Longtemps, la France s’est crue à l’abri. Stocks abondants, pluies régulières : les Français ont hâtivement pensé que les problèmes d’accès à la ressource en eau étaient réservés à d’autres pays et à d’autres continents.
Si la canicule de l’été 2026, qui a entraîné une sécheresse historique, a joué le rôle de révélateur, pour Christophe Mori, hydrobiologiste et maître de conférences à l’université de Corse, la situation pourrait être bien pire à l’horizon 2050 si rien n’est fait : « On aura peut-être des guerres de l’eau, des barrages militarisés, un état d’urgence hydrique de l’Union européenne. »
En cause : des stocks qui se réduisent. En près de quarante ans, le volume d’eau douce disponible a ainsi baissé de près de 14 %.
Et pourtant, le volume global des précipitations ne diminue pas. Sur les 550 milliards de mètres cubes de pluie qui tombent chaque année en France, seuls 30 milliards de mètres cubes sont prélevés. Le problème réside davantage dans un cycle de l’eau de plus en plus irrégulier, alternant épisodes de sécheresse et inondations. « C’est la question de la disponibilité qui est centrale aujourd’hui », souligne l’hydrobiologiste, avant d’ajouter : « Depuis les années 1950, on a perdu entre 50 et 60 % des zones humides, et même 90 % depuis l’an 1500. » Conséquence : l’eau ruisselle davantage et s’infiltre moins.
Reconstituer les zones humides
S’il faudra, à l’avenir, interroger nos consommations d’eau, traquer les fuites et peut-être même en limiter certains usages, il faudra surtout parvenir à retenir l’eau dans les milieux naturels.
« La préservation des zones humides nous permet d’avoir partout sur le territoire des éponges naturelles (…) qui facilitent le stockage de l’eau », défend la sénatrice et présidente du groupe communiste au Sénat, Cécile Cukierman, autrice d’un rapport sur le sujet. « Préserver les zones humides, ce n’est pas enquiquiner les gens ; c’est permettre à ces milieux de restituer l’eau qu’ils ont stockée. »
Une eau de moins bonne qualité
Autre conséquence de cette raréfaction : la qualité de l’eau se dégrade. Durant l’été 2026, les étangs et lacs fermés à la baignade pour cause de prolifération de cyanobactéries se sont multipliés. Plus préoccupant encore, dans certaines communes comme La Roche-sur-Yon, les alertes concernant la non-potabilité de l’eau du robinet se sont succédé au mois de juillet.
« En 2020, environ 6 % des Français étaient exposés à une eau non conforme aux limites de qualité. En 2024, cette proportion est passée à 30 % », alerte le chercheur Gaspard Lemaire.
Si ce spécialiste estime que cette évolution s’explique en grande partie par des normes devenues plus strictes, il insiste néanmoins sur la nécessité d’encadrer davantage l’introduction de nouvelles molécules sur le marché : « Il ne faut pas permettre leur utilisation sans que les pouvoirs publics aient, au préalable, vérifié leur innocuité. »
Boire de nouveau les eaux usées
Des solutions existent pourtant. En Vendée, le programme pilote Jourdain permet déjà de réutiliser des eaux usées traitées. Après épuration, celles-ci sont affinées et filtrées avant d’être réinjectées dans le milieu naturel en amont du cours d’eau, puis de nouveau captées et traitées pour la consommation. « Nous avons besoin d’une nouvelle ressource. Avec ce projet, nous ne prélevons plus dans le milieu naturel : nous utilisons des eaux qui étaient auparavant rejetées en mer », explique Élisabeth Macé, chargée de mission à Vendée Eau, qui pilote l’expérimentation.
Cette dépollution aura toutefois un coût croissant. Selon les projections, le prix de l’eau du robinet pourrait augmenter de 75 % d’ici 2050, selon les régions. Plus rare, plus chère : si le défi d’une eau disponible pour tous est bien réel, des solutions existent.
Une émission à revoir en intégralité.