A Reims, l’histoire tumultueuse du monument aux héros de l’Armée noire
Erigé en 1924, détruit en 1940, reproduit en 2013: l'histoire agitée du monument aux héros de l'Armée noire à Reims,...

A Reims, l’histoire tumultueuse du monument aux héros de l’Armée noire

Erigé en 1924, détruit en 1940, reproduit en 2013: l'histoire agitée du monument aux héros de l'Armée noire à Reims,...
Public Sénat

Par Fanny Latach avec le bureau de Dakar

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Erigé en 1924, détruit en 1940, reproduit en 2013: l'histoire agitée du monument aux héros de l'Armée noire à Reims, officiellement inauguré mardi par Emmanuel Macron à Reims, s'inscrit dans la reconnaissance "tardive" par l'Etat français de l'engagement des tirailleurs sénégalais pendant la Grande Guerre.

Au sommet d'un piédestal ajouré, quatre tirailleurs africains du corps d'armée colonial scrutent l'horizon autour d'un drapeau français enroulé, porté par un officier blanc, dans une allée du parc de Champagne.

"C'est une reconnaissance évidente qui a lieu et qui rappelle l'inauguration de 1924, un énorme événement avec environ 15.000 personnes au parc Pommery (l'ancien nom du parc de Champagne)", confie à l'AFP Cheikh Sakho, un professeur d'anglais d'origine sénégalaise qui a consacré une thèse à ce sujet.

"Une grande partie des tirailleurs était venue du réservoir d'hommes que constituaient le Haut-Sénégal et le Niger", soit "le Mali et Burkina-Faso actuels, près de 45% des troupes entre 1914 et 1918", indique-t-il.

La résistance des tirailleurs sénégalais au sein du 1er Corps de l'armée coloniale a même été décisive en 1918 lorsque, galvanisées par leur victoire sur le Chemin des Dames, les troupes allemandes foncent sur Reims avec l'intention de faire tomber ce dernier rempart avant Paris. Mais ces hommes font face, stoppant l'offensive ennemie... Le conflit connait alors un tournant décisif.

- "Oreilles de lapin" -

De ce premier monument, alors composé d'un bloc de granit de quatre mètres de haut, il ne reste cependant plus que des photos d'archives et des coupures de presse de son inauguration, célébrant la bravoure des soldats indigènes sur fond d'exaltation de l'empire colonial français.

En 1940, il est envoyé vers l'Allemagne et son bronze fondu: pour l'Allemagne nazie il renvoie à "la honte noire", quand en 1920 "la rive gauche du Rhin était occupée par 100.000 soldats des colonies", réminiscence "terrible" du traité de Versailles, selon Cheikh Sakho.

Une stèle le remplace en 1958, avant un nouveau monument érigé en 1963 au même endroit, deux grands blocs de pierre dépersonnifiés qui n'inspira aux Rémois que le sarcastique surnom "d'oreilles de lapin".

Grâce à l'investissement d'une association en 2009, une copie en bronze de la création originale de Paul Moreau-Vauthier a été réalisée à partir du modèle érigé à l'identique en 1924 à Bamako. Confiée au sculpteur Jean-François Gavoty, elle signe le retour des visages de ces héros de l'armée noire à Reims et dans la mémoire collective.

Emmanuel Macron, en plein périple du centenaire de la fin de la Grande Guerre, l'inaugurera aux côtés d'Ibrahim Boubacar Keïta, le président du Mali.

Ces soubresauts épousent la "tardive et timide" reconnaissance par la France de la contribution africaine, estime auprès de l'AFP le Professeur Mor Ndao, enseignant-chercheur au département d'histoire de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

La Grande Guerre a fait quelque 28.000 morts ou disparus et près de 37.200 blessés au sein des unités d'Afrique noire.

Mais le traitement des tirailleurs "a été inégal par rapport à leurs frères d'armes français et européens", dit M. Ndao, soulignant que les pensions et retraites des anciens combattants des ex-colonies, "cristallisées" en 1959, n'ont été dégelées qu'en 2001.

Par ailleurs, cette cérémonie se déroule sur le sol français, loin des familles des tirailleurs tous disparus aujourd'hui: le dernier au Sénégal est décédé le 10 novembre 1998, la veille de la cérémonie où la France devait lui remettre la Légion d'honneur. Pour M. Ndao: "C'est tout un symbole".

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

A Reims, l’histoire tumultueuse du monument aux héros de l’Armée noire
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le