« Gilets jaunes »: le préfet limogé, des manifestations interdites
Limogeage du préfet de police de Paris, interdictions de manifester et augmentation des amendes : Édouard Philippe s'est voulu ferme, lundi, en...

« Gilets jaunes »: le préfet limogé, des manifestations interdites

Limogeage du préfet de police de Paris, interdictions de manifester et augmentation des amendes : Édouard Philippe s'est voulu ferme, lundi, en...
Public Sénat

Par Marc PRÉEL, Paul AUBRIAT

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Limogeage du préfet de police de Paris, interdictions de manifester et augmentation des amendes : Édouard Philippe s'est voulu ferme, lundi, en annonçant plusieurs mesures après les violences et pillages survenus à l'occasion du 18e samedi de manifestations des "gilets jaunes".

Édouard Philippe a admis que "la stratégie que nous avions élaborée après le 1er décembre, de façon à répondre à ce déchaînement et à ce déferlement de violence, n'a pas été mise en œuvre dans des conditions satisfaisantes", lors du journal de 20H00 de France 2, après une première allocution en fin d'après-midi depuis Matignon.

Le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, régulièrement donné partant entre affaire Benalla et polémiques à répétition sur la gestion de l'ordre public dans la capitale, en a fait les frais.

Il est remplacé par Didier Lallement, jusqu'alors préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, dont le chef-lieu Bordeaux est l'un des épicentres de la crise des "gilets jaunes" et de ses débordements hebdomadaires.

Didier Lallement lorsqu'il était préfet de la Région Nouvelle-Aquitaine, à Soulac-sur-Mer le 25 septembre 2018
Didier Lallement lorsqu'il était préfet de la Région Nouvelle-Aquitaine, à Soulac-sur-Mer le 25 septembre 2018
AFP/Archives

M. Lallement, 62 ans, réputé pour avoir un caractère bien trempé, est une figure connue de l'exécutif, bien que n'ayant jamais exercé à la préfecture de police de Paris : influent secrétaire général du ministère de l'Intérieur de 2012 à 2014, il avait ensuite été nommé à la Cour des comptes.

Édouard Philippe a par ailleurs annoncé l'interdiction de manifester "chaque fois qu'il le faudra", dans les quartiers "les plus touchés", "dès lors que nous aurons connaissance d'éléments +ultras+ et de leur volonté de casser", en citant les Champs-Élysées à Paris, les place du capitole à Toulouse et Pey-Berland à Bordeaux - des mesures qui vont "dans le bon sens", selon le nouveau maire de Bordeaux, Nicolas Florian (LR).

Le Premier ministre a encore indiqué avoir demandé à la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, de porter l'amende encourue en cas de participation à une manifestation interdite de 38 à 135 euros.

Emmanuel Macron, son chef de cabinet Patrick Strzoda, le secrétaire général de l'Elysee Alexis Kohler font face à Edouard Philippe et Christophe Castaner, à l'Elysee le 18 mars 2019
Emmanuel Macron, son chef de cabinet Patrick Strzoda, le secrétaire général de l'Elysee Alexis Kohler font face à Edouard Philippe et Christophe Castaner, à l'Elysee le 18 mars 2019
POOL/AFP

En déplorant que "des consignes inappropriées (aient) été passées pour réduire l'usage" des lanceurs de balle de défense (LBD) - selon lui non pas de la part du gouvernement, en visant implicitement la préfecture de police -, il a dit sa volonté de "renforcer la fermeté de notre doctrine de maintien de l'ordre".

Interrogé lundi soir sur les conséquences de nouvelles consignes d'aller davantage au contact, le Premier ministre a reconnu que "si nous avons une stratégie qui permet aux forces de l'ordre d'être plus mobiles, d'être plus dynamiques, d'être plus fermes, il y a plus de risques" de blessés.

"Jusqu'à présent, nous avons voulu faire très attention et nous voulons toujours faire très attention aux débordements, aux accidents, à la sécurité des personnes, mais nous constatons que le déchaînement de violence justifie une réponse ferme. Je l'assume, je l'explique", a-t-il souligné.

Matignon avait reconnu dès dimanche des "dysfonctionnements" du dispositif de sécurité face à une flambée de violence qui renvoie à un niveau de tension connu en décembre, avec le saccage de l'Arc de Triomphe.

- "Trop simple" -

Mais, pour l'une des porte-parole de LR, Lydia Guirous, "c'est trop simple et méprisant de s'en prendre aux policiers et au préfet Michel Delpuech qui sont sur le pont depuis 4 mois", a-t-elle estimé sur Twitter, en reprochant à Christophe Castaner d'avoir été "incapable de donner une ligne claire aux autorités de police".

Kioske à journaux en flammes sur l'avenue des Champs-Elysées lors de la manifestation des
Kioske à journaux en flammes sur l'avenue des Champs-Elysées lors de la manifestation des "gilets jaunes" le 16 mars à Paris
AFP/Archives

Emmanuel Macron "a donné un permis de casser aux casseurs", a encore dénoncé le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau auprès de l'AFP, évoquant un "Notre-Dame-des-Landes sur les Champs-Élysées".

"Ce ne sont plus les ministres qui assument la responsabilité d'un fiasco mais la hiérarchie administrative. Pourtant, Castaner est seul coupable du fiasco : démission !", a pour sa part fustigé le leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon.

Christophe Castaner et Mme Belloubet devront s'expliquer la semaine prochaine devant la commission des Lois à l'Assemblée nationale sur ces violences.

M. Castaner est également attendu devant le Sénat mardi, ainsi que Bruno Le Maire, son homologue pour l'Économie, lequel devra à nouveau répondre le lendemain devant les députés des conséquences économiques.

M. Le Maire recevait en outre lundi après-midi à Bercy des représentants des secteurs d'activités touchés, alors que le Premier ministre s'entretiendra mardi avec la maire de Paris, Anne Hidalgo. 27 commerces ont été pillés et 124 dégradés samedi à Paris, selon Édouard Philippe.

Les dégâts liés aux manifestations des "gilets jaunes" en France ont été estimés à 170 millions d'euros depuis le début du mouvement mi-novembre par la fédération française de l'assurance, lundi, compte non tenu des nouvelles dégradations commises samedi sur les Champs-Élysées.

Les violences font leur retour au premier plan alors que le gouvernement espérait sortir de la crise avec le grand débat national pour lequel le président n'a pas hésité à mouiller la chemise, enchaînant débats-marathons avec élus et citoyens.

L'exécutif s'est donné jusqu'à la mi-avril, avec une prise de parole prévue du président Macron à ce moment-là, pour décider ce qu'il compte faire des très nombreuses propositions qui ont émergé.

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