Après l’arrêt de sa carrière à haut niveau et face au poids grandissant de son mal-être, la jeune femme, championne du monde junior de voile, décide de s’adresser à un psychologue. Frappée d’amnésie post-traumatique, ce sont d’abord des flash-backs puis des cauchemars qui se manifestent. Viennent ensuite les sensations physiques, puis le retour des souvenirs de façon partielle dans un premier temps. Les choses finissent par s’éclaircir, en 2022, Mathilde décide alors de porter plainte contre son ancien entraîneur.
« Pour moi c’était très important de prendre la parole »
Mathilde s’exprime d’abord pour son cercle familial et ses proches puisque personne n’était au courant. Elle rappelle ensuite que prendre la parole publiquement est, sans aucun doute, déterminant pour essayer de faire avancer les choses. « Les témoignages qui m’ont précédée m’ont aidée à prendre la parole mais aussi à me souvenir de ce qui m’était arrivé, ce fut déterminant, un jour dans la rue, tout m’est tombé dessus, je me suis dit : je ne veux pas être une victime »
Ambassadrice de l’observatoire des violences sexuelles et sexistes dans le sport, Mathilde De Kerangat constate que le sujet progresse. « L’observatoire intervient de manière indépendante pour voir comment les choses évoluent, on en parle de plus en plus ». Aujourd’hui conseillère technique sportive à la Fédération française de voile, l’ancienne championne s’implique aussi énormément au niveau de la prévention, un gros travail est fait autour de la sensibilisation, la communication et du recueil des signalements.
« L’objectif de ce texte était d’inverser la charge de la preuve et faire en sorte que la peur change de camps »
Sébastien Pla, Sénateur socialiste de l’Aude, auteur de la loi dite loi Abitbol en 2024, rappelle que ce texte vise à renforcer la protection des mineurs et l’honorabilité dans le sport quatre ans après les faits révélés par la patineuse agressée. Il précise que c’est d’abord le courage des sportives comme Isabelle Demongeot ou Sarah Abitbol qui ont permis de faire émerger ce sujet.
« Jusqu’aux années 2000, il y avait très peu de signalements, de l’ordre d’une centaine sur la décennie avant 2020, d’abus et de violences sexuelles dans le milieu du sport. Aujourd’hui, depuis la mise en place de la cellule signal Sport en 2019 par la ministre Roxana Maracineanu, on est à plus de 400 signalements par an. On souhaitait avec ce texte renforcer les moyens au niveau du ministère et que toute personne qui intervient auprès d’un enfant fasse l’objet d’un contrôle d’honorabilité ».
Des encadrants écartés des clubs sportifs
Aujourd’hui 1,8 millions de vérifications ont été faites et plus de mille encadrants écartés car ils représentaient un risque. La grande révolution du texte, c’est aussi son avancée sur les responsabilités. Les dirigeants des clubs sont aujourd’hui responsables pénalement de la mise en œuvre des contrôles d’honorabilité des encadrants, de la détection et de la dénonciation. « Dans le passé, dans les clubs régnaient une omerta, il a donc fallu les impliquer davantage, aujourd’hui les fédérations travaillent avec nous auprès des adhérents et des licenciés »
« C’est un phénomène enfin pris au sérieux, trop longtemps resté sous les radars. »
Jean-Denis Coquard, rédacteur en chef à l’Équipe rappelle que son journal pourrait quasiment publier une enquête par jour sur les cas de violences sexuelles dans le sport. Six ans après les révélations de Sarah Abitbol qui fut la première en France à briser l’omerta dans son livre « Un si long silence » et presque dix ans après la déferlante MeToo, cela reste un sujet central dans le sport, surtout dans le sport féminin. « C’est à la fois très positif parce que la parole s’est libérée, mais aussi décourageant parce qu’on a l’impression que l’iceberg est profond sous la mer » se désole Jean-Denis Coquard
Pour 2026, Marina Ferrari, ministre des Sports, a annoncé un renforcement des moyens consacrés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Cent postes seront déployés dans les services départementaux du Ministère pour accélérer les enquêtes administratives et protéger les mineurs.
On rappelle que le numéro à composer pour faire un signalement est le 119 et l’adresse signal-sports@sports.gouv.fr
L’émission est à retrouver ici