Des facultés ont rejoint jeudi les lycées qui, à travers la France, organisent des blocages pour réclamer des remplacements de professeurs et davantage de moyens, dans ce qui pourrait prendre corps et devenir « l’acte deux » de cette mobilisation sociale de la jeunesse. Selon l’Union étudiante, une trentaine de campus sont bloqués jeudi matin, à Paris, Strasbourg, Marseille, Lyon 2, Reims, Poitiers ou encore Nanterre. Il s’agit d’une mobilisation « historique » selon le syndicat étudiant. Les accès sont empêchés mais les universités peuvent passer les cours en distanciel, selon le syndicat.
Selon les premières remontées policières, des lycées étaient déjà bloqués en début de matinée à Paris, Marseille, Strasbourg, Rennes et Marseille. Dans le Rhône, vers 8h30, la préfecture comptabilise 27 établissements concernés par des mobilisations, dont 5 collèges.
Les lycéens mobilisés redoutent de nouvelles violences comme celles qui ont émaillé certains blocages ces derniers jours. Ainsi à Tours, un jeune homme a été blessé mercredi à la tête et hospitalisé pour des lésions « compatibles » avec un tir de LBD, selon la procureure de la République de cette ville. L’IGPN, la « police des polices », a été saisie de trois enquêtes après que des lycéens ont été blessés lors de blocages d’établissements. Pour la seule journée de mercredi, 625 personnes ont été interpellées et 83 policiers et gendarmes blessés. Depuis le début des blocus, 119 élèves et personnels ont été blessés.
Bruno Retailleau veut « interdire LFI »
« Nous avons dépassé une ligne rouge. On éborgne la jeunesse comme ils ont fait avec les Gilets Jaunes », a fustigé auprès de l’AFP le président de l’Union syndicale lycéenne (USL), que les annonces du ministre de l’Education nationale mercredi n’ont pas calmé. « Les revendications de notre jeunesse sont légitimes et notre groupe les partage pleinement », a déclaré le groupe communiste du Sénat dans un communiqué ce matin. « L’usage de telles méthodes contre des adolescents mobilisés pour leurs conditions d’études et le rétablissement de la promesse républicaine d’égalité inscrite sur toutes les façades de nos lycées est insoutenable », poursuivent les sénatrices et sénateurs du groupe CRCE. Jean-Luc Mélenchon a appelé à « la non-violence des méthodes de lutte », tout en estimant que « la diffusion des images de violences policières est une protection pour nos jeunes. »
La droite dénonce de son côté « une minorité politisée et instrumentalisée par LFI », selon les mots d’Edouard Philippe, « qui cherche à empêcher les étudiants d’aller étudier et saccage les lycées. » Marine Le Pen aussi a ciblé Jean-Luc Mélenchon et LFI : « En appelant ses militants à s’interposer entre les jeunes et la police, en parlant de ‘sauvagerie policière’, en déclarant que la violence peut être légitime, Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise se placent hors du cadre républicain. » « Marine Le Pen participe à la thèse complotiste de lycéens « manipulés » par LFI. Elle n’a pas un mot sur le scandale d’un établissement scolaire sur deux où il manque des professeurs », lui a répondu l’Insoumis.
Le candidat LR à la présidentielle est allé encore plus loin en « lançant dans le débat public » la proposition de « l’interdiction de LFI. » « On a un parti fasciné par la violence, qui appelle à la sédition et même qui essaie d’organiser l’insurrection. Ce qui se passe aujourd’hui devant les lycées, c’est la répétition générale de ce qui pourrait se passer en 2027 si Mme Le Pen gagnait », a jugé jeudi M. Retailleau sur BFMTV-RMC. S’il a concédé que c’était « difficile en droit », l’ancien ministre de l’Intérieur a estimé que s’il était encore place Beauvau il ferait étudier la possibilité par ses services. Le candidat LR ne s’est en revanche pas exprimé sur les revendications des lycéens concernant la dégradation de leurs conditions de scolarité.
Pour tenter de mettre fin à la propagation du mouvement, Édouard Geffray a annoncé l’ouverture d’une « plateforme de concertation » à laquelle « tous les lycéens pourront contribuer ». Ils pourront y déposer leurs revendications et leurs inquiétudes. Une « restitution nationale » sera organisée pour « apporter des réponses structurées ». Les conseils de la vie lycéenne dans les établissements, instances consultatives, devraient aussi être convoqués ces jours-ci. Sébastien Lecornu a annoncé la convocation d’une cellule de crise à 13 heures.
Avec AFP.