C’est sans doute la dernière fois qu’il prendra la parole depuis la tribune des Nations unies. Emmanuel Macron sera mardi 22 septembre à New York où il prononcera un discours à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU, un évènement que le chef de l’Etat a presque toujours honoré au cours de ces deux mandats. À rebours, les quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (Chine, Russie, Royaume-Uni et Etats-Unis) ont plutôt eu tendance à briller par leur absence ces dernières années, comme un autre symptôme de la dévitalisation du multilatéralisme face au retour de la compétition entre puissances.
« L’organisation de l’ONU va mal et l’efficacité de l’action multilatérale, aujourd’hui, est douteuse, certains grands Etats membres mettent l’organisation en difficulté. On pense aux Etats-Unis sur le budget de l’organisation, on pense également à l’attitude de la Russie et, le cas échéant, de la Chine, qui bloquent le fonctionnement du Conseil de sécurité sur les crises le plus graves », analyse-t-on du côté de l’Elysée.
Dans l’entourage d’Emmanuel Macron on l’assure : à huit mois de son départ, l’heure n’est pas encore au bilan. Au regard du contexte international difficile et de la multiplication des crises, « le président reste déterminé à agir jusqu’au dernier jour ». Surtout, Emmanuel Macron demeure persuadé que le cadre onusien reste le seul valable pour obtenir des avancées valables sur un certain nombre de sujets, comme le partage des nouvelles technologies, la régulation de l’intelligence artificielle ou encore les enjeux autour de la guerre dans l’espace.
Un an après la reconnaissance de l’Etat de Palestine
Son déplacement aux Etats-Unis sera étalé sur trois jours, et s’articulera autour de deux grandes thématiques, précise l’Elysée. D’un côté les crises qui encerclent le continent européen, avec la guerre en Ukraine et la crise au Moyen-Orient. Le chef de l’Etat aura d’ailleurs l’occasion de s’entretenir avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Par ailleurs, un an après la reconnaissance de la Palestine par 11 pays occidentaux, notamment à l’initiative de la France, il s’agit aussi de faire le point sur les mesures mises en œuvre pour sauver la solution à deux Etats. « Un an après la déclaration de New York, nous devons montrer que notre détermination est intacte en dépit de la dégradation de la situation sur le terrain, de la multiplication des provocations israéliennes, et de l’absence de processus politique ou de reconstruction à Gaza », explique l’Elysée. Un conseiller le reconnaît : « Nous sommes pris de court par l’intensité des mesures prises par les Israéliens contre les Palestiniens, dans un contexte de campagne électorale. »
Autre thématique que la France souhaite replacer au cœur du débat : les enjeux énergétiques alors que les approvisionnements mondiaux en gaz et en pétrole sont frappés de plein fouet par la situation dans le détroit d’Ormuz, avec toutes les conséquences économiques qui en découlent. Il s’agit de réaffirmer l’intérêt des stratégies de décarbonation, d’électrification et de verdissement, « seuls moyens que nous avons à long terme de contrôler notre souveraineté et la manière dont nous équilibrons notre dépense énergétique ».
« Le temps des discours structurant est passé »
Emmanuel Macron arrivera à New York lundi. Il devrait s’entretenir dans la matinée avec des acteurs de l’intelligence artificielle, avant une série d’entretiens bilatéraux avec plusieurs responsables moyen-orientaux : des rencontres avec le président iranien Massoud Pezechkia, l’émir du Qatar, mais aussi les présidents égyptiens et syriens sont en cours de calage. Le président de la République aura également un certain nombre d’entretiens avec des homologues africains, parmi lesquels le président du Sénégal, où il se rendra un peu plus tard dans l’année.
Il rencontrera dans la journée le président ukrainien. Une entrevue avec Donald Trump est également évoquée. Puis, Emmanuel Macron dînera dans la soirée avec António Guterres, le secrétaire général des Nations unies.
Il s’exprimera mardi, en début d’après-midi – heure de New York – depuis la tribune de l’ONU. L’Elysée évoque un discours axé sur l’efficacité et le pragmatisme. « Le temps des discours structurants est passé. Aujourd’hui ce qu’il s’agit de faire, ce n’est pas un grand discours de doctrine mais d’exposer concrètement les points sur lesquels nous pouvons agir tous ensemble », explique-t-on. « Le discours à l’assemblée générale de l’ONU, ce n’est pas un grand oral ou un concours d’éloquence, ce n’est pas exercice de khâgneux, c’est l’exposé de ce que nous voulons faire, pour de vrai, dans le cadre de l’Organisation des Nations unies. »
Outre les thématiques évoquées plus haut autour de la guerre et de la crise énergétique, Emmanuel Macron devrait également parler de l’intelligence artificielle, de la protection de l’enfance en ligne et de la réforme de l’aide au développement.
Avant de rentrer en France, mercredi matin, le président aura également le temps de rencontrer des investisseurs américains ou encore de participer, au siège new-yorkais de la Villa Albertine, à un événement autour du cinéma, dans la lignée du Sommet Lumière de Saint-Paul-de-Vence, début septembre, qui était consacré à l’avenir du septième art.