C’était l’une des principales craintes des organisateurs et des participants : les opérations de vote pour la primaire coorganisée par le PS sont la cible d’une cyberattaque depuis l’ouverture du scrutin électronique, ce vendredi 9 octobre à 8 heures. « La nature de cette attaque consiste à porter à son maximum le nombre de connexions simultanées par le biais de bots. De fait, cet afflux massif et fictif de connexions entrave la capacité d’une partie des électeurs et des électrices », indique la commission d’organisation de cette primaire dans un communiqué qui a été diffusé en fin de matinée.
Cette attaque ne remet pas en question l’intégrité du scrutin, assure la commission. Son président, l’ancien député Patrick Mennucci, évoque « un ralentissement » des opérations de vote. « Des gens votent, mais beaucoup n’y arrivent pas ». Les organisateurs assurent toutefois que « les mesures nécessaires » ont été prises pour garantir la continuité du scrutin. Un communiqué envoyé aux électeurs les invite à ne pas rafraîchir la page de connexion si celle-ci ne charge pas, mais à revenir plus tard sur la plateforme : « Le vote se déroule sur deux journées, vous aurez largement le temps d’exprimer votre choix ». Un point sur le niveau de participation était attendu à la mi-journée, celui-ci n’a finalement pas été communiqué.
La commission précise que les trois formations politiques qui organisent ce scrutin – le Parti socialiste, Place Publique et la Gauche républicaine et socialiste (GRS) – ont saisi la justice. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a également été saisie, ont fait savoir les services du Premier ministre.
140 282 électeurs
Les électeurs ont donc jusqu’à samedi soir, 20 heures, pour départager les cinq candidats de cette primaire : le Premier secrétaire du PS Olivier Faure, les députés socialistes Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel, l’eurodéputé et fondateur de Place publique Raphaël Glucksmann et l’ancienne ministre Ségolène Royal. Ils doivent se connecter à la plateforme de vote, via l’identifiant personnel et le mot de passe individuel qui leur ont été envoyés par mail. Des bureaux de vote physiques ont également été installés dans certaines fédérations, mais là aussi, le vote se fait depuis une tablette électronique. Les résultats devraient être connus dans la foulée de l’ouverture de l’urne électronique, « au mieux à 20h25 » samedi, a fait savoir Patrick Mennuci.
À la clôture des inscriptions, lundi 5 octobre, la commission d’organisation faisait état de 140 282 inscrits sur la liste électorale de cette primaire, pour la majorité des adhérents des trois partis organisateurs à jour de cotisations. Ce chiffre est bien au-dessus de la barre des 100 000, fixée comme objectif par plusieurs responsables socialistes, ce qui pourrait venir rebattre les cartes de la compétition. Toutefois, nous sommes encore loin, très loin des précédents exercices du genre : la primaire de 2011, remportée par François Hollande, avait frôlé les 3 millions d’électeurs. En 2017, ils étaient quelque 2 millions.
Les trois partis organisateurs indiquent avoir enregistré au cours de la campagne une forte progression des adhésions. Selon les chiffres communiqués, Place Publique rapporte avoir 28 456 adhérents en mesure de voter, et GRS 1 084. Côté socialiste, le parti à la rose compte 31 030 militants « à jour de cotisation », mais fait état de 37 017 « sympathisants socialistes inscrits pour participer au vote ».
Notons que les sympathisants de gauche souhaitant participer à cette primaire, mais sans avoir à adhérer à l’un des partis organisateurs, avaient aussi la possibilité de s’inscrire via une plateforme autonome, Choisir2017, moyennant une participation de 15 ou 10 euros, en fonction de leurs revenus. Selon la commission d’organisation, ils sont 42 695 à avoir choisi cette option. Mais le profil de ces électeurs reste difficile à définir. D’aucuns redoutaient, dans un contexte de morcellement des forces de gauche, que des électeurs d’autres camps ne s’invitent dans le scrutin pour bouleverser les équilibres.
Raphaël Glucksmann, toujours favori ?
Pour l’emporter dès le premier tour, un candidat doit réunir plus de 50% des suffrages. Autrement, un second tour sera organisé les 16 et 17 octobre. Si Raphaël Glucksmann a longtemps été présenté comme le favori de ce scrutin, les incertitudes sur la nature du corps électoral brouillent désormais les chances de l’eurodéputé.
Aucun sondage n’a été consacré à cette primaire, néanmoins, dans les dernières enquêtes d’opinions sur la présidentielle, le fondateur de Place publique est donné comme champion de la gauche non-mélenchoniste, souvent autour de 10 % des intentions de vote au premier tour. Un score insuffisant, néanmoins, pour se qualifier dans un second tour qui reste très largement dominé par Marine Le Pen (autour de 35%) et Jean-Luc Mélenchon (autour de 20%) dans les enquêtes d’opinion.
Dans le dernier baromètre de l’Ifop, réalisé entre le 25 et le 29 septembre, Raphaël Glucksmann recueillerait entre 11 et 13% des suffrages au premier tour s’il recevait l’investiture de cette primaire ; 4% s’il s’agit d’Olivier Faure ; 3% pour Ségolène Royal ou Jérôme Guedj, et 1% pour Emmanuel Maurel.
Une campagne âpre
La campagne, rythmée par trois débats télévisés, s’est révélée assez virulente, avec des candidats qui se sont parfois profondément divisés, moins sur les questions de fond que sur le sujet de l’incarnation et des alliances politiques. Raphaël Glucksmann a été souvent attaqué par ses compétiteurs, Olivier Faure allant jusqu’à considérer qu’il incarnait dans cette primaire « une option centriste » face à une « option de gauche »
Bien qu’elle s’en soit défendue, Ségolène Royal a également donné l’impression de vouloir installer un duel avec l’eurodéputé. La candidate de 2007 a même été rappelée à l’ordre par les organisateurs de la primaire pour avoir qualifié le fondateur de Place publique de « stagiaire ». Elle l’a également épinglé sur son refus d’utiliser le terme « génocide » à propos de la situation palestinienne, ou encore pour avoir fait preuve de sexisme à son égard en employant l’expression « danse du ventre ». Dernier coup de griffe : invitée jeudi dans une émission de la chaîne Youtube du « Média », Ségolène Royal a assuré que Raphael Glucksmann recevait « des anti-sèches » sur son téléphone portable pendant le premier débat organisé sur LCI.
En participant à cette primaire, les candidats ont signé une charte des valeurs par laquelle ils s’engagent à soutenir le gagnant. Mais à gauche, l’expérience a montré que ce type de promesse n’engageait que ceux qui y croient : en 2017, Manuel Valls avait refusé de parrainer Benoît Hamon, le vainqueur de la primaire, pour finalement soutenir Emmanuel Macron.
Cette fois, c’est la question d’un nouveau rapprochement avec La France insoumise qui pourrait servir de pierre d’achoppement : Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj en ont fait une ligne rouge, quand Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel sont plus nuancés sur le sujet.