Parquet national antiterroriste: le feu vert de l’Assemblée attendra
Le feu vert de l'Assemblée nationale à la création d'un parquet national antiterroriste (PNAT), mesure phare du projet de réforme...

Parquet national antiterroriste: le feu vert de l’Assemblée attendra

Le feu vert de l'Assemblée nationale à la création d'un parquet national antiterroriste (PNAT), mesure phare du projet de réforme...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le feu vert de l'Assemblée nationale à la création d'un parquet national antiterroriste (PNAT), mesure phare du projet de réforme de la justice, devra attendre, les débats n'ayant pu être achevés dans la nuit de vendredi à samedi.

Les députés devaient voter en première lecture la création de ce parquet censé mieux répondre à la menace selon le gouvernement. Mais le grand nombre d'amendements restant à examiner (plus de 500), et la crainte de certains élus d'être bloqués au petit matin par les "gilets jaunes" a contraint à reporter sine die les travaux sur le texte porté par la garde des Sceaux Nicole Belloubet vers 2h25 du matin.

Dirigé par un procureur de la République antiterroriste, pas encore connu, le PNAT se substituera au parquet de Paris pour le traitement des infractions terroristes, des crimes contre l'humanité, des crimes et délits de guerre, des crimes de tortures et encore des infractions relatives à la prolifération d'armes de destruction massive.

Un décret fixera son entrée en fonction, au plus tard le 1er janvier 2020, le temps de nommer ses membres. Le PNAT "bénéficiera d'une équipe de magistrats et de fonctionnaires renforcée", a promis le Premier ministre en juillet.

Ce nouveau parquet - pas une "juridiction d'exception" - sera le deuxième spécialisé, après la création en 2013 du parquet national financier (PNF) né du scandale Cahuzac.

Selon Mme Belloubet, "son objectif est double". Il permettra de "disposer d’une véritable force de frappe judiciaire antiterroriste pour répondre à des menaces qui restent à un niveau très élevé et prennent des formes nouvelles, de plus en plus endogènes", de la part de personnes radicalisées en France.

Le 13 novembre dernier, trois ans après les attentats jihadistes qui avaient fait 130 morts à Paris et Saint-Denis, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a indiqué que six attentats avaient été déjoués cette année.

"Deuxièmement, il s'agit d'offrir au procureur une visibilité institutionnelle sur le plan national et international." Cela "ne vise nullement à remettre en cause la remarquable action" de François Molins, ex-procureur de la République de Paris qui a été depuis 2015 le visage de l'antiterrorisme, avait précisé Mme Belloubet.

- "Affichage" -

M. Molins, qui jugeait en 2016 "contre-productif" le principe d'un parquet dédié, considère désormais cette réorganisation comme "légitime", le cadre actuel n'ayant pas bougé depuis 32 ans.

La section antiterroriste du parquet de Paris a été créée en 1986 après une vague d'attentats revendiqués par un groupe proche du Hezbollah. Elle s'est alors chargée principalement d'attaques liées à l'islamisme et aux indépendantismes corse et basque. Mais depuis 2012, le nombre de ses dossiers a doublé chaque année, en lien avec le jihadisme.

La procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, et les principaux syndicats de magistrats ont vivement critiqué le PNAT: selon eux, le fonctionnement actuel permet de mobiliser d'importants effectifs dans la foulée d'un attentat et de conserver une vision globale, de la petite délinquance au terrorisme.

Annoncé en décembre 2017, le PNAT avait été écarté du projet de loi initial après des remarques dans le même sens du Conseil d'Etat.

Le gouvernement en a tenu compte, a assuré Mme Belloubet: il a été prévu une réserve opérationnelle de magistrats du parquet de Paris, à laquelle le procureur de la République antiterroriste pourra recourir en cas de crise.

Le PNAT pourra aussi requérir de tout procureur la réalisation des actes d'enquête qu'il déterminera. Et il pourra compter sur des relais territoriaux avec la création de magistrats délégués à la lutte contre le terrorisme.

Le Sénat à majorité de droite, qui a examiné en premier en octobre le projet de réforme de la justice, n'a pas voulu de la création du PNAT - "une mesure d'affichage" selon Philippe Bas (LR).

A l'Assemblée en revanche, la droite y est plutôt favorable et Philippe Gosselin (LR) a même déploré en commission le "temps un peu perdu" sur une idée déjà ancienne.

Le RN de Marine Le Pen se félicite de voir reprise une de ses "propositions". A l'inverse, les communistes rejettent le PNAT, "opération de communication" selon eux.

Le projet de loi prévoit en outre de créer un juge de l'indemnisation des victimes du terrorisme.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le