Avec 66 % des voix, Raphaël Glucksmann écrase la primaire de la gauche sociale-démocrate. « Il y a un candidat qui porte une alternative crédible », salue Patrick Kanner. Le président du groupe PS « n’appelle pas du tout à la démission » d’Olivier Faure, grand perdant de la soirée, mais il « demande de respecter le résultat et de mettre tout en œuvre pour que Raphaël Glucksmann puisse porter les choix qui sont les siens ». Entretien.
Après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire, tout le PS doit-il se ranger maintenant derrière lui ?
Je le souhaite. C’est une primaire souhaitée par le PS, en lien avec Place Publique. Je souhaite que le PS se mobilise pour Raphaël Glucksmann, qui est le candidat aujourd’hui presque adoubé, au regard de son score extraordinaire, que personne n’avait vu venir. Et je souhaite que le PS se mobilise à tous les niveaux : élus, financier, technique, militants, dont aura besoin Raphaël Glucksmann. Il n’est pas socialiste mais il a déjà porté les couleurs du PS à deux reprises.
Mais n’y a-t-il pas un risque d’effacement pour le PS ?
Je ne le crois pas. Encore une fois, ça doit être une dynamique, composée de plusieurs formations politiques. Bien évidemment, certains peuvent se dire, pourquoi ce n’est pas un socialiste qui représente les couleurs du PS. Mais c’est une question à poser d’abord à Olivier Faure. Raphaël Glucksmann a été porté à cette responsabilité, pas par hasard. Depuis 2019, il incarne une voix socialiste, via Place Publique, car Olivier Faure le souhaitait à un moment donné. Il y a sept ans, Raphaël Glucksmann était patron d’un grand think tank, qui s’appelait Place Publique. C’est bien Olivier Faure qui a favorisé cette émergence.
C’est une première étape, il faut transformer l’essai. Il n’y a pas de certitude de se qualifier au second tour, en étant devant Jean-Luc Mélenchon. L’horloge biologique de Jean-Luc Mélenchon s’est arrêtée 10 avril 2022 avec ses 22 %. Ils pensent qu’il est l’alpha et l’oméga de la gauche. Mais ce soir, il y a un candidat qui porte une alternative crédible, il faut transformer cette alternative en victoire au sein de la gauche au premier tour et la qualification au second tour pour battre Marine Le Pen. C’est le début d’une aventure, ce n’est pas la fin de l’histoire.
Mais n’est-ce pas la première fois que le PS n’aura pas de candidat à la présidentielle ?
Dans l’époque moderne de la Ve République, c’est la première fois. Et j’ai accepté la démarche pour aboutir à cela. J’ai dit clairement que je votais Glucksmann. La primaire a été un élément de départage, qui a fonctionné, dans la même famille. Et j’espère que tout le monde sera d’accord pour soutenir le candidat qui a gagné à la loyale. Il mérite le respect et notre soutien.
Olivier Faure, qui ne réalise que 14 % des voix, est-il affaibli à la tête du PS ?
La ligne est tranchée. Il restera premier secrétaire. Il l’a dit. Et je n’appelle pas du tout à sa démission. Je le respecte donc je lui demande de respecter le résultat et de mettre tout en œuvre pour que Raphaël Glucksmann puisse porter les choix qui sont les siens.
Dans le passé, le PS a déjà été capable de mettre des bâtons dans les roues, ou de ne pas aider son candidat… On l’a vu en 2022 avec Anne Hidalgo ou en 2007 avec Ségolène Royal.
Avec une petite nuance, c’est qu’Olivier Faure n’a plus de majorité dans les instances nationales, et le TOB (courant de Boris Vallaud, ndlr) et le TOC (courant de Nicolas Mayer-Rossignol, ndlr) font qu’il n’est plus majoritaire. Je n’imagine pas un seul instant qu’il y ait une manière, une volonté de résister au vote.
Quid de François Hollande, qui ne s’est pas engagé dans la primaire. Sa stratégie du recours n’est-elle pas mise à mal avec la large victoire de Raphaël Glucksmann ?
Il semblerait qu’il ait félicité Raphaël Glucksmann, d’après ce que je peux savoir, notamment en le saluant sur sa ligne sociale-démocrate, réformiste, européenne, refusant le compromis, voire la compromission avec LFI. François Hollande a plus de points de convergences avec Raphaël Glucksmann qu’avec Olivier Faure sur le plan de la ligne politique, de l’engagement européen, etc.
Après, chacun sait que Raphaël Glucksmann a peu de temps maintenant. La seule question qui vaille, c’est sa capacité à démonter qu’il peut être devant Jean-Luc Mélenchon, pour ne pas être une candidature de témoignage. La première étape est d’ici la trêve des confiseurs. Il faut un mouvement. Donc François Hollande n’était pas candidat à cette primaire mais si c’était Olivier Faure qui l’avait gagnée, c’était une remise en cause de ses propres choix.
Vous qui êtes proche de François Hollande, soutenez-vous ce soir Raphaël Glucksmann ?
J’ai voté Raphaël Glucksmann. Je l’ai dit et je l’ai écrit. Pour moi, c’est le candidat pour qui j’ai voté qui a gagné ce soir, car il est européen, car il est clair sur l’alliance avec LFI. Parce que c’est un social-démocrate. Il a la même conception que moi de la laïcité. J’aurais pu voter aussi pour Jérôme Guedj qui portait le même type de candidature, mais à un moment donné, il faut choisir. Il faut maintenant rassembler, pour pouvoir être qualifié face à Jean-Luc Mélenchon, pour le second tour et battre Marine Le Pen. Il n’y a pas de fatalité.