L’origine de cette flambée tarifaire provient essentiellement des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et du blocage du détroit d’Ormuz, artère par laquelle transite un cinquième de la production mondiale de gaz naturel liquéfié (GNL). Cela a eu un impact conséquent sur le marché international des énergies et par conséquent sur les prix du gaz. Comme l’a expliqué sur RMC début septembre Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), « tout ce qui se passe, forcément, fait monter les prix du gaz ». En France, le prix du mégawattheure est actuellement à 80 euros, soit deux fois plus cher qu’avant le conflit.
Des stocks de gaz « en retard » ?
Provoquée par la cherté des cours, la situation des stocks européens suscite des inquiétudes en raison d’un remplissage estival insuffisant. En effet, les réserves européennes n’atteignaient que 57 % mi-août contre 74 % en moyenne habituellement. Si le conflit au Moyen-Orient y joue un rôle important, il faut toutefois prendre en compte le conflit russo-ukrainien. En 2022, l’Europe faisait face à un risque immédiat de rupture d’approvisionnement en gaz lié à l’arrêt des livraisons russes par pipeline. Elle « importait 40 % de son gaz en provenance de la Russie. C’était, de loin, son principal fournisseur. Or, aujourd’hui, la Russie ne nous fournit plus de gaz par gazoduc. Ça veut dire que l’Europe a dû se tourner vers le marché du gaz naturel liquéfié », en partie détenu par les États-Unis et le Qatar, souligne Philippe Charlez, ingénieur et expert sur les questions énergétiques.
« Tout le monde est très en retard mais la France l’est moins par rapport à ses partenaires européens », explique l’ingénieur. « Le stock de gaz (français) est aujourd’hui rempli à 80 %, c’est-à-dire que l’on a environ 13 % de retard par rapport aux années précédentes. Mais par rapport à l’Europe, on est plutôt dans une situation favorable, puisqu’au niveau européen les stocks de gaz sont remplis à environ 70 % alors que les années précédentes ils étaient autour de 85 % », précise-t-il. Dans le cas de la France, cela s’explique par le conflit au Moyen-Orient, mais aussi par un hiver très froid et assez long. C’est-à-dire qu’au printemps, période de début de la campagne de remplissage, les stocks étaient déjà bas, ce qui a engendré un certain retard de remplissage des réserves. Toutefois, malgré un léger retard de la France, les réserves continueront de se remplir jusqu’en novembre, donc « les stocks seront a priori bien remplis pour cet hiver », déclare Nicolas Golberg, expert des marchés énergétiques.
Globalement, la France s’en sort bien par rapport à ses voisins européens. « Ce qui pose question c’est plutôt le remplissage des stocks de l’Allemagne, qui eux ne vont pas être remplis. Cela peut avoir un effet prix pour cet hiver », explique Nicolas Golberg. S’il n’existe donc pas, à ce stade, de risque de pénurie physique de gaz en Europe, la principale conséquence de la crise est une volatilité accrue des prix.
« Ce n’est pas une question de pénurie par manque de matière », mais une crise des prix
Après un prix de référence à + 5,6 % en août, il continuera a priori d’augmenter pour atteindre + 6,3 % le 1er octobre. En effet, en 1 an, les prix du gaz ont doublé : « On est actuellement à 80 euros le mégawattheure alors qu’avant le conflit au Moyen-Orient on était à 30 euros », remarque l’ingénieur Philippe Charlez. Cette hausse touche plus de 6 millions de foyers, déjà confrontés à l’augmentation des prix de l’énergie. Selon Emmanuelle Wargon, présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), « la facture moyenne 2026 pourrait être de l’ordre de 120 euros de plus par an par rapport à 2025, si les prix se maintiennent jusqu’à la fin de l’année », a-t-elle souligné. Une situation que le gouvernement assure prendre en compte, même si la hausse ne se fera véritablement ressentir sur les factures que quand les chauffages au gaz auront repris du service. « On travaille à une logique globale sur l’ensemble de l’hiver », a déclaré lundi la ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon. « On sécurise nos stocks pour l’hiver […] pour éviter tout risque d’approvisionnement », mais « ce qu’il se passe au Moyen-Orient […] impacte directement les prix », a-t-elle souligné sur LCI. Une reconduction en 2027 du chèque énergie, destiné aux 4,2 millions de ménages modestes, « permettra notamment d’alléger cette facture », pour 150 à 270 euros, a-t-elle assuré.
De plus, si la Russie n’est plus le premier fournisseur de l’Europe en gaz, elle continue de fournir du GNL. Or, à partir de janvier 2027, à la suite d’une décision politique visant l’indépendance énergétique de l’UE, le gaz naturel liquéfié venant de Russie sera a priori banni du sol européen. C’est donc à ce moment-là que pourrait se situer la zone de tension maximale sur les prix. Car il n’y a pas de crainte de pénurie pour le moment « mais à condition d’y mettre le prix », souligne Philippe Charlez. Or, si on bloque les prix, cela « génèrerait des pénuries car sous-entendrait que nous ne sommes pas prêts à payer le gaz au prix auquel il est proposé sur le marché », poursuit-il.
Une concurrence accrue qui joue sur les prix
L’augmentation des prix est causée par la guerre dans le détroit d’Ormuz, mais surtout par le fait que le Qatar n’arrive plus à exporter son gaz. Il y a donc eu une course qui s’est engagée entre plusieurs acteurs comme l’Europe et l’Asie pour l’accès aux cargaisons de gaz naturel liquéfié, le Qatar représentant « un cinquième des exportations mondiales », souligne Nicolas Golberg. Même si les importations chinoises ont diminué par rapport à 2025, d’autres acheteurs asiatiques, comme la Corée du Sud, ont récemment réalisé d’importants achats pour remplir leur stock et préparer l’hiver. Cette forte demande a par conséquent eu un impact sur l’augmentation des prix. Même si la France n’est pas particulièrement dépendante des exportations du Qatar, car depuis 2022 elle a diversifié ses sources en s’approvisionnant en grande partie en Norvège et aux États-Unis, « le GNL reste un marché mondial » donc si un cinquième de la production disparaît de manière aussi rapide, cela a « forcément un effet prix qui se répercute sur tous les indices mondiaux du GNL. C’est pour cela que nos prix sont impactés, d’autant plus que la France se fournit exclusivement aujourd’hui en GNL », explique-t-il.
Si l’Europe reste exposée aux variations du prix de gaz liées à la crise au Moyen-Orient, la croissance du renouvelable atténue tout de même son impact, notamment puisque la production solaire et éolienne a augmenté et la production thermique, elle, a reculé. Aussi, le système électrique dans les pays dont le mix est le plus décarboné, comme la France et l’Espagne, est moins sensible aux variations du prix du gaz.