Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.
Romain David

Temps de lecture :

8 min

Publié le

À présent, sa campagne va changer d’échelle. Devenu dimanche soir le candidat officiellement investi par la primaire de l’espace social-démocrate, avec plus de 66% des voix, Raphaël Glucksmann va devoir accélérer s’il veut avoir une chance de rattraper son retard sur d’autres prétendants à l’Elysée. À commencer par Jean-Luc Mélenchon, en campagne depuis le mois de juin, et qui ce même week-end a joué la démonstration de force en réunissant plus de 10 000 militants à Clermont-Ferrand. « Ce sont des chiffres que l’on fait à trois semaines du premier tour, mais pas six mois avant », s’inquiétait, en marge de la victoire du fondateur de Place publique, un cacique du Parti socialiste, redoutant le « tsunami » LFI.

Nous sommes loin, en effet, des 2 500 à 4 000 sympathisants que Raphaël Glucksmann avait réuni mi-juin aux Docks d’Aubervilliers. Ce rassemblement avait alors été présenté comme une démonstration de force pour le fondateur de Place publique, mais aussi par certains commentateurs comme une limite de ce que sa formation politique est en mesure d’organiser, sans l’appui logistique et financier d’un grand parti. À présent, l’eurodéputé va pouvoir bénéficier du savoir-faire du PS en matière de campagne électorale, mais aussi de sa force de frappe financière, même si les jours fastes du parti à la rose appartiennent au passé.

Des trois partis organisateurs de la primaire – le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste (GRS) -, le PS reste le plus confortablement doté financièrement. Il a touché un peu moins de 8 millions d’euros d’aides publiques en 2026, versés en deux enveloppes qui sont calculées selon le nombre d’élus. L’une de 3,188 millions, qui correspond à ce qui est attribué aux partis et groupements politiques ayant présenté des candidats lors des dernières législatives, la seconde, de 4,787 millions d’euros, calculée en fonction du nombre de parlementaires inscrits ou rattachés au parti.

« Il n’est pas question de vider les caisses du parti pour remplir les poches de Raphaël Glucksmann »

Contactés par Public Sénat, plusieurs responsables socialistes nous assurent que l’accord passé entre les partis organisateurs sur les modalités de la primaire ne comportait pas de volet spécifiquement dédié au financement de la campagne. « Ces éléments restent à définir », balaye-t-on laconiquement. Néanmoins, le surplus des sommes récoltées pendant la primaire, afin de financer le scrutin, devrait être réinjecté dans la campagne. Ce montant n’a pas encore été dévoilé par les organisateurs.

« Nous n’avons pas fixé les choses en amont, car il appartient au gagnant de la primaire de définir la campagne qu’il veut mener, même s’il existe des dépenses incontournables : une poignée de grands meetings, la communication, les frais de déplacement sur l’ensemble du territoire… », énumère Corinne Narassiguin, secrétaire nationale et trésorière du PS. « Il n’est pas question de vider les caisses du parti pour remplir les poches de Raphaël Glucksman même si le PS, bien sûr, est la formation qui va apporter le plus en termes de moyens et de garanties de prêts », explique-t-elle.

Prochaine étape : la mise en place d’une association de financement. Des discussions doivent s’ouvrir par rapport à ce qu’envisage le candidat pour battre campagne et ce qu’il est possible d’obtenir comme prêt de la part de banques toujours plus frileuses à l’égard des formations politiques. Le tout sans compromettre les partis qui vont se porter garants. « La question que nous devons nous poser c’est : quel est le niveau raisonnable d’un prêt, sans mettre en danger les partis de la primaire, et en gardant à l’esprit que nous aurons sûrement des législatives à financer après la présidentielle. On pourrait être tentés de commencer très fort, galvanisés par les sondages, avec le risque de finir sur un gros niveau de dépense mais une dynamique en berne », avertit Corinne Narassiguin.

Il faut dire que les deux dernières campagnes présidentielles ont laissé des traces au PS. Celle de Benoît Hamon a couté 15 millions d’euros, l’une des plus chères du cru 2017 avec la campagne d’Emmanuel Macron, alors que le candidat finit à 6,36%, très loin d’une qualification au second tour. Cinq ans plus tard, pour Anne Hidalgo, le budget a été divisé par cinq : une campagne à 3,7 millions d’euros, et un score de 1,75%. Il y a fort à parier que le budget final consacré à la campagne de Raphaël Glucksmann soit plus porche de celui de 2022 que de 2017, même si, entretemps, le parti socialiste a repris des couleurs. D’après Le Canard enchaîné, Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS, envisage une enveloppe comprise entre « 2 et 2,4 millions d’euros », un montant jugé bien trop bas en interne.

