversifiée » « dans un paysage médiatique dominé par les grandes plateformes numériques internationales ». Ce texte ne devrait pas susciter d’oppositions majeures selon son rapporteur. « C’est une unité du monde de la radio sur ce texte », assurait-il sur l’antenne d’Europe 1.