Primaire de la gauche : échanges tendus sur les alliances avec LFI, Gaza, Ukraine… Que retenir du 1er débat entre les candidats ?
A moins de trois semaines du premier tour de la primaire, les cinq candidats ont débattu pour la première fois, ce mercredi 23 septembre, sur TF1-LCI. Ils ont également répondu aux questions un panel de sympathisants de gauche, lors de cette émission animée par David Pujadas.
Du rouge, partout, ou presque. Mercredi 24 septembre au soir, sur le plateau de TF1-LCI, Ségolène Royal avait choisi cette couleur pour sa veste et ses boucles d’oreilles, Olivier Faure et Jérôme Guedj pour leurs cravates, Emmanuel Maurel ses chaussettes ; tous y sont allés de leur clin d’œil. Tous, sauf Raphaël Glucksmann, le seul tout de bleu vêtu. Mais durant ce débat, le contraste a dépassé le vestiaire. Pendant près de deux heures, les cinq candidats à la primaire sociale-démocrate ont fait valoir leurs points d’accord comme leurs désaccords, de la guerre en Ukraine au pouvoir d’achat des Français, en passant par la dette et le prix des carburants, avant que le débat ne s’embrase sur la question des alliances avec le reste de la gauche, et notamment La France insoumise.
Crise des carburants : à chacun sa solution
La flambée des prix à la pompe, qui occupe l’actualité depuis plusieurs mois, sert d’entrée en matière à ce premier débat entre les candidats de la primaire. Quelles mesures proposent-ils pour amortir la crise ? Emmanuel Maurel et Jérôme Guedj évoquent un plafonnement des marges des raffineurs. Le premier propose également un « emprunt national citoyen » pour financer l’électrification, le second souhaite réintroduire » un ISF climatique ».
Ségolène Royal prend en exemple le modèle espagnol, et estime pouvoir stabiliser le prix de l’essence entre 1,50 et 1,70 euro le litre pendant trois mois. Pour ce faire, elle souhaite demander une dérogation à Bruxelles pour suspendre l’accise sur le gazole, mais aussi abaisser à 10% le niveau de la TVA sur l’essence.
Raphaël Glucksmann propose un « triplement du chèque énergie », avec un ciblage en direction des foyers les plus modestes. L’eurodéputé ne veut pas que les dispositifs de soutien permettent « à des bourgeois, par exemple, de prendre leur SUV pour partir en week-end et de bénéficier de l’argent du contribuable ». Première pique à son encontre, lancée par Ségolène Royal : « On ne va pas priver tous les Français d’une baisse des taxes parce qu’il y a des SUV ou des Rolls qui circulent. Les voitures de luxe sont déjà taxées en tant que telles. On ne va pas faire la police de la consommation », s’agace-t-elle, appelant à prendre « des mesures générales et simples ».
Sur l’Ukraine, Ségolène Royal à contre-courant
Sur la guerre en Ukraine, le débat a surtout opposé une candidate à ses quatre concurrents. Raphaël Glucksmann change d’échelle dès sa première prise de parole : « Ce n’est pas une guerre contre l’Ukraine, c’est une guerre contre l’Europe », lance-t-il, évoquant l’attaque de drones à Leipzig, en Allemagne et un « terrorisme d’État » russe. Il plaide pour se préparer à un conflit long, saisir les avoirs russes gelés en Europe et bâtir une « autonomie stratégique européenne » pour ne plus dépendre des Américains.
Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel s’accordent sur le constat. Le premier juge qu’un État qui occupe 20 % du territoire de son voisin menace tout le continent et appelle à « une parole ferme ». Le second rappelle que « le socialisme a toujours été historiquement associé au pacifisme, mais aussi au combat contre les nationalismes », et range Vladimir Poutine, Donald Trump et Benyamin Nétanyahou parmi les « nationalistes qui font la guerre ». Défendant « le multilatéralisme » et « le droit international », il redit la solidarité de la France avec les Ukrainiens, mais constate que le président russe « ne veut pas dialoguer avec nous. C’est bien le problème ». Il appelle à se préparer à la guerre hybride, cybersécurité en tête, l’un des « chantiers du futur président ».
