À la veille d’une nouvelle journée de mobilisation de la jeunesse et des syndicats ce jeudi 5 novembre, un débat sur la suppression de Parcoursup était organisé au Sénat. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a défendu les annonces du gouvernement qui forment d’après lui « une réponse à l’ensemble des revendications cohérentes » exprimées par les lycéens et les étudiants : plafonnement des classes de seconde à 28 élèves, 500 postes supplémentaires de professeurs et la « poursuite de l’effort de remplacement » des enseignants absents.
Le gouvernement déposera des amendements au budget 2027 en ce sens, a promis le Premier ministre. « La France doit avoir un budget pour cela. Il est impensable que ces engagements ne trouvent pas leur traduction, d’une manière ou d’une autre », a-t-il ajouté en répondant par anticipation aux oppositions dans le cadre de débats budgétaires s’annonçant difficile pour le gouvernement. En ce qui concerne Parcoursup, Sébastien Lecornu a rappelé que la plateforme d’accès à l’enseignement supérieur serait remplacée pour la campagne 2028 et que dès la campagne 2027, des ajustements seraient faits – avec notamment des refus motivés et des critères d’admission plus transparents.
« Le malaise exprimé par la jeunesse a un nom : Parcoursup »
Il faut dire que Parcoursup n’a pas trouvé beaucoup de défenseurs au Sénat ce mercredi soir. Même le président de la commission de la Culture et de l’Education, Pierre-Antoine Lévi, probablement l’un des plus mesurés à l’égard du dispositif, a bien été obligé de reconnaître que le « malaise » exprimée par la jeunesse de France avait un nom : Parcoursup. Si « l’outil Parcoursup » est « évidemment perfectible » d’après lui, il « repose surtout sur une ambiguïté fondamentale inscrite dans la loi en 2018 lors de la création du dispositif, qui consacre le droit d’accès au supérieur pour tous les bacheliers et entérine ensuite une « sélection par l’échec. » « C’est une hypocrisie de politique publique qui explique sans nul doute une part du malaise des lycéens », a conclu Pierre-Antoine Lévi.
Son collègue de la majorité sénatoriale, le sénateur LR Max Brisson s’est montré plus frontal dans le ton, en estimant « l’outil » Parcoursup « discrédité » et la « marque plombée », mais a partagé le même constat : « Le Bac pour tous ne pouvait déboucher que sur ce goulot d’étranglement en retardant le temps de la vérité qui est celui de l’insertion […] Mais la sélection repoussée, retardée, finit toujours par tomber, sournoise, brutale. » Chef de file du groupe LR sur les sujets d’éducation au Sénat avec Jacques Grosperrin, le sénateur des Pyrénées-Atlantiques à appeler à « lever le tabou de la sélection dès l’entrée en licence. » « Une plateforme est nécessaire, mais elle doit être un système transparent de sélection assumée, qui ne charge pas la barque des seules universités », a-t-il détaillé.
L’orateur du groupe d’extrême droite Union nationale pour les territoires (UNT), l’ancien professeur Aymeric Durox, a lui aussi dénoncé l’hypocrisie de « vanter l’accès de tous à l’université » en passant « sous silence le coût humain et social de ce dogme. » Comme le défend traditionnellement le RN, le sénateur de Seine-et-Marne a estimé que « s’orienter efficacement » c’était « s’orienter vers des métiers » et que l’on ne pouvait « tolérer que des milliers d’étudiants s’orientent vers des filières sans débouchés. »
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, s’est montré par ailleurs plutôt ouvert à la proposition du rapport Grosperrin reprise en séance par Max Brisson de remplacer l’indication du lycée d’origine par l’écart de note entre la moyenne obtenue en contrôle continu et les résultats au baccalauréat. « La suppression brutale du critère du lycée peut poser des difficultés pour les formations très sélectives. Il faut des indicateurs, c’est une piste », a répondu le ministre de l’Enseignement supérieur.
« Ce que nous n’avons pas obtenu en 8 ans, les lycéens y sont parvenus en 40 jours »
La gauche a défendu, de son côté, une réponse inverse à celle de la droite pour répondre aux problèmes, sur lesquels s’accordent dorénavant l’ensemble des groupes politiques, n’a pas manqué de remarquer le sénateur communiste Pierre Ouzoulias. « Défenseur des droits, Cour des comptes, Cada, Cnil, comité éthique et scientifique de Parcoursup… Ce que nous n’avons pas obtenu en 8 ans, les lycéens y sont parvenus en 40 jours, en faisant de l’opacité de Parcoursup une revendication », s’est félicité le sénateur des Hauts-de-Seine, en regrettant « le temps perdu. »
L’incapacité du gouvernement à réformer, pour finalement convenir que ces demandes étaient légitimes en dit beaucoup sur le fonctionnement démocratique défaillant de notre société », a ajouté Pierre Ouzoulias, en pointant lui aussi une « contradiction » remontant à 2018 : « Les raisons de cet aveuglement tiennent aux contradictions inhérentes aux objectifs fixés par la loi de 2018 : le baccalauréat permet légalement de poursuivre ses études, mais cette liberté est toute théorique puisqu’elle est subordonnée aux moyens budgétaires donnés par l’Etat. Les universités subissent une pénurie de moyens et Parcoursup ajuste donc la demande toujours croissante à une offre de formation toujours en baisse. »
La sénatrice écologiste, Mathilde Ollivier, a quant à elle insisté sur la réponse du gouvernement au « soulèvement » de la jeunesse : « Qu’avez-vous fait ? Vous avez gazé des enfants devant leurs écoles et laissé croire que cette contestation était instrumentalisée par la gauche. » D’après elle, « le problème de fond » réside davantage dans « le manque de places dans les formations publiques » de l’enseignement supérieur. « Il aura fallu des lycées bloqués, des jeunes gazés, des mains arrachés et soudain, miracle, le gouvernement découvre que sa machine à trier était une machine à broyer : merci la jeunesse ! », l’a rejoint le sénateur LFI Gabriel Amard, avant de lui aussi souligner l’importance des places dans les formations de l’enseignement supérieur. « Tout bachelier a le droit de s’inscrire dans la filière de son choix, point. S’il manque des places, on les construit », a-t-il conclu.