Du jamais vu en 20 ans, près de 100 000 hectares de forêt ont brûlé depuis le début de l’année 2026. Mobilisés sans relâche tout au long de l’été pour faire face aux nombreux départs de feu, notamment dans le Var et la Gironde, les sapeurs-pompiers, encore marqués, se mobilisent pour mener six semaines de grève jusqu’au 20 octobre. Neuf syndicats représentatifs, dont huit réunis en intersyndicale, revendiquent des moyens humains plus importants, de meilleures conditions de travail, la santé et la sécurité des sapeurs-pompiers ainsi que davantage de financements pour les SDIS.
Ce 8 septembre n’est pas une date anodine pour débuter la mobilisation. Elle correspond à la présentation par la direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) des premiers chapitres du projet de loi sur la modernisation de la sécurité civile aux organisations syndicales. Étaient présents la FA SPP-PATS, la CGT des SDIS, le SNSPP-PATS, SUD SDIS, FO-SIS, l’UNSA Sapeurs-Pompiers, la SPASDIS-CFTC ainsi que la CFDT SDIS.
« Nous étions en droit d’attendre une réforme ambitieuse »
Le 27 mai dernier, l’intersyndicale avait rencontré le cabinet du Premier ministre pour dresser les constats et les problèmes de fondations de la sécurité civile. Le 13 août dernier, lors d’une rencontre avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, les organisations syndicales représentatives des personnels de Services d’incendie et de Secours ont à nouveau alerté sur la nécessité d’agir rapidement face à la détérioration des conditions d’exercice des sapeurs-pompiers. « À chaque rendez-vous, les constats sont partagés, à chaque rendez-vous les réponses sont reportées, à chaque rendez-vous on nous demande de patienter et pendant ce temps, la sécurité civile continue de s’affaiblir », dit agacé Xavier Boy du syndicat FA SPP-PATS et porte-parole de l’intersyndicale des pompiers.
Plus de vingt ans après la dernière loi de modernisation, le projet de loi de modernisation de la sécurité civile, dont les premiers chapitres ont été présentés ce matin au ministère de l’intérieur, était donc très attendu. Né du rapport Beauvau, publié le 4 septembre 2025, et après deux ans de travaux, « nous étions en droit d’attendre une réforme ambitieuse », souligne Xavier Boy, sortant du ministère de l’intérieur.
« Nous refusons d’attendre l’effondrement pour agir »
« Après des dizaines de réunions, plus d’une centaine de propositions et des attentes considérables exprimées par l’ensemble des acteurs… Nous sommes déçus. Nous ne nous y trouvons pas », exprime Xavier Boy, devant la presse. Selon l’intersyndicale, le texte présenté ce matin évite les sujets essentiels et ne propose pas de rénovation profonde du système de la sécurité civile. « Nous refusons d’attendre l’effondrement pour agir », scande Xavier Boy. Ils ont été également très surpris de n’avoir aucune proposition de mesures à prendre sur la santé et la sécurité des pompiers, malgré le contexte effroyable de l’été passé : « Aucun des articles qui viennent de nous être listés, n’a mentionné le contexte difficile et catastrophique que nous avons vécu », explique Manuel Coullet, secrétaire national de SUD SDIS.
Une des propositions du projet de loi de modernisation énoncée ce matin portait sur le fait de permettre aux départements les plus gros de recruter deux directeurs adjoints supplémentaires. Or, cette proposition semble éloignée des revendications des pompiers : « Personne n’a demandé ça. Nous avons besoin de moyens financiers pour armer nos camions, de moyens matériels mais aussi de protéger notre santé. Il n’y a absolument rien de tout ça dans ce projet de loi », affirme Manuel Coullet.
« La colère gronde dans les casernes »
Pourtant les chiffres sont sans appel : 30 % des centres de secours ont fermé depuis les années 2000 et le nombre d’engins dédiés à la lutte contre les feux de forêt a diminué de 1000 unités alors même que « le nombre d’interventions a augmenté de 35 % depuis les années 2000 et en secours à personne de plus de 114 % », commente Peter Gurruchaga, représentant CGT des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS).
Mais au-delà des moyens financiers demandés par les pompiers, les revendications majeures des syndicats portent sur la sécurité et l’emploi. Six pompiers ont perdu la vie dans les incendies du mois de juillet et des dizaines ont été gravement blessés, notamment dans les feux du Sud-Ouest. Les évènements de cet été ont d’autant plus marqué le manque d’équipements et de matériels car « les cagoules que portaient les sapeurs-pompiers cet été, il faut bien comprendre que c’est comme aller avec un chiffon sur la bouche au milieu des fumées », explique Peter Gurruchaga.
Concernant l’emploi, l’intersyndicale réclame l’embauche de 21 700 professionnels, un nombre calculé sur la base d’un rapport de l’inspection générale de l’administration (IGA) de 2025. Car même si le volontariat a toujours existé dans ce milieu, « il y a une espèce de pacte non-dit qui promet un contrat au volontaire s’il passe le concours professionnel. Or, aujourd’hui, sur le dernier concours, 3000 personnes sur les listes n’ont pas été embauchées », confirme-t-il.
Aussi, dans un contexte marqué par la multiplication des crises, des catastrophes naturelles et des sollicitations opérationnelles toujours plus importantes, les sapeurs-pompiers professionnels attendent des actes à la hauteur des enjeux et des missions qui leur sont confiées : « la colère gronde dans les casernes et n’est pas près de s’arrêter », conclut Sébastien Delavoux, animateur du collectif CGT des SDIS.