Le Brexit met en suspens le nombre d’élus français à Bruxelles
Les élections européennes qui se tiendront le 26 mai enverront à Bruxelles 74 députés français. Il faudra attendre l’application du Brexit pour voir arriver cinq nouveaux députés, faisant passer le nombre d’élus français à 79. Explications.

Le Brexit met en suspens le nombre d’élus français à Bruxelles

Les élections européennes qui se tiendront le 26 mai enverront à Bruxelles 74 députés français. Il faudra attendre l’application du Brexit pour voir arriver cinq nouveaux députés, faisant passer le nombre d’élus français à 79. Explications.
Public Sénat

Par Ariel Guez

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le club des cinq. Cinq des 79 eurodéputés français élus aux élections européennes du 26 mai ne siégeront pas tout de suite à Bruxelles. Le Sénat votera jeudi 16 mai le projet de loi relatif à l'entrée en fonction des représentants au Parlement européen élus en France aux élections de 2019. « Les Britanniques votent et élisent leurs représentants européens, donc on est obligé de redescendre au nombre de sièges de la législature actuelle, c’est-à-dire 74 », explique Alain Richard, Sénateur LREM du Val d’Oise et rapporteur du texte. Conformément à la loi électorale du 25 juin 2018, l’élection se fera au scrutin proportionnel national à un tour. Les listes recueillant plus de 5% des suffrages exprimés auront des élus au Parlement européen.

« Ce projet de loi va aboutir très rapidement, nous l’avons adopté à une très large majorité en commission. Il avait été aussi voté à une large majorité à l’Assemblée nationale », poursuit Alain Richard.

Une fois l’accord sur le Brexit appliqué, cinq nouveaux députés français rejoindront leurs homologues à Bruxelles. Les noms de ces cinq députés seront déterminés par « la commission nationale relative à l'élection des représentants au Parlement européen, en application des modalités prévues à l'article 3 de la même loi », selon le texte de loi. En clair, les candidats restants des listes ayant reçu plus de 5% des suffrages exprimés seront éligibles et la commission recalculera la répartition avec cette fois 79 sièges à pourvoir. Voici notre simulation basée sur le sondage Ifop-Fiducial du 14 mai 2019.

Un ajout qui ne changera donc pas fondamentalement le rapport de force venu de France au sein du Parlement européen, et qui a en réalité peu d’importance selon Ladislas Poniatowski, Sénateur LR de l’Eure et membre de la commission sur le Brexit. « Ce qu’on attend après l’élection dans les 27 pays, c’est la constitution des groupes européens. Quel sera le poids du PPE ? Du SPD ? Quel sera le poids des libéraux ? Car toutes les commissions vont se répartir à la proportionnelle », explique le sénateur.

C’est donc surtout le départ des Britanniques élus dans dix jours qui va affaiblir le camp eurosceptique. En effet, Nigel Farage (Brexit Party) est donné en tête des enquêtes d’opinions avec plus de 30%, tandis que les conservateurs s’effondrent à 10% : une chute de 13 points par rapport à l’élection de 2014.

Mais le passage à 79 sièges pourrait se réaliser juste après les élections européennes, puisque le Parlement anglais votera sur le Brexit le 3 juin 2019. Deux scénarios sont possibles. Si le Brexit est décrété le 3 juin, soit avant l’ouverture de la nouvelle législature, les députés français seront 79 à entrer au Parlement européen en juillet, car le Royaume-Uni ne fera plus partie de l’UE. Mais si le départ n’est pas appliqué avant Juillet, les députés britanniques siégeront.

Quid des députés écossais ?

Si le Brexit est adopté après le début de la nouvelle législature (en juillet), les députés britanniques devront donc quitter Bruxelles. Même les six députés écossais. En effet, l’Ecosse, qui avait voté à plus de 60% en faveur du « Remain » en 2016, ne pourra pas conserver ses députés au Parlement européen après l’application du Brexit. Pour que les europhiles écossais puissent siéger à Bruxelles après le Brexit, il faudra que l’Ecosse organise sur son territoire un référendum pour quitter la Grande-Bretagne et devenir indépendante. L’étape nécessaire supplémentaire serait de faire une demande d’adhésion à l’Union européenne.

Le Brexit et ses répercussions pourraient donc aboutir au départ de l’Ecosse du Royaume-Uni. « Pour le moment les Ecossais sont totalement pieds et mains liés. Ils sont totalement dépendants de la Grande-Bretagne et du vote du Parlement anglais », explique Ladislas Poniatowski.

Ladislas Poniatowski : « Les Écossais sont totalement pieds et mains liés »
01:00

 

Et le scénario d’une Ecosse indépendante est une éventualité. La première ministre écossaise Nicola Sturgeon a en effet annoncé au Parlement écossais fin avril 2019 qu’un texte était en préparation sur l’organisation d’un nouveau référendum sur l’indépendance, qui se tiendrait en 2021. Une mesure qui ne fait pas l’unanimité à Glasgow et qui suscite l’opposition des travaillistes écossais, comme l’élu Richard Leonard : « Quitter le Royaume-Uni entraînerait des mesures d’austérité inédites pour les services publics écossais. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Brexit met en suspens le nombre d’élus français à Bruxelles
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le

Le Brexit met en suspens le nombre d’élus français à Bruxelles
6min

Politique

Crise du Groenland : "Quand l'Europe montre ses muscles, Trump recule" se félicite l'eurodéputé Bernard Guetta

La tension est redescendue après l'inquiétante escalade de Donald Trump sur le Groenland. Mais l’épisode n’est peut-être pas clos, tant le contenu du fameux accord conclu à Davos reste opaque. Il a laissé des traces et beaucoup de questions. Emmanuel Macron parle d'un appel à un réveil stratégique pour les 27. À l'inverse, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a mis en garde les Européens contre toute tentation de divorce. Alors jusqu’où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ? Faut-il en particulier s’empresser de ratifier l'accord commercial conclu au mois de juillet ? Ici l'Europe ouvre le débat avec les eurodéputés Bernard Guetta (France, Renew), Zeljana Zovko (Croatie, PPE) et Rasmus Nordqvist (Danemark, Verts/ALE).

Le

Paris: Auditions candidats elections Mairie de Paris sur l exclusion
8min

Politique

Vent de fronde chez Les Ecologistes pour les municipales : une « manœuvre » de « déstabilisation » de LFI, dénonce le sénateur Thomas Dossus

A Paris, Montpellier ou Avignon, quelques élus des Ecologistes prennent leur distance avec le parti pour rejoindre LFI. Ils dénoncent la stratégie d’alliance locale avec le PS. « C’est marginal », minimise le sénateur Thomas Dossus, qui y voit un mouvement d’humeur « opportuniste » de certains. Malgré les tensions, il espère encore des rapprochements avec les Insoumis au second tour.

Le

Deplacement de Anne Rubinstein a Epide de Lyon Meyzieu
6min

Politique

Violence dans le périscolaire : « l’omerta » au cœur de la bataille municipale parisienne

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles et de comportements suspects se multiplient dans le périscolaire. L’enquête de Cash Investigation en a révélé les failles, derrière ce service public du quotidien, fréquenté chaque jour par des millions d’enfants, se dessine un système fragilisé, miné par la précarité des personnels, des contrôles défaillants et une responsabilité politique désormais au cœur de la bataille municipale parisienne.

Le