Affaire Benalla: les questions sensibles qui attendent Collomb à l’Assemblée
Pris lui aussi dans le tourbillon de l'affaire Benalla, Gérard Collomb va passer lundi matin sur le grill de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale

Affaire Benalla: les questions sensibles qui attendent Collomb à l’Assemblée

Pris lui aussi dans le tourbillon de l'affaire Benalla, Gérard Collomb va passer lundi matin sur le grill de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale
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Par Gregory DANEL

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Pris lui aussi dans le tourbillon de l'affaire Benalla, Gérard Collomb va passer lundi matin sur le grill de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale. Il devra répondre à des "questions très nombreuses et d'une très grande gravité", selon le co-rapporteur, Guillaume Larrivé (LR).

Quand a-t-il été informé? Par qui?

Chargé de mission à l'Elysée et en première ligne dans le dispositif de sécurité entourant Emmanuel Macron, Alexandre Benalla a été filmé en train de frapper et malmener des manifestants le 1er mai à Paris.

Le ministre de l'Intérieur était au courant de ces agissements dès le 2 mai. La place Beauvau, qui se mure dans un quasi-mutisme, l'a confirmé au Monde ce week-end. Les oppositions dénoncent les "mensonges" du ministre et plusieurs personnalités, à droite comme à gauche, de Nicolas Dupont-Aignan à Jean-Luc Mélenchon, ont demandé la démission de M. Collomb.

Question subsidiaire: qui a informé le ministre des violences commises place de la Contrescarpe (Ve arrondissement)? La préfecture de police de Paris? L'Elysée qui a rapidement été mis au courant? Un autre canal? Dans un milieu censé être très hiérarchisé, la question a son importance.

Pourquoi n'a-t-il pas réagi plus tôt?

Au Sénat jeudi, le ministre a dit avoir saisi la "police des polices" pour faire la lumière sur cette affaire. Soit plus de deux mois après les faits. "On a laissé ces images tourner sur les réseaux sociaux. Cela est préjudiciable pour l'image de la police", déplore Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergies.

"Il a "dissimul(é) (...) cette information à la représentation nationale et à la justice", s'offusque Benoît Hamon (Générations).

Selon l'article 40 du code de procédure pénale, le procureur de la République aurait dû être saisi pour ces faits mais aucun membre de l'exécutif ne l'a fait, ce qui fait dire à l'opposition que le pouvoir a cherché à étouffer l'affaire. "On vit dans un système hiérarchisé. Ce n'est pas au ministre de l'Intérieur d'engager des poursuites contre un collaborateur du président", tempère M. Ribeiro. "Il y a eu violences... Il fallait faire un article 40, au moins pour se protéger", avance un cadre de l'administration.

Pourquoi Benalla était-il présent le 1er mai?

Capture de la vidéo filmée par un militant LFI montrant Alexandre Benalla maîtrisant violemment un manifestant le 1er-Mai à Paris
Capture de la vidéo filmée par un militant LFI montrant Alexandre Benalla maîtrisant violemment un manifestant le 1er-Mai à Paris
Tahar Bouhafs/AFP

Il était censé n'être qu'un "observateur" sur une opération de maintien de l'ordre, il a fini par se promener avec brassard policier, radio de police et casque sur la tête avant de s'en prendre à des manifestants, en compagnie de Vincent Crase, un salarié de La République en marche.

Qui a validé leur présence sur cette manifestation? La préfecture de police. Mais à quel niveau? Beauvau était-il au courant? D'où vient le matériel policier détenu par M. Benalla? Pourquoi le major de police de la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police n'est-il pas intervenu pour empêcher ces agissements, alors qu'il était ce jour-là le "référent" de M. Benalla? "On voit mal un major s'opposer à un conseiller de l’Élysée", répond une source syndicale.

Plusieurs sources ont également fait état auprès de l'AFP de la présence de M. Benalla aux briefings et débriefings de la manifestation du 1er mai qui s'était soldée par de spectaculaires violences commises par des activistes du "Black Bloc". "Il est régulièrement sur des dispositifs opérationnels et semble piloter différentes choses", s'étrangle David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN). "Il n'est diplômé en rien mais semble avoir accès à tout. Qui l'a mandaté pour ça?", interroge-t-il.

Après le ministre de l'Intérieur attendu à 10H00, le préfet de police Michel Delpuech sera auditionné à partir de 14H00.

Quel rôle à l’Élysée?

Selon plusieurs sources, l'ex-chargé de mission auprès du chef de cabinet de la présidence de la République, qui accompagnait régulièrement M. Macron sur ses déplacements (y compris après sa mise à pied de 15 jours, au vu de photos de presse), paraissait aussi régenter la sécurité à l’Élysée.

Problème: c'est précisément la mission du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), une structure du Service de la protection (SDLP), dépendant de la Police nationale. Le GSPR est dirigé par un colonel de gendarmerie.

Selon des sources policières, syndicales et internes à Beauvau, une réorganisation de la sécurité de l'Elysée était dans les tuyaux pour fin 2018, avec la création d'une Direction de la sécurité de la présidence de la République (DSPR) composée de trois entités. M. Benalla était pressenti pour occuper une place prépondérante dans ce dispositif directement piloté par la présidence.

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