Pour la dernière journée de son voyage apostolique en France, commencé quatre jours plus tôt, Léon XIV s’est rendu à Metz, en Moselle, une ville marquée par les conflits franco-allemands et les guerres européennes. Après une rencontre interreligieuse, le Pape s’est rendu au Centre des Congrès Robert Schuman pour une rencontre intitulée « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité » en présence d’une dizaine de Chefs d’Etats européens et de cardinaux. Le choix de Metz avait surpris, tant cette ville ne correspond pas au parcours traditionnel d’un voyage pontifical rapportait l’archevêque de la ville, Philippe Ballot à nos confrères du Point. Ce choix tient en réalité pour partie à la proximité des lieux avec la tombe de Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de l’Union européenne, située à quelques kilomètres.
Robert Schuman, le fil rouge
Face aux nouvelles menaces et à la guerre qui s’enracine aux portes de l’Union européenne, le pape a tenu à rendre hommage à Robert Schuman, figure incontournable de la construction européenne, qui a su réunir l’Europe après quatre ans de guerre dévastatrice. Il a notamment invoqué la célèbre déclaration Schuman de mai 1950, acte fondateur de la construction européenne qui propose la création d’une organisation européenne chargée de mettre en commun les productions françaises et allemandes de charbon et d’acier afin de réduire les risques d’une nouvelle guerre. « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. » déclarait-il en 1950. Citée à deux reprises par Emmanuel Macron lors de son introduction et par le Pape lui-même, cette phrase est un appel direct aux puissances européennes à se réunir pour assurer la sécurité de l’Union.
Une Europe de la fraternité
Erigé en modèle, le Pape invoque à nouveau Schuman, catholique convaincu, dont la foi chrétienne a guidé l’engagement politique et sa vision de l’Europe pour prôner une Europe de la paix. « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils du même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de couleur, de race ou de profession » cite le Souverain Pontife, préoccupé par le repli identitaire et nationaliste qui s’impose sur le continent. « La loi de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain » poursuivait-il.
Les messages d’ouverture à l’autre et de fraternité se sont d’ailleurs multipliés tout au long du discours. A l’heure de la montée de l’extrême droite en Europe et face à la perspective d’une entrée du Rassemblement national à l’Elysée, le Souverain Pontife alerte sur la nécessité des Etats à garantir un accueil digne aux migrants. Il a affirmé que le continent fait aujourd’hui « face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres », évoquant l’arrivée en nombre de femmes et hommes, « fuyant le théâtre de guerres, de persécutions, où à la recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère. » Il a enjoint les pays à offrir aux migrants des processus sérieux d’accueil et d’intégration. « Accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison » a estimé l’évêque de Rome. Il prescrit un juste équilibre entre préservation des racines et des valeurs chrétiennes et écoute attentive des autres, dans une société qualifiée de « multiculturelle ». Le pape Léon XIV l’a affirmé, le dialogue est une « nécessité sociale et politique » qui doit donner « un fondement solide à nos sociétés » pour œuvrer plus efficacement à la paix.
L’Union face à la perspective de la guerre
A l’heure du populisme et du nationalisme, le Souverain Pontife rappelle que l’Europe est « le fruit de rencontres séculaires », que « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine ainsi que la liberté, la démocratie et l’Etat de droit » sont des conditions indispensables à la coexistence civile. Comme une allusion à peine voilée à la situation actuelle, le pape a également évoqué la capacité qu’a eue Schuman à surmonter « l’opposition entre identités culturelles pour donner naissance aux institutions européennes après la seconde guerre mondiale » qui avait démontré la barbarie des hommes dont le pouvoir n’est pas limité. En effet, face à la résurgence de la guerre sur le continent européen le Pape a déploré l’état des relations humaines entre les Etats. Il a réaffirmé l’importance du respect du droit international et du multilatéralisme qui « constitue le meilleur antidote à la volonté de domination qui est à l’origine de tout conflit » déclare-t-il. Il pointe la responsabilité de l’Europe dans la préservation de la paix et prône, à l’instar de Robert Schuman, une Europe du dialogue plutôt qu’une Europe des armes, « où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que toute guerre soit non seulement impensable mais également impossible ». Dans les traces de Schuman, il appelle les Etats à faire preuve de « réalisme et de courage » mais également de patience, pour garantir la paix et « donner vie à cette solidarité effective ».