C’est un rituel obligatoire lors de la présentation du budget par le gouvernement : le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) revient sur les prévisions macroéconomiques du gouvernement devant les parlementaires. En l’occurrence, l’exercice est un petit peu plus complexe que d’habitude, puisque la première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, qui préside de droit l’HCFP, s’est déportée de l’avis du haut conseil sur l’exécution du budget 2026. La ministre des Comptes publics qui avait porté le projet de loi de finances (PLF) 2026 était en effet partie diriger en février dernier la Cour des comptes, une fois le PLF définitivement adopté. C’est donc l’économiste Michaël Zemmour, lui aussi membre du Haut Conseil, qui l’a suppléée devant les parlementaires afin de transmettre l’avis du Haut Conseil sur l’exécution du budget 2026.
Avec le recul, des hypothèses « optimistes » du gouvernement pour 2026
Contrairement à des exercices budgétaires plus « normaux », la question de l’écart entre le budget 2026 prévu et le budget 2026 réalisé est importante dans l’analyse de la situation budgétaire française, puisque le déficit prévu en loi de finances initiale de 5 % sera vraisemblablement de 5,4 %. Dans le détail, le gouvernement a revu sa prévision de croissance de 1 % à 0,5 % pour 2026, une prévision « plausible » pour 2026, estime Michaël Zemmour, en précisant que les autres instituts de prévision (OFCE, Rexecode ou Banque de France) tournent à l’heure actuelle autour d’une croissance à 0,4 % pour 2026.
Cet écart entre les prévisions du début de l’année et la situation actuelle s’explique d’après le Haut conseil en grande partie par le contexte international et la guerre au Moyen-Orient déclenchée par Donald Trump le 28 février dernier – notamment à cause de l’explosion des prix de l’énergie. Amélie de Montchalin a précisé que – de manière générale – le Haut Conseil estimait qu’une hausse de 10 dollars du baril de pétrole entraînait une baisse de 0,1 point de PIB immédiate et une nouvelle baisse de 0,1 point de PIB l’année suivante. La fermeture du détroit d’Ormuz et la crise énergétique engendrée ont donc manifestement amené le gouvernement à ajuster ses prévisions macroéconomiques.
Mais, Michaël Zemmour a tout de même attiré l’attention des parlementaires sur certaines « prévisions optimistes » du gouvernement sur le budget 2026, notamment en matière d’investissements. « Dans notre avis sur le PLF 2026, nous avions déjà souligné que la prévision d’investissement était volontariste – et dès avril nous avons eu beaucoup d’éléments de révision de la conjoncture », a détaillé l’économiste, rappelant que le gouvernement avait initialement tablé sur une croissance de l’investissement de 2,6 % pour réviser ses prévisions à 0,1 %.
Des hypothèses de croissance de nouveau « optimistes » pour 2027
Un point que le Haut conseil a tenu à souligner, notamment parce que cet « optimisme » sur l’investissement a été à nouveau identifié dans la copie 2027 du gouvernement. « Le chiffre de croissance de 1 % est optimiste au regard de l’incertitude géopolitique et financière. Il est un peu supérieur au consensus des prévisionnistes : l’OFCE et Rexecode sont à 0,7 % et la Banque de France à 0,9 %, ce qui placerait le déficit à 5,2 % ou 5,3 % et non 5 % », a en effet détaillé Amélie de Montchalin.
Cet écart est notamment dû à un « enchaînement plus favorable » dans les modélisations du gouvernement sur l’investissement privé, qui est « de l’ordre du possible », mais « une hypothèse favorable au regard des incertitudes et des conditions de financement de la dette », a expliqué la première présidente de la Cour des comptes.
Un effort budgétaire rogné par la hausse des taux d’intérêt
Toujours est-il que la présidente du Haut conseil des finances publiques salue « l’effort substantiel » du gouvernement en matière de réduction des déficits, avec un effort structurel de près de 40 milliards d’euros (17 milliards de recettes nouvelles et 23 milliards d’économies sur les dépenses). Le problème, a très clairement exposé Amélie de Montchalin, c’est que cet « effort » est « mangé » par l’explosion des taux d’intérêt auquel la France emprunte et donc de la « charge de la dette. » En février dernier, avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, la France empruntait à 10 ans à 3,3 %. Ce taux est monté en mai à 3,8 % et se situe aujourd’hui, au 7 octobre 2026 à 4,84 % – avec des fluctuations très importantes ces dernières semaines – soit une augmentation de presque 50 % des taux d’intérêt.
Selon le Haut conseil pour les finances publiques, une telle augmentation des taux provoque mécaniquement une augmentation du coût du remboursement de sa dette pour l’Etat, estimée actuellement à 12 milliards d’euros pour l’année 2027. Mais si les taux se stabilisaient autour de 5 %, ce chiffre pourrait augmenter : quand les taux augmentent de 10 % par rapport à l’année précédente, cela engendre 4 milliards supplémentaires de charge de la dette, a prévenu Amélie de Montchalin.
Les autres postes qui ont « une dynamique de dépense importante », même après l’application des mesures prévues par le gouvernement, sont les retraites (9 milliards d’euros supplémentaires malgré la suppression de l’abattement et la désindexation des pensions hors minimum vieillesse), la défense (6,5 milliards d’euros supplémentaires pour l’année 2027) et la hausse tendancielle des dépenses de santé liée au vieillissement de la population (5,5 milliards). Le ministre de l’Economie, Roland Lescure et le ministre des Comptes publics, David Amiel, ont pu ensuite défendre leur copie devant la commission des Finances du Sénat.