Ségolène Royal tient une autre partition. Pour elle, « cette guerre aurait pu ne pas exister » : si elle avait été en responsabilité au moment de l’attaque, l’ancienne ministre explique qu’elle aurait demandé le déploiement de casques bleus à la frontière. Elle insiste sur la médiation et la diplomatie, en plus de l’aide à Kiev, et estime qu’il faut y associer l’Ukraine. Une position qui réveille ses ambiguïtés passées, elle qui avait mis en doute en 2022 le bombardement par les Russes de la maternité de Marioupol, avant de s’excuser.
Jérôme Guedj l’accuse d’ailleurs d’avoir entretenu le flou sur la place de Kiev dans d’éventuelles négociations, ce qu’elle réfute d’un « je ne te permets pas de dire ça ». Elle en profite pour tacler Raphaël Glucksmann, dont elle trouve la position trop offensive : « Vous avez dit un jour qu’il fallait aller jusqu’à Moscou ! » « Vous avez confondu avec Napoléon, je pense », répond, amusé, l’eurodéputé, avant de lâcher : « Encore un autre stagiaire ! », clin d’œil à la récente pique de son adversaire.
Les échanges se tendent autour de la situation à Gaza
La tension monte d’un cran lorsque la discussion s’engage sur le conflit israélo-palestinien. Emmanuel Maurel, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal et Olivier Faure se prononcent pour une suspension de l’accord commercial entre Israël et l’Union européenne. Mais pour Jérôme Guedj « faire la pression sur le gouvernement israélien, ça ne peut pas être boycotter ».
Ségolène Royal et Olivier Faure dénoncent un « génocide » à Gaza. Mais Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj refusent de reprendre ce terme et reprochent à leurs compétiteurs de vouloir « essentialiser le débat ». Il faut « faire attention aux mots qu’on emploie », alerte Raphaël Glucksmann. L’eurodéputé préfère parler de « crimes contre l’humanité et de crimes de guerre », termes utilisés par la Cour pénale internationale. « Et surtout, ce n’est pas la qualification qu’on emploie, c’est l’action qu’on mène qui compte », ajoute-t-il. « Si les mots sont importants, il faut reconnaître le génocide. Voilà », lui rétorque Ségolène Royal.
L’ancienne ministre s’est vu vivement reprocher par ses compétiteurs d’avoir estimé qu’« il faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qu’il se passe est absolument intolérable » à Gaza, et donc dénoncer la politique conduite par le Premier ministre Benyamin Netanyahou. « C’est incroyable comme injonction », a réagi Jérôme Guedj, reprochant à Ségolène Royal d’importer le conflit sur le territoire français. Elle lui a aussitôt reproché de « caricaturer » ses propos.
« Ce n’est pas aux juifs de dénoncer Netanyahou, c’est aux humanistes. Je ne dénonce pas Netanyahou parce que j’ai des origines juives, mais parce que je suis un humaniste », a également répondu Raphaël Glucksmann.
Sur les salaires, un même constat, des leviers différents
Sur le pouvoir d’achat, personne n’a contesté qu’il fallait augmenter les salaires. La discussion a porté sur la méthode. Le Premier secrétaire du parti à la rose, Olivier Faure, est le plus pléthorique sur ce sujet : « un SMIC à 1 700 euros net », un salaire qui suit l’inflation au moins jusqu’au salaire médian et une conférence salariale tripartite dès la sortie des urnes. Évoquant ceux qui « dorment dans leur voiture », il propose aussi un « bouclier logement » plafonnant à 30 % la part du budget consacrée au loyer, une « sécurité sociale alimentaire », et veut qu’un euro de dividende distribué soit compensé par au moins un euro pour les salariés. Emmanuel Maurel défend lui aussi l’indexation sur l’inflation, mais prévient qu’« il ne s’agit pas seulement de taxer les riches, il faut redistribuer les richesses ». Il y ajoute l’encadrement du prix du foncier.
Le candidat Place publique, Raphaël Glucksmann déplace le débat vers la fiscalité du patrimoine. Il dénonce une « héritocratie » et propose de taxer les méga-héritages, ce qui rapporterait 15 milliards par an, restitués aux salariés par une baisse de la CSG, soit selon lui 200 euros net de plus par mois sur la fiche de paie. Ségolène Royal insiste sur le déclassement des classes moyennes, jusqu’aux cadres supérieurs, et juge que c’est une « arnaque » de promettre des hausses de bas salaires si les prix continuent de grimper. Elle plaide pour un blocage du prix des produits de première nécessité et une remise à plat des 170 milliards d’aides aux entreprises, surtout pour celles qui versent des dividendes. Jérôme Guedj défend un travail qui « paye dignement » et revendique de n’être « pas un décroissant ».
