Les retraites, un thème aussi sensible qu’incontournable dans une élection présidentielle. Difficile pour les candidats de faire l’impasse sur ce sujet, qui mobilise chaque année près de 14 % de la richesse nationale produite et qui constitue l’un des piliers de notre système de protection sociale. Dans une population qui vieillit et où les problématiques de pouvoir d’achat sont prégnantes, les enjeux sont à la fois budgétaires et sociaux. À 200 jours du premier tour de l’élection présidentielle, les propositions fleurissent pour réformer le système, avec des degrés de précision plus ou moins variable pour l’heure.
65 ans chez Edouard Philippe et 45 annuités
Édouard Philippe est le dernier candidat à date à être sorti du bois à cette heure. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux ce 29 septembre, l’ancien Premier ministre assume une position qui n’est, selon lui, « pas très populaire », celle de travailler plus longtemps au cours d’une carrière. Le maire du Havre propose de reprendre la réforme Borne de 2023. Suspendue à 2025, elle prévoit de relever progresser l’âge légal de départ de 62 à 64 ans. L’interruption a bloqué pour le moment le curseur à 62 ans et 9 mois. Le candidat Horizons veut non seulement reprendre le relèvement, mais l’amplifier. En « moins de dix ans », il fixe l’objectif d’un âge légal de départ à 65 ans, la borne défendue par Emmanuel Macron lors de sa campagne de 2022. L’idée d’Edouard Philippe tranche avec ses précédentes positions de 2021, lorsqu’il ouvrait la porte en 2011 à « 65, 66 ou 67 ans ». Il propose aussi d’étendre la durée de cotisation à 45 ans, soit deux années de plus que le cadre actuel.
Il assure qu’un Français sur trois pourra partir entre 60 et 64 ans, évoquant les carrières longues, ou le cas des métiers pénibles. S’agissant des cas spécifiques des salariés en mauvaise santé, il souhaite maintenir les âges de départ à leur niveau actuel : 55 ans pour les personnes en situation de handicap, 60 ans pour des personnes avec incapacité permanente, 62 ans pour ces personnes en invalidité. Au total, sa réforme paramétrique pourrait permettre de gagner, selon lui, 30 milliards d’euros en année pleine.
Edouard Philippe veut aussi « compléter » le système par répartition par un volet de capitalisation, d’abord par un fonds collectif obligatoire, « neutre sur le coût du travail », et d’autre part, par la généralisation du plan d’épargne-retraite, que l’État inciterait en l’abondant de 500 euros lors de la signature du premier contrat de travail.
Gabriel Attal veut un système fondé sur la durée de cotisation
Son rival qui occupe le même espace politique, Gabriel Attal, a nettement pris ses distances. « On n’en est plus à bouger les paramètres ou les curseurs, on n’en est plus à prendre des mesures de soins palliatifs pour permettre à un système de survivre alors que ce système objectivement ne tient plus », a réagi le chef de file de Renaissance. L’ancien Premier ministre, en poste en 2024, ne souhaite plus de régulation par l’intermédiaire de l’âge légal. « Je propose qu’on prenne la durée de cotisation. Vous avez une vraie décote si vous partez tôt, une vraie surcote si vous partez tard », a-t-il présenté.
Lors du débat du 27 août entre les principaux candidats, organisé dans le cadre de l’université du Medef, le député des Hauts-de-Seine évoquait un « nouveau système universel », à points, renouant avec l’une des idées défendue dans le cadre de la réforme avortée de l’hiver 2019. Il s’agit d’une incitation à travailler davantage, selon son programme. Les modalités restent pour l’heure encore floues.
Ses propositions se doublent, elles aussi, d’un « vrai pilier de capitalisation », dont le contours reste encore à préciser.
Bruno Retailleau favorable à un âge variable pour déclencher le taux plein de la pension
La semaine dernière, c’est un autre candidat de l’ex-socle commun qui a aussi abattu ses cartes pour la retraite. Le patron des Républicains, Bruno Retailleau imagine un âge « minimal de départ » fixé à 63 ans, un niveau inférieur à ce que prévoyait la réforme Borne. Il promet des consultations avec les partenaires sociaux pour fixer les conditions de prise en compte de la pénibilité.
L’ancien ministre de l’Intérieur préconise aussi de fixer l’âge de départ, à partir duquel le taux plein d’une pension se déclenche, à 65 ans. Pour rappel l’âge d’annulation de la décote est fixé à 67 ans actuellement. Le candidat a justifié cet abaissement que cet âge pénalisait les femmes « et notamment les mères de famille, parce qu’elles ont eu des carrières hachées ».
Dans le système qu’il imagine, partir à 63 ans se traduira par une décote de 7 % par an sur le montant de la pension. L’âge d’annulation de la décote à 65 ans serait toutefois amené à être relevé, si l’espérance de vie progresse, a-t-il précisé. Au total, le candidat revendique « 40 milliards d’économies en cumulé sur cinq ans » avec ses mesures.
