En quoi cette victoire de l’AFD aux élections régionales en Allemagne est historique ?
C’est un fait nouveau qu’une force politique d’extrême droite arrive à un tel résultat et se trouve en position de former le gouvernement d’un des 16 Landers. Cette victoire de l’AFD est un choc pour beaucoup d’Allemands. Même si on s’attendait à une percée de l’AFD dans son bastion électoral, le résultat est une déflagration : ce parti a doublé son score en 5 ans (44 %) et le parti sortant la CDU a perdu la moitié de ses voix (18 %).
Quelles sont les raisons de cette percée de l’AFD ?
Il y a une insatisfaction au sein d’une partie de la population allemande, l’impression de ne pas voir de progrès dans son quotidien, quelques soient les partis au pouvoir, le sentiment d’une distance des décideurs politiques vis-à-vis des problématiques locales, ce qui entraîne un réflexe dégagiste.
Ensuite, au niveau régional dans ce Land de Saxe-Anhalt, les habitants ont l’impression d’être dans une périphérie de l’Allemagne et regardent l’évolution du monde à travers les écrans et les réseaux sociaux. La peur de l’étranger et de l’invasion migratoire est le fruit d’un imaginaire alors qu’il y a dans ce Land moins d’immigrés qu’ailleurs dans le pays. Et le parti AFD l’a très bien compris.
Ce résultat peut fragiliser le chancelier Merz ?
Oui, même si on parle d’une petite région avec 1,7 million d’habitants, ce très mauvais résultat de la CDU est perçu comme une catastrophe et un signe avant-coureur de la perte de vitesse de ce parti de centre-droit en Allemagne. La personne du chancelier Friedrich Merz est très discutée alors qu’il ne recueille plus que 9 % d’opinions favorables. Le chancelier est désormais vu comme un repoussoir, ce qui va lui poser un problème d’autorité au sein de son propre parti.
Quelles ont été les mesures marquantes du programme proposées par l’AFD dans cette campagne ?
Les propositions dans le domaine scolaire. Ce parti propose de mettre fin à l’école obligatoire pour favoriser l’école à domicile et protéger les enfants d’une soi-disante mauvaise influence des professeurs jugés trop à gauche. Ils prônent également la séparation des publics scolaires, c’est-à-dire placer dans des classes séparées les enfants en situation de handicap mais aussi les enfants d’immigrés à qui on n’apprendra pas l’allemand, car selon l’AFD leurs familles n’ont pas vocation à rester sur le territoire.
Ce parti souhaite aussi réécrire les manuels scolaires qu’il juge trop centrés sur la culpabilité de l’Allemagne nazie. Est-ce qu’il y a un risque de négationnisme ?
Oui complètement. Ce révisionnisme avait d’ailleurs été formulé par le fondateur de l’AFD Alexander Gauland qui estimait que le nazisme n’était qu’une « fiente de pigeon dans les 1000 ans d’histoire de l’Allemagne ». Ce parti propose une relativisation extrême des crimes commis par le régime du IIIe Reich.
Peut-on dire que l’AFD est-il un parti pro russe ?
Ils affichent une proximité avec la Russie et Vladimir Poutine car ils ont les mêmes détestations, à savoir la démocratie et l’Union européenne. L’AFD rejette l’aide à l’Ukraine, minimise l’agression de la Russie et reprend les éléments de langage du Kremlin autour d’une guerre justifiée par des intérêts patriotiques et par l’histoire.
Quelles sont les différences entre l’AFD et le Rassemblement national en France ?
Ces deux partis, qui ne sont plus alliés depuis 2024, ont une différence de stratégie et de façon de se présenter. Le RN cherche la respectabilité pour élargir son socle électoral alors que l’AFD est un parti plus jeune, fondé en 2013, qui mise sur la radicalité et la provocation. Ces deux formations politiques se sont séparées sur la stratégie de remigration (expulser les citoyens d’origine étrangère) sur laquelle l’AFD réfléchit. Le RN ne peut pas se permettre d’effrayer les Français qui ont une histoire migratoire alors que l’AFD n’a pas peur de suggérer qu’il y a des vrais Allemands et des Allemands de « papiers » d’identité.