Le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) avait déjà ouvert la voie au début du mois. L’institution, chargée d’évaluer le réalisme du cadrage des textes budgétaires, mettait en garde les parlementaires sur le caractère « optimiste » des prévisions gouvernementales, en particulier sur la croissance évaluée à 1 % pour 2027. Ce 14 octobre, l’Institut français de l’économie (ex-OFCE) anticipe désormais une croissance de seulement 0,5 % l’an prochain. Plus tôt, le Fonds monétaire international (FMI) a lui aussi dégradé ses prévisions pour la croissance française, l’abaissant de 0,9 à 0,7 %.
« La construction du budget, pour moi, repose sur des hypothèses macroéconomiques qui sont fausses. Et donc finalement, on va construire un château avec des fondations en sable », s’est alarmée la nouvelle rapporteure de la commission des finances du Sénat. Christine Lavarde (LR) estime de son devoir, dans ses nouvelles responsabilités, de dire la « vérité ».
La sénatrice des Hauts-de-Seine n’a d’ailleurs pas été surprise par le ton de la directrice générale du FMI, qui avertit ce mercredi qu’il « faudra du temps » à la France pour « inspirer confiance » à nouveau aux investisseurs.
Malgré l’effort conséquent inscrit dans les textes budgétaires (17 milliards de recettes nouvelles et 23 milliards d’économies, selon le HCFP), la France ne sera toujours pas en mesure de stabiliser sa dette. « A un moment, s’il n’y a pas aussi des observateurs extérieurs qui envoient des signaux pour faire prendre conscience collectivement qu’aujourd’hui notre pays est quand même au bord du précipice, on risque de continuer à faire un peu n’importe quoi », appuie Christine Lavarde.
« On sait tous qu’aujourd’hui notre pays est sous le feu des prêteurs »
« Avec tout ce quantum d’économies, on a quand même un déficit public qui augmente en volume par rapport à l’exercice 2026. On a une augmentation de l’emploi public. Donc même si les choses peuvent paraître difficiles, en tout cas ça ne permet pas de remettre notre pays sur une trajectoire qui lui permet de commencer à rembourser sa dette et donc de diminuer la pression très lourde des charges d’intérêt », a-t-elle ajouté. D’ici quelques années, la France devrait allouer chaque année 100 milliards d’euros au paiement des seuls intérêts de la dette, les anciens titres de dette étant désormais refinancés au prix fort, avec la flambée des taux d’intérêt.
C’est dans ce contexte budgétaire alarmant que le mouvement lycéen se maintient pour réclamer des moyens nouveaux en matière de nombre de professeurs et de qualité des établissements. « Chaque revendication est légitime, parce que chaque revendication exprime une souffrance », réagit la rapporteure générale. Mais elle souligne que la question aujourd’hui est de savoir si l’argent déjà alloué est le « plus efficace » ou dépensé de façon « efficiente ». « On ne peut pas dépenser davantage, on a 3600 milliards de dettes, on sait tous qu’aujourd’hui notre pays est sous le feu des prêteurs, sous le feu des instances internationales ».