Edouard Philippe a la Foire de Chalons
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Présidentielle 2027 : la main tendue d’Édouard Philippe, rejetée par Gabriel Attal et Bruno Retailleau, relance l’idée d’une primaire

Le candidat Horizons, favori du bloc central, Édouard Philippe a lancé un appel à ses concurrents du centre et de la droite, les invitant à se rassembler dans la perspective de la présidentielle et des législatives. Mais Bruno Retailleau et Gabriel Attal ne comptent pas, à ce stade, se retirer au profit d'une candidature unique du maire du Havre. De quoi relancer l'idée d'une primaire.
Simon Barbarit

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Pour le bloc central, le rassemblement, ce n’est pas encore maintenant. Lundi, à la sortie de son premier « comité politique » composé de la garde rapprochée de sa formation Horizons, mais aussi de soutiens issus de Renaissance ou de la droite, Édouard Philippe a tenté de pousser son léger avantage dans les sondages en tendant la main à ses concurrents, Gabriel Attal et Bruno Retailleau.

« Je suis constant en la matière. Je propose un rassemblement de la droite et du centre (…) Si nous continuons à nous diviser, nous ne gagnerons pas la présidentielle », a-t-il mis en garde devant la presse en précisant qu’il s’adressait non seulement aux chefs de partis mais aussi « aux milliers et aux millions » d’électeurs « qui se reconnaissent dans la famille gaulliste, dans la famille libérale, conservatrice, démocrate chrétienne » chez qui il y a selon lui « une appétence pour le rassemblement ». L’initiative s’adresse à un arc allant du MoDem de François Bayrou au parti libéral Nouvelle Énergie de David Lisnard en passant par Les Républicains, l’UDI, le parti radical, et bien sûr, Renaissance.

Sur la méthode, Édouard Philippe a indiqué qu’il écrirait aux chefs de partis et de courants de la droite et du centre pour leur proposer de former un comité, avec un premier rendez-vous imaginé début novembre.

Chez Attal, on rappelle qu’il existe déjà « un comité de liaison »

Les réponses des intéressés ne se sont pas fait attendre. Le candidat Renaissance, Gabriel Attal, a mis en avant la nécessité pour les candidats de faire campagne avant cette question du rassemblement. « L’enjeu, c’est d’abord de parler aux Français de ce qu’on veut proposer pour eux et pour le pays », a-t-il déclaré ce matin sur franceinfo, renvoyant cette question au début de 2027. Le député a aussi rappelé son initiative : la mise en place « d’un comité de liaison » qui réunit des représentants des différents partis du bloc central, mais sans Les Républicains, et pas au niveau des candidats.

« Cette question du rassemblement revient depuis plusieurs mois et nous y avons apporté une réponse en mettant en place un comité de liaison. Nous avons justement une réunion aujourd’hui avec, pour Renaissance, Franck Riester, Christophe Béchu pour Horizons, Hervé Marseille pour l’UDI, Nathalie Delattre pour le parti radical et Marc Fesneau pour le MoDem. Pour le reste, notre objectif est de faire campagne sur le terrain auprès des Français. Contrairement à 2022, nous avons l’opportunité de faire une campagne sur le fond. On ne va pas s’en priver », insiste la députée EPR (Ensemble pour la République) des Hauts-de-Seine, Prisca Thévenot.

« Il y aura un bulletin Bruno Retailleau au premier tour »

Fin de non-recevoir également pour Bruno Retailleau. Le candidat LR a affirmé sur CNews qu’il ne souhaitait pas assister « à une réunion pour les macronistes, entre macronistes ». « Cette élection, elle ne se gagnera pas au centre. Elle ne se gagnera pas en essayant de prolonger l’expérience Macron », a-t-il considéré.

« Il y aura un bulletin Bruno Retailleau au premier tour et on espère au second », a confirmé Pierre-Henri Dumont, porte-parole de la campagne du candidat LR. « Nous ne sommes pas dans les bidouillages et les discussions d’arrière-cuisine. Ceux qui font la ligne du parti, ce ne sont plus les chapeaux à plumes, ce sont les militants. Nos militants ont élu largement Bruno Retailleau à la tête de notre formation politique et ils ont aussi décidé qu’il soit notre candidat, sans passer par une primaire. Après, que Attal et Philippe se parlent, c’est normal, ils font partie du même camp. Pour ma part, lorsque j’étais député, j’ai voté toutes les motions de censure du gouvernement d’Édouard Philippe », enfonce-t-il.

Franck Dhersin, sénateur Horizons, considère, pour sa part, que « Bruno Retailleau est aussi comptable du bilan du macronisme ». « Il a été ministre de l’Intérieur pendant un an et il aurait bien voulu rester plus longtemps mais il a mal joué le coup. Je suis très inquiet de sa position ferme et jusqu’au-boutiste. Toutefois, je sais qu’une partie de ses troupes aussi bien militantes qu’élus locaux ou parlementaires ne le suivra pas. À vouloir copier l’extrême droite, il risque de finir à moins de 5 %, car les gens préfèrent toujours l’original à la copie ».

