L’Union européenne fait face à de « très, très difficiles » négociations sur son budget. Dès son arrivée à Bruxelles pour un sommet des 27 consacré en partie aux discussions sur le financement de l’UE pour la période 2028-2034, le chancelier allemand Friedrich Merz a donné le ton.
À la différence des projets de loi de finances nationaux votés pour un an, le cadre financier pluriannuel (CFP) de l’Union européenne fixe, pour une période de sept ans, les plafonds de dépenses. En 2020, l’UE avait fixé un budget pour la période 2021-2027 de 1 000 milliards d’euros, auquel il faut ajouter le plan de relance « NextGenerationEU » de 750 milliards d’euros, destiné à faire face aux conséquences économiques et sociales liées à la pandémie de Covid-19.
Que finance le budget européen ?
Pour la période 2028-2034, la Commission a proposé une enveloppe de 2 000 milliards d’euros. La plus grande partie, 865 milliards, est intégrée dans les plans de partenariat nationaux et régionaux (PPNR), qui visent « à promouvoir la cohésion économique, sociale et territoriale, le développement durable et la compétitivité de l’Union ». On y trouve la politique agricole commune (PAC), Frontex, Europol… Mais aussi le remboursement du plan de relance « NextGenerationEU » à hauteur de 168 milliards sur sept ans, soit 24 milliards par an.
409 milliards d’euros sont fléchés pour rendre l’Europe plus compétitive dans l’économie mondiale. 49 milliards d’euros sont prévus pour l’éducation, notamment le programme Erasmus et le nouveau programme AgoraEU qui vise à promouvoir les valeurs démocratiques dans le monde. Et 200 milliards d’euros sont fléchés vers des partenariats ayant pour objectif de faire progresser les intérêts stratégiques de l’UE dans le monde et de répondre aux besoins des pays partenaires.
« La Commission européenne a présenté son budget en juillet 2025. Elle a listé tout ce que l’Union européenne devait financer et a fait le constat qu’il fallait la doter de plus de moyens. Les recettes de l’UE sont principalement issues des contributions des pays membres, en fonction de leur PIB, mais comme on le voit en France, la situation budgétaire de certains États les fait de plus en plus grincer des dents pour payer. Donc le débat se déplace vers la recherche d’autres ressources », explique Sylvie Matelly, économiste et professeure à la Skema Business School, conseillère à l’Institut Jacques Delors.
L’Irlande, qui occupe la présidence tournante de l’UE, a proposé samedi des coupes à hauteur de 140 milliards d’euros par rapport à la proposition initiale de Bruxelles, en réduisant notamment les dépenses dédiées à la compétitivité ou à l’aide au développement.
D’autres ressources abondent déjà le budget de l’Union européenne. « Il y a quatre ressources principales : la contribution des États, ils reversent aussi à l’UE une partie de la TVA, il y a aussi les droits de douane et aussi une contribution en lien avec la quantité de déchets d’emballages plastiques non recyclés que les pays produisent », indique Andreas Eisl, chercheur senior à l’Institut Jacques Delors.
Pour le prochain CFP, la Commission a proposé cinq nouvelles sources de recettes basées sur un système d’échange de quotas d’émission de l’UE, sur un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, sur les déchets électroniques non collectés, sur les droits d’accise sur le tabac et sur les contributions des grandes entreprises qui opèrent dans le marché unique.
« Tous les États sont à peu près d’accord pour augmenter les efforts sur la défense. La Commission propose 131 milliards sur sept ans contre 24 milliards dans le cadre financier actuel. Après, il y a un débat sur la baisse des dépenses de l’UE, la baisse des politiques de cohésion. Mais nous sommes au début des négociations et il est normal que les États aient une position très rigide pour espérer obtenir le maximum de choses », note Sylvie Matelly.
« Vous avez plusieurs positions parmi les États membres. Ceux qui soutiennent les politiques de cohésion, car ils reçoivent pas mal d’argent européen, les bénéficiaires nets, les pays du Sud et de l’Est de l’Europe. Et les pays du Nord qui militent pour un budget de l’Union dirigé vers plus de compétitivité et des financements basés sur des critères d’excellence. Il y a une volonté politique de la part de la Commission d’avoir un budget le plus rapidement possible. Mais ce n’est pas une urgence non plus, car le nouveau cadre budgétaire commence en 2028. Mais la Commission craint l’impact des élections nationales de l’année prochaine sur les négociations », complète Andreas Eisl.
De l’Italie à la Pologne, de la Grèce à la France, en passant par la Finlande, 2027 sera, en effet, une année riche en élections. De nouveaux dirigeants eurosceptiques au pouvoir pourraient rebattre les cartes des négociations budgétaires.
Actuellement, parmi les partisans d’un budget ambitieux, on retrouve la France d’Emmanuel Macron, et des pays comme la Pologne, l’Italie ou l’Espagne qui réclament plus de fonds pour l’agriculture et la cohésion sociale et territoriale. De l’autre, les « frugaux », emmenés par l’Allemagne de Friedrich Merz, la Suède ou les Pays-Bas, réclament en revanche des coupes massives à la proposition de budget mise sur la table.
La France a-t-elle intérêt à baisser sa contribution ?
Mercredi soir, dans le cadre de l’examen du budget, les députés ont approuvé la participation française au budget de l’UE, à hauteur de 30,9 milliards d’euros, malgré les votes contre de LFI et du RN.
La favorite des sondages pour la présidentielle, Marine Le Pen a fait de la réduction de la contribution française au budget de l’UE l’un des piliers de son plan d’économies présenté la semaine dernière. « Je veux que la contribution nette de la France au budget de l’Union européenne ne dépasse pas cinq milliards d’euros », a-t-elle déclaré mercredi depuis Bruxelles.
La France, comme l’Allemagne, fait partie des pays contributeurs nets du budget de l’UE. C’est-à-dire qu’elle donne plus qu’elle ne reçoit. Toutefois, comme le rappelle le site « Toute l’Europe », entre 2021 et 2024, la France a versé 96,7 milliards d’euros au budget européen et a reçu 98,5 milliards sur la même période. Ce solde positif d’environ 1,8 milliard est dû au plan de relance. La France est aussi le principal bénéficiaire de la politique agricole commune, environ 9,5 milliards, hors plan de relance. « Le cas français est compliqué, car le pays reçoit une grosse enveloppe sur trois postes : la PAC, les partenariats régionaux qui correspondent à des financements de projets dans ce qu’on appelle en France la diagonale du vide, et la recherche. Vous avez quand même beaucoup d’électeurs du RN qui vivent en zones rurales. Si la France décide de réduire sa contribution, la Commission pourra prélever la somme sur ces aides et une procédure de sanction pourra être engagée devant la Cour de justice de l’Union européenne », souligne Sylvie Matelly.
« Le financement des politiques de cohésion de l’Union européenne a pour objectif de combler les écarts de développement économique, sociaux et territoriaux des 27 États. Même le Royaume-Uni, à la veille du Brexit, a toujours payé sa contribution », ajoute Eulalia Rubio, chercheuse senior à l’Institut Jacques Delors.
D’autant que Marine Le Pen pourrait peiner à trouver des soutiens au sein du « camp patriote », notamment parmi des États bénéficiaires nets du budget de l’UE comme la République tchèque ou la Pologne.