Il souhaite également développer une part de capitalisation pour les nouveaux entrants sur le marché du travail, part qui pourrait constituer « dans un premier temps » 25 à 30 % de leurs retraites. « Grâce à des économies », Bruno Retailleau prévoit de flécher une partie des baisses de cotisations sociales vers l’alimentation de ces fonds de pension, à hauteur de 0,5 % par le salarié et 0,5 % par l’employeur. Il souhaite également supprimer le forfait social, c’est-à-dire les prélèvements sociaux sur les participations par exemple.
Retour à 62 ans pour Marine Le Pen
La candidate en tête des enquêtes d’opinion reste sur les fondamentaux de sa campagne de 2022. Marine Le Pen a toujours indiqué vouloir modifier l’âge de départ à la retraite pour le ramener à 62 ans ou 60 ans pour les carrières longues. Une mesure qui « reste d’actualité » avait-elle martelé sur RTL, le 13 mai dernier.
« Tous ceux qui ont commencé à avoir un emploi effectif au sens de l’Insee avant 20 ans cotiseront 40 ans et partiront à 60 ans », avait expliqué à l’université d’été du Medef. Elle souhaite une durée de cotisation progressive « jusqu’à 24 ans et demi ». Pour les autres personnes, elle se positionne sur un retour de l’âge légal à 62 ans, avec 42 annuités requises.
Elle souhaite en parallèle « mettre en place des incitations pour que ceux qui ont dépassé l’âge de la retraite et ont leur trimestre », afin qu’ils puissent continuer à travailler, avec des cotisations allégées. Elle évalue sa réforme à 9 milliards d’euros en année pleine.
Jean-Luc Mélenchon plaide aussi pour un retour à 62 ans, avec un but fixé à 60 ans
Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise, plaide pour une abrogation de la réforme de 2023 et donc pour un retour, « dans un premier temps », à un âge légal de départ à 62 ans. En février 2025, au moment du lancement du conclave sur les retraites voulu par François Bayrou, la Cour des comptes avait évalué le coût de ce changement en rythme de croisière à 10,4 milliards d’euros par an, à l’horizon 2035.
Lors du grand oral des principaux candidats à la présidentielle devant le Medef, Jean-Luc Mélenchon avait en outre précisé que son « but » était « d’arriver le plus vite possible à 60 ans ». Au moment de la campagne de 2022, l’Institut Montaigne estimait le prix de ce retour à la situation antérieure à la réforme de 2010 à 36 milliards d’euros par an, dès 2027.
Raphaël Glucksmann veut se focaliser sur la pénibilité
Raphaël Glucksmann, favori de la primaire organisée par le Parti socialiste, demande l’abrogation de la réforme Borne de 2023. Mais à l’instar de Gabriel Attal, ce dernier a esquivé jusqu’à présent les questions sur l’âge à fixer. Le programme, mis en ligne en mars par Place publique, propose de « cesser la focalisation sur le seul âge légal qui produit l’injustice et fonder notre philosophie sur les inégalités de conditions et d’espérance de vie ». « Il faudra faire une réforme des retraites mais il faudra la fonder sur la pénibilité », a-t-il déclaré devant le Medef fin août.
Et de développer : « Une réforme juste, c’est une réforme qui considère que nous ne sommes pas égaux face au travail […] C’est celle qui permet à ceux qui ont trimé dur, et qui arrivent à la retraite avec une espérance de vie en bonne santé beaucoup plus faible que ceux qui ont eu une carrière plus facile, de partir plus tôt. On ne peut pas donner une réponse universelle. » Son programme prévoit aussi de mieux prendre en compte les « parcours hachés » et de « converger vers une simplification des régimes et un meilleur équilibre budgétaire ».
63 ans et un mécanisme d’ajustement de la durée, suggère François Hollande
Le premier secrétaire du PS Olivier Faure se dit pour sa part favorable à l’abrogation de la réforme de 2023 et à un retour à 62 ans – comme la secrétaire nationale des écologistes – tout en plaidant pour une distinction du « nombre d’annuités cotisées selon la pénibilité des métiers ».
Dans son livre aux allures de programme, « Unir – Nouveau monde, nouvelle gauche » (Robert Laffont), l’ancien président de la République François Hollande a pris ses distances avec le chef de son propre parti. Le député de la Corrèze ne parle de 62 ans, mais d’un passage à un âge « aux alentours de 63 ans » en 2028, s’il revient aux responsabilités. Comme sous son quinquennat, il se dit favorable à jouer sur la durée d’assurance, à la manière de la réforme Touraine qui avait augmenté le nombre d’annuités requises. Comme Bruno Retailleau, il propose de fixer un mécanisme prenant en compte « l’évolution de l’espérance de vie et des déséquilibres démographiques ». L’ajustement serait à la main des partenaires sociaux.