« On ne peut pas dire n’importe quoi aux Français », rétorque la sénatrice LR, Laurence Garnier, également porte-parole de la campagne présidentielle. « Mettre ensemble des personnes qui ne pensent pas la même chose pour redresser le pays, ça a déjà été fait, ça s’appelle le macronisme. Le plus petit dénominateur commun revient à ne rien faire. Notre pays ne peut plus se permettre des années d’immobilisme supplémentaires ».

« Aujourd’hui, le point bloquant, c’est Édouard Philippe »

Néanmoins, si ses équipes assurent qu’il ira jusqu’au bout quoiqu’il arrive, Bruno Retailleau, lui-même, n’a pas totalement fermé la porte à une primaire. « Je n’ai jamais dit non par principe à la primaire, jamais », a-t-il déclaré fin août sur France 2.

« Bruno Retailleau est en campagne. Il défend nos valeurs, c’est logique qu’il se projette sur le premier tour. Il n’empêche qu’à terme il ne faudra qu’un seul candidat pour représenter l’ensemble de la droite et du centre. Aujourd’hui, le point bloquant, c’est Édouard Philippe. Il pensait avoir fait le trou avant l’été mais sa dynamique a faibli et dans certaines études il n’est même plus au deuxième tour, c’est Jean-Luc Mélenchon. Il est, certes, le mieux placé dans les sondages comparé à Bruno Retailleau et Gabriel Attal. Mais s’il était à 25 %, on ne se poserait pas la question d’une primaire », note Ian Boucard, député LR et vice-président du groupe à l’Assemblée.

Au sein des LR, la perspective de voir la droite et le bloc central arriver en ordre dispersé sur la ligne de départ du premier tour inquiète. Des personnalités éminentes à droite comme Gérard Larcher ou Michel Barnier ont, eux aussi, déjà appelé à un rassemblement du centre et de la droite républicaine derrière un candidat unique. Sans oublier l’adversaire malheureux de Bruno Retailleau à la présidence du parti, Laurent Wauquiez, qui ne cesse, depuis des mois, de prendre le contrepied de l’ancien ministre de l’Intérieur.

Si Édouard Philippe se maintient en tête des intentions de vote parmi les candidats du bloc central et de la droite, il est à touche-touche avec Jean-Luc Mélenchon autour de 15-17 % et très loin derrière Marine Le Pen, créditée dans certaines enquêtes de 35 %. Force est de constater que le candidat Horizons n’a pas plié le match dans son camp et, à l’approche de l’automne, il laisse deux questions essentielles en suspens : comment se départager et quand ?

« Une primaire a l’avantage d’exposer les candidats aux Français »

L’ancienne ministre déléguée, porte-parole du gouvernement, Sophie Primas (LR), proche de Gérard Larcher et de David Lisnard, verrait bien, elle aussi, une primaire. « Pas une primaire de parti, une primaire pour les Français qui ont une sensibilité de droite. Il faudrait la faire entre la fin de l’automne et le début de l’hiver. Une primaire a l’avantage d’exposer les candidats aux Français, elle crée une relation entre les candidats et les Français. Dans une élection, les candidats ont besoin d’une dynamique et les deux extrêmes en une. Elle s’incarne par une relation entre un candidat et la population et une vision de ce que doit être le prochain quinquennat, au-delà de mesures très ciblées ». Quant à l’idée d’un désistement de candidats derrière le mieux placé dès cet automne, Sophie Primas estime « que c’est beaucoup trop tôt ». « Il faut laisser leur chance aux candidats et la campagne suivre son cours. Édouard Philippe est actuellement devant, il doit donc se dire que plus tôt on se range derrière lui, plus il aura des chances d’être au second tour ».

« Il n’y aura pas de primaire. Ce dispositif est demandé par tous ceux qui sont en difficulté, mais on sait comment ça aboutit », coupe court Franck Dhersin. Soutien d’Alain Juppé en 2016 lors de la grande primaire de la droite, Édouard Philippe garde, en effet, en mémoire la défaite de son poulain pourtant favori des sondages. « Une primaire, ça sert à quoi ? À accentuer les différences ? Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’accentuer ce qui nous rassemble », a justifié l’ancien Premier ministre, à la foire de Châlons-en-Champagne.

« Il y a beaucoup de points communs entre Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau », insiste le camp d’Édouard Philippe

« Les Français sont inquiets et nous demandent de créer les conditions politiques de l’union. Il y a beaucoup de points communs entre Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau », veut croire le sénateur Horizons, Emmanuel Capus.

L’idée d’une primaire fait, néanmoins, son chemin dans son espace politique. Le candidat de droite libérale à la présidentielle, David Lisnard, la réclame afin « d’éliminer les macronistes » avant le premier tour, en d’autres termes Édouard Philippe et Gabriel Attal.

Proche du maire de Cannes, le centriste Hervé Morin a lancé la semaine dernière une pétition, signée initialement par plus de 200 élus locaux, pour appeler à une primaire qui départagerait les différents candidats de la droite et du centre. Les candidats potentiels devraient ainsi souscrire à des principes tels que le respect de la construction européenne, afin d’écarter Reconquête.

« De manière générale, aucun candidat ne peut avoir peur d’une primaire, sinon ce n’est pas la peine de se présenter à la présidentielle », tranche Prisca Thévenot.

 

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