L’ensemble des candidats opposés à une suppression de la dette
« Faut-il ou non supprimer la dette ? », interroge l’une des membres du panel sélectionné par LCI pour interpeller les candidats au fil de ce premier débat. En creux, il s’agit de se positionner par rapport à Jean Luc Mélenchon, qui a proposé de « mettre au feu » les dettes publiques de la zone euro détenues par les banques centrales européennes.
« Cela suppose d’avoir un accord des Européens, ce qui est très compliqué », pointe Olivier Faure. Ségolène Royal rappelle « qu’à chaque fois que l’on agite cette idée, les taux d’intérêt montent, ce qui nous fragilise un peu plus ». « Pour moi, c’est non », ajoute l’ancienne ministre. Elle se dit prête toutefois à faire une exception pour la part de la dette liée à la transition énergétique et climatique, « car ce sont des investissements productifs ». Pour rétablir les finances publiques, elle évoque le retour d’un impôt sur la fortune. « Il y a du grain à moudre sur les aides injustifiées aux entreprises, et des économies à faire sur le fonctionnement de l’Etat », ajoute-t-elle.
« Cela va vous étonner Ségolène Royal, mais je suis d’accord avec vous ! », rebondit Raphaël Glucksmann. « La dette s’est moins creusée sous les derniers gouvernements de gauche que sous ces génies de la finance libérale », tacle le co-fondateur de Place Publique.
Globalement, l’ensemble des candidats plaide pour un réajustement de la fiscalité. « Comment on résorbe la dette ? S’il y a de la justice fiscale : les efforts ne peuvent pas seulement être supportés par des économies qui sont toujours demandées aux mêmes », martèle Jérôme Guedj. Le député évoque également « des gaspillages, des dépenses redondantes » sur la Sécurité sociale.
Pour sa part, Emmanuel Maurel a insisté sur la nécessité de réindustrialiser le pays. « Il faut produire mieux, et produire mieux cela veut dire relocaliser la production. Nous sommes trop dépendants de l’extérieur. On s’est rendu compte, au moment du Covid, que l’on n’était même plus capable de faire de paracétamol. »
Alliances avec LFI, le sujet qui embrase la fin de soirée
Il a fallu attendre presque deux heures de débat pour que les esprits s’échauffent sur les questions quetsionse : et surtout les alliances passées – ou à venir – avec La France insoumise. Interrogé le premier, Emmanuel Maurel refuse que tout tourne autour de Jean-Luc Mélenchon : « Je ne crois pas qu’on soit ici pour incarner la gauche non mélenchoniste », dit-il, tout en assumant son élection de 2024 sous la bannière du Nouveau Front populaire : « Je n’en ai pas honte ». Si Marine Le Pen l’emportait, il prédit un rassemblement de la gauche, voire un front républicain.
Jérôme Guedj, ancien proche du tribun insoumis, hausse le ton. Il jure qu’il ne s’alliera « plus jamais » avec LFI, rappelle avoir été « le seul » à refuser l’accord en 2024 et somme Olivier Faure de clarifier sa ligne. Ne pas le faire, « c’est ça qui tue la politique, Olivier », lâche-t-il. Un second tour Le Pen-Mélenchon, avertit encore le député de l’Essonne, serait la certitude d’une victoire de la candidate d’extrême droite. Il accuse ses concurrents de dérouler « un tapis rouge » aux insoumis.
