Il est l’un des premiers nouveaux sénateurs à avoir franchi les portes du Palais du Luxembourg, lundi matin, au lendemain des élections sénatoriales. Bertrand Dupont a été élu dimanche sénateur des Français établis hors de Français, sur la liste des Républicains. Première étape à son arrivée à la chambre haute, les formalités administratives et la traditionnelle photo d’identité, sous la supervision des huissiers du Sénat. Bertrand Dupont a ensuite reçu son insigne de sénateur, appelé le « baromètre » et son écharpe tricolore avec des instructions précises pour la porter. A l’inverse des maires, « l’écharpe du sénateur se porte le rouge au col », lui explique un fonctionnaire du Sénat.
L’écharpe de sénateur se porte « le rouge au col »
Des symboles républicains qui s’ajoutent à l’émotion de ces premiers pas d’élu du Parlement : « Je ne réalise pas encore ce qu’il m’arrive. C’est un immense honneur de siéger au Sénat. Quand on l’a l’opportunité de se battre pour son pays et pour les Français de l’étranger on ne se dérobe pas », assure celui qui est conseiller des Français du Brésil à l’Assemblée des Français de l’étranger.
Breton d’origine, Bertrand Dupont vit depuis plus de 30 ans en Amérique latine : « huit ans en Argentine, et puis au Brésil jusqu’à aujourd’hui ». Sur le plan professionnel, ce chef d’entreprise aide les entrepreneurs français « à s’implanter dans différents pays du monde et à constituer des réseaux partenaires qui leur permettent de faciliter leur activité sur différents marchés. »
« Une expérience de chef d’entreprise utile à la vie parlementaire »
Pour Ronan Le Gleut, sénateur LR des Français établis hors de France, qui a accueilli Bertrand Dupont à la Haute Assemblée, « son expérience sera précieuse sur la question du commerce extérieur quand on connaît le déficit de la balance commerciale française. Et puis Bertrand a vécu comme entrepreneur en Argentine à un moment où ce pays s’est déclaré en défaut de paiement, à cause de sa dette colossale, entre 1998 et 2002, une expérience très utile car aujourd’hui la France fait face à un mur de la dette. »
Parmi les priorités sur lesquelles souhaite travailler Bertrand Dupont, il y a justement les questions budgétaires et précisément le budget des Français de l’étranger qui a subi des baisses « dramatiques » selon lui ces dernières années. « Parmi mes urgences, il y a aussi l’état de la couverture sociale des Français établis hors de France mais aussi l’éducation française à l’étranger. Tout au long de mon mandat, je souhaite m’engager pour que la France mène une véritable politique de diaspora car nous avons beaucoup d’acteurs et d’organismes qui valorisent la France dans le monde mais ils ne travaillent pas ensemble pour créer des synergies. »
« Porter la voix de mon territoire »
A son arrivée à la Haute assemblée, chaque sénateur, accompagné d’un huissier, découvre l’hémicycle dans lequel il va débattre et voter la loi pendant son mandat de six ans. C’était le cas Claudie Faucon-Méjean, lundi après-midi, fraîchement élue sénatrice socialiste de l’Aude. « L’hémicycle est magnifique, c’est le plus beau que j’ai jamais vu, mais en même temps il nous rappelle la charge qui est la nôtre et l’enjeu d’y siéger. » Maire de la commune de Bram pendant 15 ans et actuelle vice-présidente de la région Occitanie, elle souhaite faire résonner au Sénat les problématiques de son territoire. « Mon ambition c’est de porter la voix des 433 communes de l’Aude, de porter la voix de la ruralité et d’un département méditerranéen qui a souffert énormément des conséquences du réchauffement climatique. » L’Aude a été frappé par de violents incendies durant cet été caniculaire.
Claudie Faucon-Méjean savoure sa victoire et son arrivée au Sénat au terme d’« une campagne sénatoriale difficile » face au Rassemblement national qui espérait conquérir un siège de sénateur dans l’Aude, après la victoire à Carcassonne aux municipales. « Cela a été une campagne agressive de la part du RN, à l’image de leurs méthodes habituelles. On s’est battus et on a entendu la volonté de grands électeurs d’élire des sénateurs qui ressemblent aux maires de l’Aude et qui vont travailler dans leur intérêt, pour améliorer le quotidien des habitants. »
De l’Assemblée au Sénat
Certains nouveaux sénateurs sont moins dépaysés que les autres et connaissent déjà les arcanes du Parlement. Alors qu’elle exerce son mandat de députée jusqu’à mercredi, Valérie Bazin-Malgras, élue dimanche sénatrice LR de l’Aube, veut prendre ses marques au plus vite au palais du Luxembourg. « J’ai souhaité être élue au Sénat car je veux travailler davantage avec les élus locaux. Je suis une élue locale avant tout et je vais continuer ce travail de proximité », assure cette conseillère municipale à la mairie de Troyes, qui a fait sa carrière politique aux côtés de François Baroin, actuel maire de la ville et ancien président de l’Association des maires de France.
La députée sortante s’attend à découvrir une autre ambiance de débat au Sénat après « avoir connu pendant plus de 9 ans les heurts et le fracas de l’Assemblée nationale, dans l’opposition. Au Sénat, je recherche de la sérénité et je vais siéger dans le groupe majoritaire des LR et j’espère être mieux entendue et mieux comprise. »
Un conseil d’ancien sénateur : « Choisir un thème de travail et l’approfondir »
Dans les allées du Palais, les nouveaux entrants ont croisé parfois des sénateurs ne souhaitant pas se représenter et qui s’apprêtent à quitter le Sénat, à l’image de Claude Raynal, sénateur socialiste de Haute-Garonne pendant douze ans, et président de la commission des Finances pendant six ans. S’il devait donner un conseil aux sénateurs qui vont lui succéder, ce serait de « choisir un thème sur lequel ils vont travailler et ne pas se disperser. C’est très important car on ne peut pas être bon sur tous les sujets. Au Sénat, vous pouvez approfondir certaines thématiques alors qu’à l’Assemblée nationale, vous êtes en direct avec la population et vous êtes attirés par de nombreux sujets et cela va dans tous les sens. Au Sénat, la reconnaissance se fait par la compétence. »