Financements, formation des imams: le Premier ministre Bernard Cazeneuve a confié lundi le délicat chantier de "l'islam de France" à son...
Cazeneuve confie « l’islam de France » à Le Roux
Financements, formation des imams: le Premier ministre Bernard Cazeneuve a confié lundi le délicat chantier de "l'islam de France" à son...
Par Benoît FAUCHET
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Financements, formation des imams: le Premier ministre Bernard Cazeneuve a confié lundi le délicat chantier de "l'islam de France" à son successeur à l'Intérieur Bruno Le Roux, avec des mots tranchants contre le "salafisme", qui n'est "pas anodin".
Sous les moulures de l'hôtel de Beauvau, l'ancien locataire des lieux a ouvert la troisième "instance de dialogue avec l'islam", lancée en juin 2015 pour élargir et renforcer le débat avec la deuxième religion de France, dont les acteurs sont soumis à de fortes attentes dans un pays frappé par les attentats jihadistes.
Bernard Cazeneuve a tenu à parler "avec netteté" à ses interlocuteurs, en les appelant à assumer leur rôle, dans les mosquées, face à la "haine": "Il n'y a pas, il n'y a jamais de fondamentalisme pacifique; il n'y a pas de salafisme anodin; il n'y a pas d'intégrisme modéré", a-t-il martelé".
Le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux lors de la troisième réunion de "instance de dialogue avec l'islam" à l'Hôtel Beauveau, à Paris, le 12 décembre 2016
AFP
Il a aussi semblé vouloir ménager les institutions selon lui "d'une très grande solidité" qui œuvrent pour construire un "islam républicain", citant la grande mosquée de Paris - avec un hommage appuyé à son recteur Dalil Boubakeur, qui avait menacé de boycotter l'instance - et le Conseil français du culte musulman (CFCM).
"Elles sont aujourd'hui des piliers irremplaçables pour bâtir les étages que nous souhaitons ajouter à l'édifice", a-t-il souligné.
Sans se substituer au CFCM et aux grandes fédérations de mosquées qui le composent, "l'instance de dialogue" a pour vocation de faire avancer de nouvelles initiatives, en y associant davantage d'acteurs, certains issus de la société civile.
Le rassemblement de lundi a examiné les projets potentiels - culturels et éducatifs - de la Fondation de l'islam de France, qui est désormais "sur les rails", a assuré son président, l'ancien ministre de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement. Cette "fondation est un pont entre l'islam et la République", a-t-il souligné.
Elle peut compter sur une dotation de garantie apportée par la SNCF, le groupe Aéroports de Paris et le bailleur social SNI (filiale de la Caisse des dépôts), ainsi que sur ce qui reste des fonds alloués par l'industriel Serge Dassault à la "Fondation des oeuvres de l'islam", mort-née en 2005 sur fond de dissensions entre fédérations musulmanes. Au côté d'une subvention publique (1,4 million d'euros la première année), l'Aga Khan a promis un million d'euros par an pour financer la recherche en islamologie.
La fondation pourrait contribuer au financement de la partie culturelle des mosquées (bibliothèques) et aider à la formation profane des imams et aumôniers, en prenant par exemple en charge une partie des frais d'inscription à un des 14 diplômes universitaires de laïcité existants.
- Contribution sur l'abattage -
En plus de cette fondation "laïque", une association cultuelle nationale, de loi 1905, devrait être mise sur pied début 2017 pour financer des projets en matière religieuse, comme la formation théologique des imams voire la construction de mosquées. "En lieu et place des financements qui, trop souvent encore, proviennent de l'étranger", a estimé Bernard Cazeneuve.
"C'est par ses propres forces que l'islam de France devra trouver les ressources utiles à son fonctionnement", a prévenu le Premier ministre citant, parmi les pistes à l'étude, une "contribution volontaire sur l'abattage rituel" (halal) et un prélèvement sur le marché du grand pèlerinage à La Mecque, le hajj.
Autre sujet au cœur de cette troisième réunion de "l'instance de dialogue": la formation des imams, jugée insuffisante actuellement. L'enjeu est stratégique pour contrer les "discours sectaires" qui ont cours "dans certaines mosquées",a rappelé Bernard Cazeneuve.
Le président du CFCM, Anouar Kbibech, a promis de finaliser en décembre son projet de recommandation ("taziya" an arabe, a-t-il précisé) des imams. Les candidats à cette habilitation devront montrer patte blanche quant à leur niveau de formation théologique mais aussi civile et civique, et signer une "charte de l'imam" pour s'engager à respecter les "valeurs de tolérance, d'ouverture et de modération" qui sont celles de "l'islam du juste milieu".
Cette journée aux allures de passage de témoin devait être achevée par un discours du nouveau ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux. Mais sur l'islam, "mon engagement demeurera plein et entier, je ne suis pas venu faire mes adieux", a assuré Bernard Cazeneuve à son auditoire, qui s'est levé pour l'applaudir.
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