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Spanish Prime Minister Pedro Sánchez addresses lawmakers about the situation in Ceuta, the Spanish exclave in North Africa facing a migrant crisis, during a session of Parliament in Madrid, Thursday, Sept. 3, 2026. (Fernando Sánchez/Europa Press via AP)/EM104/26246303056055/SPAIN OUT/2609031033

Crise des migrants à Ceuta : « Sanchez maintient sa ligne et veut éviter de partir dans une attaque frontale contre le Maroc »

Ce jeudi, devant les députés espagnols, à l’occasion d’un discours consacré à la crise migratoire, Pedro Sanchez a tenté de désamorcer la crise politique qui guette son gouvernement. Alors que des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mercredi à Madrid et dans plusieurs villes espagnoles en solidarité avec Ceuta, le Premier ministre a défendu la gestion de son exécutif et tenté de reprendre la main sur un dossier devenu explosif à quelques mois des élections législatives.
Steve Jourdin

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Il y avait urgence. Un mois après l’arrivée spectaculaire de plus de 70 000 migrants en deux jours dans l’enclave espagnole, la crise est loin d’être refermée. Si l’immense majorité d’entre eux sont depuis repartis au Maroc, plusieurs milliers se trouvent toujours à Ceuta. Madrid en dénombre environ 5 000 ; les autorités locales avancent un chiffre deux fois supérieur. Faute de capacités d’accueil suffisantes, certains dorment encore dans les rues ou sur les plages.

« Le contexte national espagnol est très compliqué. Pedro Sanchez a déjà traversé toute une série de crises », rappelle Carole Vinals, maîtresse de conférences en civilisation espagnole à l’Université de Lille. Mais cette fois, l’affaire dépasse largement les 18,5 km² de Ceuta.

 

Le Maroc, responsable mais pas coupable ?

Au cœur de la polémique, une question sensible : comment 70 000 personnes ont-elles pu franchir en quarante-huit heures l’une des frontières les plus surveillées entre l’Afrique et l’Europe ?

« Il n’y a pas de preuves » permettant d’affirmer que cette arrivée massive a été « conçue ou exécutée » par les autorités marocaines, a assuré ce jeudi Pedro Sanchez devant les parlementaires. S’il disposait de preuves « solides », son gouvernement agirait « avec toute la fermeté » nécessaire, a-t-il ajouté.

Une position déjà exprimée quelques jours plus tôt et qui suscite toujours autant d’interrogations. Un document attribué à la police espagnole et évoqué dans la presse fait en effet état du rôle d’agents marocains en civil et d’une « tolérance presque active » des autorités marocaines. La direction de la police espagnole a depuis démenti l’existence de ce rapport. Sans convaincre pour autant.

« Tout le monde est un peu sceptique, parce que ce sont quand même 70 000 personnes qui sont passées », observe Carole Vinals. Selon elle, l’attitude du chef du gouvernement répond d’abord à un impératif diplomatique : « Sanchez maintient sa ligne et veut éviter de partir dans une attaque frontale contre le Maroc. » Une prudence qui s’explique aussi par l’histoire récente des relations entre les deux pays. En 2021, l’accueil en Espagne, pour raisons médicales, de Brahim Ghali, le chef du Front Polisario qui revendique l’indépendance du Sahara occidental, avait provoqué une grave crise avec Rabat. Quelques semaines plus tard, 8 000 personnes étaient entrées à Ceuta en 48 heures, profitant d’un relâchement des contrôles côté marocain.

 

309 millions d’euros pour Ceuta

Sur le terrain, la situation reste très tendue. Le gouvernement a adopté un plan d’urgence de 309 millions d’euros, soit l’équivalent de 16 % du PIB annuel de Ceuta. Plus de 3 400 places d’accueil supplémentaires ont également été ouvertes depuis le début de la crise.

Mais ces annonces ne suffisent pas à calmer la colère. Mercredi, des manifestations ont été organisées à Ceuta, Madrid et de nombreuses villes espagnoles. Dans l’enclave, des milliers de personnes ont défilé derrière des slogans réclamant l’expulsion des migrants encore présents.

Pour Carole Vinals, l’ampleur de la réaction est d’autant plus notable que Ceuta possède une longue tradition de coexistence entre communautés. « À Ceuta comme à Melilla, environ un tiers de la population est musulmane », rappelle la chercheuse, qui insiste sur l’ancienneté de cette cohabitation. L’arrivée de dizaines de milliers de personnes en quarante-huit heures a bouleversé cet équilibre et nourri un sentiment de perte de contrôle.

 

« Pour Vox, c’est du pain bénit »

La crise offre surtout à l’extrême droite un sujet particulièrement mobilisateur. « Pour Vox, cette affaire, c’est du pain bénit », résume Carole Vinals. Le calendrier électoral est dans toutes les têtes : les prochaines élections législatives doivent se tenir en 2027.

L’affaire est d’autant plus dangereuse pour le Premier ministre qu’elle commence à provoquer des remous jusque dans son propre camp, certains élus socialistes ayant décidé de soutenir les manifestations de mercredi. « Les gens veulent qu’on agisse », observe Carole Vinals. Et pour une partie de l’opinion, poursuit-elle, soutenir que « le Maroc n’a rien à faire là-dedans » devient difficilement audible au regard des circonstances dans lesquelles la frontière a été franchie.

Pedro Sanchez se retrouve donc face à une équation délicate : reconnaître les zones d’ombre entourant le comportement des forces marocaines, sans accuser directement Rabat, répondre à la colère des habitants de Ceuta, sans reprendre le discours de Vox. En Espagne, la campagne électorale a bel et bien débuté.

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