The party officially nominates Flavio Bolsonaro as its candidate for president of the republic in the 2026 elections.
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Élection présidentielle au Brésil : « Flávio Bolsonaro reste, à mon sens, un candidat relativement faible » 

Alors que le premier tour de l’élection présidentielle au Brésil se tiendra le 4 octobre, un duel entre le président sortant, Lula, et Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, se dessine. Entre le camp progressiste et une extrême-droite décomplexée, le duel s’annonce disputé et le résultat pourrait être contesté. Décryptage des enjeux de la campagne et du scrutin avec Thomas Zicman de Barros, chercheur associé au CEVIPOF et spécialiste du Brésil.
Henri Clavier

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Dans les sondages de fin juillet, les deux favoris Lula et Flavio Bolsonaro dépassent tous les deux les 40 % d’intention de vote. À quel point la vie politique brésilienne est-elle polarisée ?

Je n’aime pas beaucoup parler de « polarisation », car ce terme donne l’impression qu’il existe deux pôles idéologiquement équivalents. Mais il est vrai que la vie politique brésilienne, comme dans beaucoup d’autres pays, est aujourd’hui très clivée. Une partie de l’électorat s’identifie fortement à Lula, tandis qu’une autre vote pour lui avant tout par rejet de l’extrême droite. Et l’inverse est également vrai : il existe un socle électoral bolsonariste très solide, autour de 20 % au moins, mais une partie des électeurs de Flávio Bolsonaro vote aussi pour lui par rejet du gouvernement Lula. Il faut replacer cette situation dans un contexte international d’extrémisation d’une partie de la droite. Je ne dirais donc pas qu’il existe deux « extrêmes » symétriques : Lula n’est pas un candidat d’extrême gauche. Il s’agit plutôt d’une société électoralement divisée en deux grands blocs, dans laquelle l’adhésion politique se combine avec un fort rejet du camp adverse. C’est d’ailleurs ce que montrent les simulations de second tour : même certains candidats de droite qui obtiennent des scores relativement faibles au premier tour atteignent plus de 40 % face à Lula dans les cas hypothétiques de deuxième tour.

Quelles sont aujourd’hui les principales préoccupations de la société brésilienne, quels sont les thèmes qui risquent d’être omniprésents dans la campagne ?

D’après de nombreux sondages, mais aussi ce que l’on entend dans la rue, trois préoccupations ressortent particulièrement : la sécurité, la santé publique et la corruption. La première est la violence et le sentiment d’insécurité. Le Brésil reste une société marquée par des niveaux élevés de violence et de criminalité. L’extrême droite cherche à instrumentaliser cette préoccupation en proposant un durcissement toujours plus important de la politique sécuritaire. Certains candidats citent même en exemple Nayib Bukele, au Salvador. La deuxième grande préoccupation concerne les services publics, et surtout la santé. Le Brésil dispose d’un immense système public et universel de santé, mais il souffre encore de déficits importants, notamment des files d’attente et des difficultés d’accès à certains soins. C’est une demande très concrète de la population. Enfin, la corruption reste un thème très présent, largement mobilisé par les médias et historiquement utilisé par la droite brésilienne contre le Parti des travailleurs. Mais cette fois, l’utilisation de ce thème pourrait être plus compliquée pour le camp bolsonariste, car Flávio Bolsonaro lui-même a été confronté à des controverses concernant ses relations avec le banquier Daniel Vorcaro et le financement d’un projet de film consacré à son père. L’extrême droite cherchera donc certainement à remettre l’anticorruption au centre de la campagne, mais elle risque aussi d’être confrontée à ses propres contradictions. Il faut enfin mentionner la défense de la démocratie, un thème sur lequel Lula insiste beaucoup, notamment après l’expérience du gouvernement Bolsonaro et la tentative de coup d’État, en janvier 2023. Mais pour être électoralement efficace, cette défense de la démocratie doit avoir une signification concrète : elle doit être associée, dans la vie quotidienne des Brésiliens, à davantage de droits, à de meilleurs services publics, à de meilleurs emplois et à une amélioration réelle des conditions de vie.

À 80 ans Lula brigue un quatrième mandat et reste la figure du camp progressiste, quel est le bilan de Lula et comment arrive-t-il encore à convaincre ? Quel est son programme ?

Il faut, à mon sens, distinguer deux bilans de Lula. Il y a d’abord celui de ses deux premiers mandats, entre 2003 et 2010. Lula quitte alors le pouvoir avec une popularité exceptionnelle, ce qui lui permet notamment de faire élire sa successeure, Dilma Rousseff, elle-même réélue en 2014 avant d’être destituée lors du très controversé processus d’impeachment de 2016. Ce premier bilan constitue encore aujourd’hui une partie essentielle du capital politique de Lula. Cette période a été marquée par une très forte mobilité sociale : des dizaines de millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté et de l’extrême pauvreté, avec l’émergence de ce que certains ont appelé une « nouvelle classe ouvrière ». Le souvenir de cette période de prospérité explique encore une partie importante du soutien dont bénéficie Lula, notamment parmi les catégories populaires. Son mandat actuel est différent. Lula est revenu au pouvoir en 2023 avec un discours de reconstruction, après six années pendant lesquelles de nombreuses politiques sociales et de protection du travail avaient été démantelées ou profondément transformées. En lançant sa nouvelle candidature, il a affirmé ne pas vouloir rester seulement dans l’histoire comme le président du Bolsa Família et des grands programmes sociaux du passé. Il promet désormais des transformations plus structurelles, notamment dans les rapports entre la présidence et le Congrès. Ce dernier a considérablement renforcé son contrôle sur le budget au cours des dernières années, au détriment des prérogatives de l’exécutif. L’enjeu de cette campagne sera donc de savoir si Lula peut transformer son immense héritage politique en une proposition d’avenir.

