Croissance française en berne : faut-il craindre une fin d’année difficile ?
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Croissance française en berne : faut-il craindre une fin d’année difficile ?

La croissance française a calé au deuxième trimestre selon l’Insee. L’institut aggrave également son estimation pour le premier trimestre. Pour deux économistes, la conjoncture continue de peser sur le comportement des entreprises et des ménages.
Guillaume Jacquot

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La croissance s’enraye en France. Déjà sous pression avec le blocage du détroit d’Ormuz, le pays assiste désormais aux premiers effets négatifs d’un été caniculaire sur la production nationale. L’Insee a nettement revu à la baisse ce 28 août sa prévision de croissance pour le deuxième trimestre. Alors que l’institut national de la statistique attendait précédemment une croissance de 0,2 % du PIB, ce sera finalement une croissance nulle. Cette révision s’explique principalement « par la prise en compte de la situation encore plus dégradée de la production agricole par rapport aux informations disponibles fin juillet », détaille l’organisme dans une publication. Le ministre de l’Economie et des Finances Roland Lescure a évoqué un « impact absolument terrifiant, énorme » des épisodes caniculaires à répétition, qui se fera ressentir dans le second semestre.

La douche froide concerne aussi le premier trimestre. L’évolution du PIB dans cette période est désormais évaluée à -0,2 %, au lieu de -0,1 % du PIB. A ce stade, la France évite de peu la récession technique, qui se caractérise par deux trimestres consécutifs de recul du PIB. Le tableau s’assombrit néanmoins, puisque fin 2025, l’Insee tablait sur une progression de 0,2 % lors des trois premiers mois de l’année.

La dégradation pour le premier trimestre illustre avant tout la profondeur du choc occasionné par la guerre en Iran, crise qui n’a toujours pas trouvé son épilogue aujourd’hui. La correction du jour n’a pas vraiment surpris les économistes. « C’est une sorte de retour à ce qu’on attendait avant la première estimation du premier tour. Etant donné qu’on avait affaire à un choc énorme, c’était le fait de voir la croissance à seulement -0,1 % qui était surprenant. On revient dans quelque chose d’un peu central par rapport à ce qu’on prévoyait », analyse François Geerolf, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « C’est un choc énergétique, c’est surtout un choc de demande, les gens ont moins d’argent pour dépenser sur le reste », explique-t-il.

Ralentissement de l’investissement

« C’est assez en ligne avec nos prévisions puisqu’on observe un ralentissement de l’investissement et de la contribution du commerce extérieur », réagit également Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste de BDO. Cette spécialiste de macroéconomie avance plusieurs raisons à ce marasme actuel. « On a une consommation des ménages assez atone, dans un contexte où l’accord Etats-Unis-Iran a finalement eu peu d’effets sur la circulation dans le détroit. On a eu ces tensions sur la dette américaine et les taux, et on reste avec une croissance en zone euro, même si cela va un peu mieux en Allemagne, plutôt faible », énumère-t-elle.

Si les entreprises font grise mine, les choses sont loin d’être réjouissantes pour les ménages. Selon la même note établie par l’Insee, le pouvoir d’achat a reculé de 0,6 % au trimestre dernier. Le taux d’épargne aussi marque le pas, et se replie de 0,7 point à 17,2 %. L’inflation a poursuivi sa remontée. En août, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % sur un an, tirés par ceux de l’énergie, après 2,1 % en juillet. « Le pouvoir d’achat est de plus en plus contraint, les dépenses énergétiques pèsent en proportion davantage », alerte François Geerolf. Cette compression s’ajoute à une tendance plus longue, celle d’une augmentation trop faible des salaires nets, particulièrement visible depuis la crise de 2008. « C’est dû à des facteurs structurels, avec la France qui décline, y compris par rapport aux pays européens. Le pouvoir d’achat va être un sujet pour la campagne présidentielle. »

« Je vois plutôt des nuages à l’horizon »

La situation concernant l’évolution des prix reste néanmoins sans commune mesure avec la crise de 2022, au moment de l’invasion de l’Ukraine, souligne Anne-Sophie Alsif. « On reste autour de 2 % par an, grâce à une énergie plus décarbonée que chez nos voisins européens. Par ailleurs, on reste sur une inflation énergétique, il n’y a pas de contamination aux autres composantes », précise-t-elle. « On n’est pas dans une situation comparable aux Etats-Unis. » Outre Atlantique, le taux d’inflation annuel s’est établi à 3,4 % en juillet.

Alors que la construction du projet de loi de finances pour 2027 est entrée dans sa phase de finalisation avec l’intégration des dernières données macroéconomiques, cette nouvelle note de conjoncture vient compliquer davantage l’équation du gouvernement. Moins de croissance, ce sont des recettes fiscales en baisse et potentiellement davantage d’amortisseurs sociaux qui s’activent. Toute dégradation supplémentaire sur l’année 2026 (dont le déficit prévisionnel est de 5,1 %) viendra mécaniquement décaler le point de départ de l’année 2027 et in fine, nécessitera davantage d’effort si Bercy vient à confirmer une cible d’un déficit à 4,9 %.

La prévision actuelle de croissance du gouvernement pour l’ensemble de l’année 2026, de 0,7 % est davantage menacée. Pour y parvenir, la croissance devrait être de 0,5 % sur le troisième comme sur le quatrième trimestre, a indiqué l’Insee.

« Il y a encore une probabilité », estime François Geerolf, toujours en précisant que ce type de prévision reste difficile à établir. Pour lui, ce sont les choix budgétaires qui naîtront du budget qui seront déterminants, en particulier leur effet récessif. « Je vois plutôt des nuages à l’horizon, car le gouvernement doit faire des efforts budgétaires. Je m’attends à une croissance assez atone dans les trimestres qui viennent. »

Anne-Sophie Alsif n’enterre pas non plus la probabilité que la croissance finisse à la fin de l’année à 0,7 %. « C’était notre prévision. Mais il y a également les taux d’intérêt qui joueront, cela pèsera sur les finances publiques des Etats. » Il y a une probabilité élevée que les Banques centrales, en particulier la BCE, augmentent les taux directeurs. Le relèvement des taux en Europe aura pour conséquence de réduire le pouvoir d’achat immobilier, et donc des effets en cascade sur la construction. « La charge d’intérêt sur les entreprises va aussi augmenter, elles auront moins la possibilité d’investir », avertit François Geerolf.

La campagne électorale dans les prochains mois et les rendez-vous électoraux majeurs en France seront une donnée de plus dans ce tableau complexe. Une nouvelle absence de majorité à l’Assemblée nationale, au terme de législatives anticipées, pourrait être le coup de grâce. « Les investisseurs et les entreprises demandent de la visibilité. On est dans une sorte d’attentisme qui va perdurer jusqu’à l’année prochaine », pressent Anne-Sophie Alsif.

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