Budget: Macron reprend la main, à la barbe de Philippe
La priorité à ses engagements fiscaux de campagne plutôt qu'au déficit: Emmanuel Macron a repris la main lundi sur l'épineux...

Budget: Macron reprend la main, à la barbe de Philippe

La priorité à ses engagements fiscaux de campagne plutôt qu'au déficit: Emmanuel Macron a repris la main lundi sur l'épineux...
Public Sénat

Par Marc PRÉEL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La priorité à ses engagements fiscaux de campagne plutôt qu'au déficit: Emmanuel Macron a repris la main lundi sur l'épineux dossier budgétaire, quitte à corriger son Premier ministre et réveiller chez les Français les souvenirs des zigzags du quinquennat Hollande en la matière.

"C'est Macron qui a pesé ce week-end", raconte à l'AFP une source gouvernementale. "Edouard Philippe était sur une vision plus progressive (en matière de baisse d'impôts) et le président de la République a tenu à ce qu'il y ait vraiment un choc de confiance. Il ne voulait pas que le discours sur les économies budgétaires vienne brouiller le message économique", poursuit le même.

"L'enjeu c'est de montrer que les promesses sont tenues", affirme un ami d'Emmanuel Macron. "C'est un élément de confiance. Il ne veut pas faire comme Hollande qui a donné le sentiment de trahir ses promesses de campagne", poursuit ce proche.

A l'Elysée, on assure qu'"il n'y a pas de divergence entre le président et le Premier ministre", et on assume qu'Emmanuel Macron intervienne "sur un certain nombre sujets sur lesquels le président de la République, dans son contrat avec la nation, s'est engagé à lui-même en être comptable".

Depuis la déclaration de politique générale du Premier ministre, le 4 juillet à l'Assemblée, des critiques avaient émergé: l'exécutif, trop soucieux de diminuer le déficit, n'en ferait pas assez du côté des baisses d'impôts.

Le calendrier de la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des contribuables était resté très flou: "d'ici la fin du quinquennat". La réforme de l'impôt sur la fortune était elle renvoyée à 2019.

Des "signaux faibles" de mécontentement, notamment des milieux d'affaires, sont remontés notamment par Bercy et le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. Un sondage Odoxa montre que les discours du Président et du Premier ministre n'ont pas convaincu une majorité de Français.

Aux rencontres économiques d'Aix-en-Provence, dimanche, c'est Bruno Le Maire qui amorce le rétropédalage devant les journalistes en expliquant que "rien n'est arrêté" dans le calendrier des réformes fiscales.

- Sujet hautement inflammable -

Puis, entre dimanche soir et lundi matin, c'est l'entourage du ministre de l'Economie qui annonce à la presse que la baisse de la taxe d'habitation commencera bien en 2018, tout comme celle de l'ISF, et ce avec l'assentiment exprès du président.

Matignon confirmera officiellement quelques heures plus tard que les mesures sont bien à l'étude, mais en précisant que tous les arbitrages ne sont pas encore rendus.

"Le Maire, sentant qu'on allait vers un arbitrage des mesures dès 2018, a essayé d'en obtenir un peu le gain politique en anticipant l'annonce...", grince un conseiller.

Mais ce rétropédalage gouvernemental, moins d'une semaine après la déclaration de politique générale, pourrait aussi accroître l'impression d'improvisation qui avait tant coûté au précédent exécutif socialiste.

"Il y a un risque que ce brouillage n'accroisse la défiance. Or celle-ci est déjà immense, et les Français restent échaudés par les premières mesures fiscales de Hollande", juge Chloé Morin, directrice de l'observatoire de l'opinion de la Fondation Jean-Jaurès.

"La question fiscale est d'autant plus difficile à manier que l'on constate dans les études que les Français sont peu enclins à faire davantage d'efforts pour redresser les comptes du pays, et bien moins qu'en 2012 à pareille époque. Bref, le sujet est hautement inflammable", poursuit cette spécialiste de l'opinion.

Une "trajectoire" budgétaire doit être présentée mardi aux parlementaires pour assurer que le déficit ne dépassera pas 3% ni en 2017, ni en 2018, malgré ces baisses d'impôt. Mais déjà l'objectif d'un déficit de 2,3% l'an prochain, transmis à la Commission de Bruxelles à la fin du quinquennat Hollande, paraît extrêmement compromis.

Partager cet article

Dans la même thématique

Budget: Macron reprend la main, à la barbe de Philippe
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Budget: Macron reprend la main, à la barbe de Philippe
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le