Le premier secrétaire du PS appelle à « raison garder », le débat « s’enflamme », constate-t-il, mais le premier danger reste l’extrême droite, et la gauche aura besoin d’un groupe parlementaire fort. Il rappelle que les socialistes votent à 80 % avec les insoumis à l’Assemblée nationale et plaide pour « arrêter de cracher sur le reste de la gauche », afin de reconquérir les électeurs qui ont choisi Jean-Luc Mélenchon. Raphaël Glucksmann tranche, et rejoint Jérôme Guedj sur ce point : « Il n’y aura pas d’alliance avec la France insoumise », ni à la présidentielle ni aux législatives. « La gauche gagnera ainsi plus de sièges, assure-t-il, en ramenant des millions d’électeurs qui ne peuvent pas voter LFI. »
Ségolène Royal renvoie enfin tout le monde dos à dos. Elle dénonce une « obsession » qui remet LFI « au centre du jeu » et lance à Glucksmann : « De quel droit ? » C’est au PS, rappelle-t-elle, de définir la refondation de la gauche, le parti qui a permis à l’eurodéputé d’être tête de liste aux européennes. Elle appelle à des accords avec les écologistes et les communistes : sinon, ironise-t-elle, « vous allez les faire avec la droite ? »
L’échange se durcit de plus en plus. Jérôme Guedj évoque un « désaccord majeur » et accuse ses rivaux de « glisser dans la soumission à La France insoumise ». « Pas d’insultes », l’arrête Ségolène Royal, qui lui reproche de déformer ses propos, « Je ne glisse pas dans la soumission », martèle-t-elle, tandis qu’Olivier Faure s’exclame : « N’importe quoi. » Le député de l’Essonne dénonce aussi le « cynisme » d’une partie du PS : refuser un accord national en raison des « relents antisémites » de certains LFI, mais laisser les mains libres au niveau local, comme aux dernières municipales. « La politique, c’est les valeurs », tonne-t-il. Pour Emmanuel Maurel les candidats tombent dans « un piège absurde » en se définissant par rapport à une autre force de gauche.
Philippe Brun écarté de la primaire, le PS assume sa décision
Ils étaient encore six, il y a moins d’une semaine, à devoir participer à cette primaire. Ils ne sont finalement plus que cinq, après l’éviction de Philippe Brun de la primaire. Quelques heures plus tôt, la cour d’appel de Paris a rejeté la demande de réintégration du député de l’Eure, confirmant ainsi la décision rendue en première instance. Philippe Brun, qui conteste les accusations portées contre lui, avait été mis à l’écart du Parti socialiste une semaine auparavant, après des accusations de violences formulées par une ancienne collaboratrice.
Interrogé sur cette décision, Olivier Faure s’est dit « solidaire » du choix « unanime » du Bureau national, auquel il n’a pas participé, s’étant mis en retrait de sa fonction de Premier secrétaire depuis le début de la campagne. Selon le patron du PS, un parti « qui se veut exemplaire » doit « croire les femmes », tout en rappelant qu’il revient à la justice de déterminer « ce qu’il en est ». Olivier Faure s’est également félicité que le groupe parlementaire PS « prenne sa responsabilité », en évinçant le député.
Après ce premier débat, deux autres confrontations doivent encore suivre, le 1er octobre sur France 2 et le 4 sur BFM-TV.
Sans surprise, le président LR du Sénat officialise sa candidature à sa propre succession, dans un courrier envoyé aux sénateurs LR. Dans son projet intitulé « le Sénat, acteur de la vie politique française », il souligne que la Haute assemblée doit « assurer un contre-pouvoir indispensable à la démocratie ». Une dimension qui devrait être renforcée, en cas de victoire de l’extrême droite à la présidentielle.
À l’occasion du premier débat télévisé entre les cinq candidats de la primaire coorganisée par le PS, ce mercredi 23 septembre, Public Sénat se replonge dans ses archives. Il y a 20 ans, les deux chaînes parlementaires avaient accueilli les trois débats télévisés de la première primaire « semi-ouverte » du PS. Ségolène Royal, encore candidate cette année, faisait alors figure de grande favorite.
L'arrivée du pape Léon XIV pour une longue visite de quatre jours en France suscite plusieurs interrogations sur la compatibilité de son accueil avec le principe de laïcité. Messe géante, restriction de l'accès à l'espace public, achat d'écrans géants par une mairie, et demande de banalisation de la journée d'école de vendredi dans les établissements privés sous contrat… On fait le point.
Durant tout le mois de septembre, la France assure la présidence du Conseil de sécurité des nations unies. Cet après-midi, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot s’est exprimé au siège de l’ONU devant la presse. IA, sanctions contre l’ex-patronne de la chaîne d’Etat russe RT en France, élections palestiniennes, Ormuz… Le ministre aborde divers sujets internationaux.