C’est l’aboutissement d’un long processus au sein des institutions européennes. Après des années de débat et une adoption en 2024, le Pacte Asile et Migration est appliqué dans l’Union européenne à partir du vendredi 12 juin. Cet ensemble législatif prévoit d’accélérer l’examen des demandes d’asile, de filtrer ces demandes aux frontières extérieures de l’UE dans des zones de transit, ainsi qu’une solidarité entre les 27 dans la répartition de ces demandeurs d’asile.
« Cela fait des années que l’Europe est confrontée à une immigration massive et irrégulière, depuis que l’Allemagne a ouvert ses frontières en 2015 » aux migrants syriens fuyant la guerre, estime Fernand Kartheiser, eurodéputé luxembourgeois de droite souverainiste, interrogé dans l’émission Ici l’Europe sur France 24, LCP et Public Sénat. « Nous sommes en 2026 et nous commençons enfin à réagir. C’est un retour à l’Etat de droit car vous avez des gens qui sont déboutés du droit d’asile en UE, qui sont expulsés mais la plupart d’entre eux restent quand même. »
En 2025, le taux de retour effectif dans leur pays d’origine des personnes expulsées de l’UE était de 27 %. Du côté des socialistes français, l’application de ce Pacte n’est pas une bonne nouvelle. « Ce texte n’est pas satisfaisant parce qu’il va bafouer les droits humains et les droits fondamentaux », estime Murielle Laurent, eurodéputée française socialiste.
Des centres de retour dans des pays tiers hors de l’UE
A ce Pacte Asile et Migration va s’ajouter le nouveau Règlement retour sur lequel se sont mis d’accord les instances de l’Union européenne et qui prévoit de renvoyer les personnes en situation irrégulière dans des centres de retour, dans des pays tiers hors de l’UE, sur le modèle des centres construits en Albanie par le gouvernement italien de Giorgia Meloni. Ces centres pourront être construits dans des pays jugés comme sûrs par l’UE, comme le Rwanda, l’Ouzbékistan et la Tunisie. « Ces pays ne sont pas sûrs pour les personnes renvoyées car ils n’ont aucun lien avec leur pays d’origine. On bafoue les droits fondamentaux car quand un migrant retourne dans un pays avec lequel il n’a pas de connexion, pas de lien, on le met en difficulté. Ces retours forcés dans un pays tiers seront moins efficace que des retours volontaires sur lesquels il faut travailler », estime Murielle Laurent. « On sait très bien que dans les centres de retour, les libertés des personnes ne seront pas respectées. Il n’y aura pas d’encadrement européen de la gestion de ces centres. »
« Ce sera notre responsabilité en tant qu’Européens d’assurer que les droits de l’homme seront respectés dans ces camps, nous surveillerons la situation », tente de rassurer son homologue de droite luxembourgeois.
Un débat européen sur l’immigration très politique
Alors que certains Etats-membres dirigés par la droite défendent ces centres hors de l’UE, comme l’Italie, les Pays-Bas, l’Autriche, mais aussi par la gauche, comme le gouvernement social-démocrate danois, la France d’Emmanuel Macron hésite et l’Espagne du socialiste Pedro Sanchez est vent debout contre ce règlement retour. Le gouvernement espagnol défend même haut et fort une contre-politique migratoire visant à régulariser ces derniers mois des centaines de milliers de travailleurs sans-papiers. « Cela montre bien que quand la volonté politique est là, on peut mener des politiques d’intégration des migrants et créer une dynamique économique », commente Murielle Laurent.
« Pedro Sanchez, je le trouve irresponsable », réagit Fernand Kartheiser. « L’une des libertés fondamentales de l’Union européenne c’est la liberté de circulation, mais nous voyons que des gens entrés illégalement sur le territoire sont régularisés en masse par un gouvernement socialiste. »
Avant d’être ajoutée définitivement au Pacte Asile et migrations, le règlement sur les retours devrait être adopté par le Parlement européen, mercredi prochain, grâce aux voix de la droite européenne du PPE, le Parti populaire européen (où siègent les eurodéputés français LR), et des groupes d’extrême droite (où siègent les élus du Rassemblement national). Une alliance alternative à la majorité habituelle de l’hémicycle allant du PPE aux socialistes. « Cette union des droites c’est la nouvelle majorité », s’inquiète Murielle Laurent.