Flávio Bolsonaro a été désigné après l’emprisonnement de son père, est-il un candidat par défaut ou bénéficie-t-il de la même popularité que son père ?

Le choix de Flávio Bolsonaro répond avant tout à une stratégie du bolsonarisme : conserver son hégémonie sur la droite brésilienne et, plus précisément, faire en sorte que l’extrême droite continue à dominer l’ensemble du camp conservateur. Malgré ses bons résultats dans les sondages, Flávio Bolsonaro reste à mon sens un candidat relativement faible. Une partie importante de ses intentions de vote ne vient pas d’une adhésion personnelle, mais du nom Bolsonaro, de la fidélité au bolsonarisme et du rejet de Lula. Un autre signe de cette fragilité est son isolement politique. Jusqu’à présent, Flávio Bolsonaro n’a réussi à obtenir le soutien d’aucun autre grand parti de droite, notamment parmi les formations du « Centrão », cet ensemble de partis conservateurs et pragmatiques qui joue un rôle déterminant dans la formation des majorités au Brésil. C’est un élément important, car ces partis ont tendance à se positionner en fonction de leurs perspectives de pouvoir. Leur réticence à rejoindre la candidature de Flávio Bolsonaro suggère qu’une partie importante de la droite brésilienne ne croit pas véritablement à sa victoire.

La faiblesse de Flávio Bolsonaro tient aussi à son positionnement. Il cherche à reproduire certains excès rhétoriques de son père et à mobiliser les mêmes paniques morales, tout en essayant de présenter une image plus modérée afin d’attirer des électeurs conservateurs moins à l’aise avec Jair Bolsonaro. Mais cette combinaison est difficile à rendre crédible. Il n’a ni le style populaire et volontairement provocateur qui faisait la force politique de son père, ni la capacité à incarner véritablement une droite plus modérée. Flávio est donc moins l’héritier naturel de la popularité personnelle de Jair Bolsonaro que le candidat choisi pour assurer la continuité politique et familiale du bolsonarisme.

Compte tenu des accointances entre la famille Bolsonaro, la famille Trump et Javier Milei, doit-on s’attendre à des ingérences étrangères pendant la période électorale ?

Le risque d’ingérence étrangère n’est plus seulement un risque : dans une certaine mesure, c’est déjà une réalité. Lors de la convention qui a officialisé la candidature de Flávio Bolsonaro, Javier Milei était présent et a prononcé un discours très dur contre Lula, qu’il a notamment accusé de corruption. Un message vidéo de Benjamin Netanyahu a également été diffusé. Du côté américain, nous avons vu ces derniers mois des mesures et des déclarations très critiques à l’égard du gouvernement brésilien.

La relation avec l’administration Trump est néanmoins complexe. Après une période de fortes tensions avec des droits de douane et des sanctions américaines visant notamment des magistrats brésiliens, Trump et Lula ont connu une phase d’apaisement et se sont rencontrés à plusieurs reprises dans une atmosphère relativement cordiale. Mais l’administration américaine n’est pas monolithique. Autour de Marco Rubio, notamment, existe une ligne beaucoup plus hostile au gouvernement Lula et qui, à mon sens, souhaiterait clairement favoriser un changement politique au Brésil. Cela s’inscrit aussi dans un contexte régional où le Brésil est devenu l’un des derniers grands gouvernements de gauche en Amérique du Sud. Compte tenu des faiblesses propres à la candidature de Flávio Bolsonaro, le soutien de forces étrangères peut donc être perçu comme un moyen de renforcer son camp.

La sincérité du scrutin peut-elle être menacée ou faire l’objet de contestations à l’issue de l’élection ? 

Le système électoral brésilien bénéficie de plus de trente ans de crédibilité. Le vote électronique permet un dépouillement extrêmement rapide et le système est considéré comme sûr par les observateurs internationaux. Il a surtout produit, au fil des décennies, des résultats politiques extrêmement différents : la droite a gagné, la gauche a gagné et, en 2018, l’extrême droite elle-même est arrivée au pouvoir par ce système. Pendant longtemps, les urnes électroniques ne faisaient d’ailleurs pratiquement pas l’objet de controverses. Leur remise en cause est devenue un thème politique central avec la montée du bolsonarisme, qui se caractérise notamment par une forte présence de théories du complot. L’idée selon laquelle les élections pourraient être fraudées s’inscrit très clairement dans une stratégie comparable à celle de Donald Trump aux États-Unis : mettre en doute préventivement la légitimité du scrutin, surtout lorsqu’une défaite devient possible. Il faut donc distinguer deux choses. Je ne vois pas de raison sérieuse de mettre en doute la sincérité technique du scrutin ou la fiabilité des urnes électroniques. Le système fait l’objet de contrôles, son fonctionnement peut être audité et la justice électorale brésilienne dispose d’une expertise reconnue. En revanche, le risque d’une contestation politique du résultat est bien réel. Mettre en doute les élections permet de maintenir une partie de la base militante mobilisée, de se prémunir politiquement contre une éventuelle défaite et, le cas échéant, de fragiliser la légitimité du gouvernement élu. C’est également sur ce terrain que pourrait intervenir une partie des pressions étrangères dont nous parlions précédemment. Non pas nécessairement en modifiant le résultat du scrutin, mais en alimentant le doute sur sa légitimité. À mon sens, c’est là que se situe le principal risque pour l’élection brésilienne.

 

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