Faire de nécessité vertu

À ce tarif, hors de question d’imaginer des meetings « à un million d’euros comme le font certains partis », nous explique-t-on. « Il me parait difficile de ne pas y consacrer a minima plusieurs centaines de millions d’euros, mais nous savons travailler différemment, cibler les bons prestataires et optimiser les coûts », souligne la trésorière du PS. « Ces dernières années, nous avons appris à faire beaucoup avec moins. L’importance du numérique, par exemple, permet de réduire la communication matérielle. Aujourd’hui, nous avons les moyens d’organiser une grosse campagne sans gabegie financière. »

Le candidat mise aussi beaucoup sur les levées de fonds. D’après le magazine Challenges, Place publique a déjà récolté de son côté près d’un million d’euros lors de dîners et d’évènements organisés autour de Raphaël Glucksmann par le banquier d’affaires Jacques Ittah. À présent que l’eurodéputé a remporté la primaire, le financier mise encore sur « 4 à 5 millions d’euros supplémentaires » récoltés par ce biais. « Les levées de fonds ne font pas vraiment partie de la culture du PS, mais c’est quelque chose que nous essayons de développer depuis plusieurs années », admet Corinne Narassiguin.

Chez les roses, un modèle fait rêver : en 2008 Barack Obama avait beaucoup misé sur les petits donateurs, axant largement ses campagnes de levées de fonds autour des dons de 5, 10, 15 ou seulement 20 dollars. À l’arrivée, un quart des 600 millions récoltés par le démocrate pendant sa campagne provenaient de dons inférieurs à 200 dollars. Les 42 695 électeurs qui se sont inscrits sur la plateforme Changer2027, payant 10 ou 15 euros pour participer au scrutin, laissent songeurs les socialistes.

« Une force militante » au service de la campagne

Mais au-delà des questions d’argent, le soutien du PS va aussi permettre à Raphaël Glucksmann de s’appuyer sur un appareil militant rodé aux campagnes présidentielles, et réparti sur l’ensemble du territoire à travers les fédérations locales. Le Parti socialiste revendique 31 030 militants « à jour de cotisation », soit autant de petites mains potentielles pour tracter, coller des affiches, organiser des réunions publiques et relayer la parole du candidat dans les territoires. Sans compter le réseau des élus locaux.

« Je souhaite que le PS se mobilise à tous les niveaux : élus, financier, technique, militants, dont aura besoin Raphaël Glucksmann. Il n’est pas socialiste mais il a déjà porté les couleurs du PS à deux reprises », martèle auprès de Public Sénat Patrick Kanner le patron des sénateurs PS. Un proche d’Olivier Faure, beau joueur malgré la lourde défaite infligée au Premier secrétaire dimanche soir (14,46 %), abonde : « Il est arrivé par le passé que le parti ne soit pas pleinement rangé derrière son candidat. Là, au vu du risque, c’est absolument hors de question. […] Nous avons une force militante et tout cela va être mis au service de sa campagne. »

« Il y a le savoir-faire que nous mettons à la disposition du candidat, mais il y a aussi, chez nos militants, une question d’enthousiasme. Et là, c’est à lui de créer l’envie », nuance Corinne Narassiguin. Manière de rappeler que pour la première fois de son histoire, le Parti socialiste sera représenté à la présidentielle par un candidat qui n’est pas issu de ses rangs. Près de 28% des électeurs de la primaire ont voté pour un candidat estampillé PS, Raphaël Glucksmann va devoir leur prouver qu’ils n’ont pas perdu au change.

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le

Belgium France Justice Police Ferrara Arrest Pc, Eupen, Belgium – 28 Feb 2025
4min

Politique

Mobilisations lycéennes : « La grande majorité des mineurs placés en garde à vue étaient âgés de 15 ou 16 ans », déclare Laure Beccuau

Les lycéens entament une nouvelle semaine de mobilisation avec plusieurs blocages de lycées ce lundi matin. La procureur de la République, Laure Beccuau, revient sur les interpellations et mises en garde à vue depuis le début des mobilisations. Sur « 273 gardes à vue à Paris », « 63% » concernent des mineurs aux profils « très différents ».

Le