VSS dans le sport : « On est passé de 10 cas à 400 par an » alerte ce sénateur

Mathilde De Kerangat, ex-athlète olympique de voile, révélait en 2022 avoir été victime d’agressions sexuelles de la part de son entraîneur quand elle pratiquait l’athlétisme entre l’âge de 7 et 11 ans. Aujourd’hui, elle s’engage au sein de l’observatoire des violences sexistes et sexuelles dans le sport et s’engage auprès des plus jeunes pour faire de la prévention. Elle témoigne dans l’émission Sport etc. présentée par Caroline Delage.
Rédaction Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Après l’arrêt de sa carrière à haut niveau et face au poids grandissant de son mal-être, la jeune femme, championne du monde junior de voile, décide de s’adresser à un psychologue. Frappée d’amnésie post-traumatique, ce sont d’abord des flash-backs puis des cauchemars qui se manifestent. Viennent ensuite les sensations physiques, puis le retour des souvenirs de façon partielle dans un premier temps. Les choses finissent par s’éclaircir, en 2022, Mathilde décide alors de porter plainte contre son ancien entraîneur.

« Pour moi c’était très important de prendre la parole »

Mathilde s’exprime d’abord pour son cercle familial et ses proches puisque personne n’était au courant. Elle rappelle ensuite que prendre la parole publiquement est, sans aucun doute, déterminant pour essayer de faire avancer les choses. « Les témoignages qui m’ont précédée m’ont aidée à prendre la parole mais aussi à me souvenir de ce qui m’était arrivé, ce fut déterminant, un jour dans la rue, tout m’est tombé dessus, je me suis dit : je ne veux pas être une victime »

Ambassadrice de l’observatoire des violences sexuelles et sexistes dans le sport, Mathilde De Kerangat constate que le sujet progresse. « L’observatoire intervient de manière indépendante pour voir comment les choses évoluent, on en parle de plus en plus ». Aujourd’hui conseillère technique sportive à la Fédération française de voile, l’ancienne championne s’implique aussi énormément au niveau de la prévention, un gros travail est fait autour de la sensibilisation, la communication et du recueil des signalements.

« L’objectif de ce texte était d’inverser la charge de la preuve et faire en sorte que la peur change de camps »

Sébastien Pla, Sénateur socialiste de l’Aude, auteur de la loi dite loi Abitbol en 2024, rappelle que ce texte vise à renforcer la protection des mineurs et l’honorabilité dans le sport quatre ans après les faits révélés par la patineuse agressée. Il précise que c’est d’abord le courage des sportives comme Isabelle Demongeot ou Sarah Abitbol qui ont permis de faire émerger ce sujet.

« Jusqu’aux années 2000, il y avait très peu de signalements, de l’ordre d’une centaine sur la décennie avant 2020, d’abus et de violences sexuelles dans le milieu du sport. Aujourd’hui, depuis la mise en place de la cellule signal Sport en 2019 par la ministre Roxana Maracineanu, on est à plus de 400 signalements par an. On souhaitait avec ce texte renforcer les moyens au niveau du ministère et que toute personne qui intervient auprès d’un enfant fasse l’objet d’un contrôle d’honorabilité ».

Des encadrants écartés des clubs sportifs

Aujourd’hui 1,8 millions de vérifications ont été faites et plus de mille encadrants écartés car ils représentaient un risque. La grande révolution du texte, c’est aussi son avancée sur les responsabilités. Les dirigeants des clubs sont aujourd’hui responsables pénalement de la mise en œuvre des contrôles d’honorabilité des encadrants, de la détection et de la dénonciation. « Dans le passé, dans les clubs régnaient une omerta, il a donc fallu les impliquer davantage, aujourd’hui les fédérations travaillent avec nous auprès des adhérents et des licenciés »

« C’est un phénomène enfin pris au sérieux, trop longtemps resté sous les radars. »

Jean-Denis Coquard, rédacteur en chef à l’Équipe rappelle que son journal pourrait quasiment publier une enquête par jour sur les cas de violences sexuelles dans le sport. Six ans après les révélations de Sarah Abitbol qui fut la première en France à briser l’omerta dans son livre « Un si long silence » et presque dix ans après la déferlante MeToo, cela reste un sujet central dans le sport, surtout dans le sport féminin. « C’est à la fois très positif parce que la parole s’est libérée, mais aussi décourageant parce qu’on a l’impression que l’iceberg est profond sous la mer » se désole Jean-Denis Coquard

Pour 2026, Marina Ferrari, ministre des Sports, a annoncé un renforcement des moyens consacrés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Cent postes seront déployés dans les services départementaux du Ministère pour accélérer les enquêtes administratives et protéger les mineurs.

 

On rappelle que le numéro à composer pour faire un signalement est le 119 et l’adresse signal-sports@sports.gouv.fr

 

L’émission est à retrouver ici

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Paris: Questions au gouvernement Senat
9min

Politique

Sénatoriales : après les municipales, le groupe LR pourrait « perdre de 3 à 5 sièges », face à la poussée du RN

Les municipales permettent déjà de faire des projections sur les sénatoriales de septembre 2026. Sur le papier, les LR craignent de perdre 3 à 5 sièges, mais le scrutin de 2029 s’annonce meilleur. Au groupe centriste, son président Hervé Marseille mise sur une « forme de stabilité ». Globalement, le sénateur LR Roger Karoutchi assure qu’« il n’y a pas de risque sur la majorité sénatoriale », qui restera « très large ».

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
4min

Politique

Présidentielle : les adhérents LR désignent Bruno Retailleau comme candidat

Le président des Républicains a été investi par son parti pour l’élection présidentielle ce dimanche, à la suite d’un vote en ligne des adhérents. La confirmation de la candidature de Bruno Retailleau était une étape nécessaire, mais n’épuise pas les questions sur la suite de la campagne présidentielle à droite. 

Le

Paris : Session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Loi Yadan contre l’antisémitisme : les sénateurs dubitatifs à l’annonce de la reprise en main du gouvernement

Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.

Le