Après les épisodes de très fortes chaleurs et les mégafeux qui ont rythmé l’été, la FNSEA, premier syndicat agricole, tire la sonnette d’alarme sur la situation des agriculteurs français. « Tout le monde a pris un énorme coup derrière les oreilles et s’interroge sur la suite. […] Les enquêtes faites dans les chambres d’agriculture montrent que nombre d’agriculteurs se posent désormais la question d’arrêter », a alerté Arnaud Rousseau, lors de sa conférence de rentrée, ce mercredi 2 septembre. Selon ce responsable syndical, le niveau d’arrêt d’activité est tel qu’il pourrait « fragiliser notre souveraineté alimentaire ».
« C’est une situation jamais vue. On parle beaucoup de la canicule de 1976, mais c’était il y a cinquante ans. Ce qu’on a vécu cette année, c’est 1976 puissance 10 ! », a déploré Hervé Lapie, le secrétaire général de la FNSEA. Entre la dernière semaine de mai et la fin du mois d’août, la France a connu cinq épisodes caniculaires, dont certains d’une intensité inédite, avec un mercure qui a pu dépasser les 45 °C dans plusieurs territoires.
Plusieurs milliards d’euros de pertes
D’après les premières données collectées par le ministère de l’Economie, les productions agricoles ont été considérablement affectées par ces différentes vagues de chaleur. « En particulier le maïs avec -35 % de production prévue en 2026 par rapport à 2025. Les prairies sont également très touchées, avec une pousse cumulée inférieure d’un tiers à la normale au 10 août, qui réduit les disponibilités en fourrages. À l’issue du 2e trimestre, l’acquis de croissance de la valeur ajoutée agricole s’établit selon l’Insee à -5,7 % », fait savoir Bercy.
De leur côté, éleveurs de bovins, d’ovins, chevriers et producteurs de lait estiment leurs pertes à plus de six milliards d’euros. « La filière viticole n’a pas encore communiqué de chiffres, elle attend la fin des vendanges », précise la FNSEA, qui s’attend également à un chiffrage « en milliards ». La crise climatique et la sécheresse viennent s’ajouter à un contexte économique particulièrement compliqué pour le monde paysan, avec le conflit au Moyen-Orient qui impacte déjà le prix du gaz et celui des engrais azotés.
Le 27 août, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a réuni les préfets pour un état des lieux, territoire par territoire. Un « plan d’aides massif » devait être dévoilé le 3 septembre. « J’ai cru comprendre que les choses ne sont pas abouties et qu’il faudra encore attendre quelques jours. En tout cas, ça ne pourra pas être plusieurs semaines », avertit Arnaud Rousseau. « Les montants étant conséquents, nous avons besoin de quelques jours en plus de concertations entre les ministères », a justifié la rue de Varenne dans un communiqué.
Prolonger certaines aides et ajuster les contrôles
La FNSEA réclame notamment des aménagements financiers, avec la prolongation au moins jusqu’à fin décembre des aides sur le gazole non routier et de la ristourne de 50 à 70 euros par tonne d’engrais pour les exploitations dont les intrants représentent au moins 10 % des charges annuelles. Le syndicat demande aussi une prise en charge des cotisations sociales, la suspension de la taxe sur le foncier non bâti (TNB) et de la redevance pour pollution diffuse, calculée en fonction du niveau de toxicité des produits phytosanitaires utilisés.
« On a fait comprendre aux pouvoirs publics que ça ne pouvait pas être des mesures classiques, nous avons besoin d’un électrochoc », martèle Arnaud Rousseau. Hervé Lapie, le secrétaire général de la FNSEA, admet quant à lui craindre que le système assurantiel ne suive pas face à l’ampleur des dégâts.
La FNSEA appelle également au versement rapide des aides de la PAC, et à un ajustement des contrôles. « Ce que je demande c’est une forme de mansuétude sur des écarts mineurs à la législation, je ne suis pas en train de dire qu’il faut faire n’importe quoi », a expliqué Arnaud Rousseau.
En revanche, le patron de la FNSEA se dit opposé à l’instauration d’un impôt sécheresse pour financer les dispositifs d’aides. Instauré de manière exceptionnelle après la sécheresse de 1976, ce levier fiscal est notamment réclamé par le syndicat Jeunes agriculteurs, d’ordinaire allié de la FNSEA. « Il ne nous a pas échappé que le vote d’un budget est incertain cette année. […] S’il faut attendre 8 mois pour avoir cette mesure, ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Par ailleurs, il me semble que le consentement à l’impôt n’est plus au goût du jour », a expliqué Arnaud Rousseau.
Mise en œuvre de la loi d’urgence
Le 21 juillet, le Parlement a définitivement adopté la loi d’urgence agricole, promise l’hiver dernier par Sébastien Lecornu face aux mobilisations d’agriculteurs. Ce texte controversé comprend notamment des mesures visant à faciliter le stockage de l’eau à usage agricole. Par ailleurs, un important volet introduit par le Sénat permet au gouvernement de réintroduire à titre dérogatoire, sous conditions et sur avis de l’ANSES, deux pesticides interdits, l’acétamipride et le flupyradifurone.
La FNSEA pousse désormais pour une publication rapide des décrets d’application, permettant aux exploitants de se saisir rapidement des dispositions du texte. « Avec la sécheresse, certains insectes se sont développés. Les betteraviers voudront du flupyradifurone pour enrober les graines qu’ils vont planter en mars. Or, les gens du métier nous disent que cette opération représente a minima 2 mois de travail », explique Arnaud Rousseau. « Cela veut dire que l’Anses doit avoir rendu un avis au mois de décembre. Est-ce que la ministre a déjà saisi l’Anses ? Je n’en ai pas connaissance. »