"Les politiques n'ont pas intérêt à se montrer ici." Divisée entre son bourg atone et le quartier de Boyenval qui s'était embrasé après la mort...
Beaumont-sur-Oise, ville de Traoré, entre désaffection et tentation FN
"Les politiques n'ont pas intérêt à se montrer ici." Divisée entre son bourg atone et le quartier de Boyenval qui s'était embrasé après la mort...
Par Myriam LEMETAYER
Temps de lecture :
4 min
Publié le
"Les politiques n'ont pas intérêt à se montrer ici." Divisée entre son bourg atone et le quartier de Boyenval qui s'était embrasé après la mort d'Adama Traoré, Beaumont-sur-Oise oscille entre désaffection pour la présidentielle et tentation FN.
Marquée par la mort lors de son interpellation par des gendarmes le 19 juillet de ce jeune homme de 24 ans et les nuits de violences qui avaient suivi, la commune du Val-d'Oise de 10.000 habitants est restée calme dans le sillage de l'"affaire Théo", victime d'un viol présumé par un policier lors d'une interpellation le 2 février en Seine-Saint-Denis.
Mais le slogan "Justice pour Adama" est scandé avec une force renouvelée dans les manifestations de ces derniers jours contre les violences policières.
Dans le quartier de Boyenval, d'où Adama était originaire, ce message s'affiche depuis juillet jusque sur les t-shirts des habitants.
Un véhicule incendié dans le quartier de Boyenval lors de violences le 23 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise
AFP/Archives
"Avant, personne savait situer Beaumont-sur-Oise sur une carte", relève un étudiant d'une vingtaine d'années, occupé à fumer un narguilé avec trois amis dans une voiture stationnée devant l'épicerie de Boyenval, au cœur de ce quartier composé d'immeubles de quatre étages, de HLM rénovés et de pavillons.
Comme lui, nombre de jeunes de Boyenval reprochent aux politiques de ne pas "s'être mouillé" : ils auraient voulu qu'ils soutiennent comme eux qu'Adama Traoré a succombé à une "bavure". Alors, à quelques semaines du premier tour de la présidentielle, peu se disent prêts à voter.
Surtout, prévient l'étudiant, "les politiques n'ont pas intérêt à se montrer ici" alors qu'ils ne sont pas venus après la mort d'Adama, "comme si on n'existait pas".
Si Mohamed, manutentionnaire de 26 ans, se déplace pour la présidentielle, ce sera seulement pour "éviter le pire", qu'il associe à une victoire de Marine Le Pen.
Des manifestants défilent avec le portrait d'Adama Traoré le 22 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise
AFP/Archives
Une mère célibataire, qui est allée à l'école avec Adama Traoré et soutient avec ferveur le combat de sa famille, n'exclut au contraire pas de voter pour la présidente du Front national. Pour elle, "trop de Syriens" frappent aux portes de la France.
Un peu plus loin, un couple de retraités trouve aussi qu'il y a "trop d'étrangers qui rentrent en France". Mais leur vote n'ira pas au FN. La femme explique sans ciller : "On peut pas être de droite, on est ouvriers."
- 'Ville-dortoir' -
"J'ai été patron, je vais pas voter à gauche", glisse comme en écho Romuald, accoudé au comptoir d'un bar du centre-ville. Ce commercial en fluides automobiles de 44 ans fait "partie du peuple désabusé" mais ira voter : "Celui qui n'est pas content et va pas voter, il peut pas se plaindre."
Sur les hauteurs de Beaumont-sur-Oise, Jérémy, 18 ans, longe rapidement l'espace réservé au marché sur le parking jouxtant les ruines d'un château médiéval. Ce jour-là, un seul commerçant a fait le déplacement.
Pour la première fois en âge de voter, le jeune homme estime que l'affaire Traoré "ne va pas créer de l'affection pour un candidat, plutôt de la défiance envers les politiques".
Mais une candidate est régulièrement citée par les résidents du centre-ville.
Claudine, 65 ans et historiquement dans le camp "du grand Charles" de Gaulle, vote Le Pen depuis 2012. L'affaire Traoré a "énormément" conforté son choix. "Ils veulent faire de Boyenval une zone de non-droit", juge-t-elle.
Outre son marché déserté, le bourg de Beaumont est constellé de boutiques à vendre, de rideaux de fer baissés et de volets fermés dans les étages.
"Les entreprises ont disparu, c'est devenu une ville-dortoir", constate un agent immobilier, pour qui le centre a périclité à cause des centres commerciaux de périphérie, "comme pour beaucoup de villes moyennes de banlieue".
"C'est un drame", pense Fabrice Millereau, maire DVG pendant 26 ans. L'ancien élu constate une "poussée FN" dans sa commune "historiquement de centre gauche". "Les événements de juillet n'ont rien fait pour l'enrayer", selon lui.
"Il faut s'attendre à un vote FN" parmi les 5.551 électeurs de la commune, estime aussi la maire actuelle, Nathalie Groux (UDI).
Un progression constatée d'élection en élection (20,72% à la présidentielle 2012 pour Marine Le Pen, 26,56% pour le FN aux dernières régionales, 35,39% aux départementales), bien avant l'affaire Traoré.
Dans une allocution de 15 minutes enregistrée depuis Matignon, Sébastien Lecornu a assuré que le gouvernement avait pris conscience des crises que traverse le pays tout en réaffirmant sa volonté de ramener le déficit à 5 % du produit intérieur brut en 2027. S'il affirme ne pas être indifférent aux angoisses des lycéens, il renvoie leurs revendications au débat budgétaire. Il a toutefois annoncé la libération de 10 millions de barils de gazole afin de faire baisser le prix du litre de gazole à la pompe de 12 à 18 centimes.
Les mutilations de plusieurs élèves lors des manifestations lycéennes ont remis brutalement sur le devant de la scène la doctrine du maintien de l’ordre. Un rapport du Sénat sur ce sujet sera présenté dans les prochains jours. En attendant, faisant face aux demandes de démission des oppositions de gauche, le ministre de l’Intérieur a annoncé la suspension de l’usage des grenades assourdissantes et a longuement justifié l’action des forces de l’ordre, lors de son audition devant la commission des lois de l’Assemblée nationale.
L’émotion se fait ressentir en ce 7 octobre 2026. Trois ans après l’attaque du Hamas en Israël, plusieurs commémorations sont prévues en Israël, notamment à Réïm où certains politiques français se sont rendus. En France, le président du Crif explique que les Français juifs continuent de vivre ce « traumatisme » et regrette qu’ils soient « associés à un conflit » dont ils « ne sont pas responsables ».
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé ce mercredi 7 octobre la suspension provisoire de l’usage des grenades assourdissantes dans le cadre des manifestations lycéennes. Cette décision intervient après qu’un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée lundi à Lens. Dix-huit enquêtes ont par ailleurs été confiées à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) depuis le début du mouvement.