À 13 ans, Sonia Rolland quitte le Burundi, qu’elle avait rejoint quelques années plus tôt pour fuir le Rwanda au bord de la guerre civile. Elle s’installe en France et devient alors, avec sa famille et les autres expatriés, l’une des gardiennes de la mémoire du génocide. « C’est essentiel de transmettre au Rwanda la bonne histoire, celle que l’on a préservée pendant des années à l’extérieur du pays et que l’on a ramenée ensuite », explique Sonia Rolland.
La bonne histoire pour combattre la désinformation et la stigmatisation de l’ethnie tutsie, qui a débouché sur un génocide aussi rapide que meurtrier. Une instrumentalisation de la haine qui a fait un million de morts en seulement 100 jours. « On a fait croire pendant des décennies à une population qu’une autre était son ennemie », se souvient Sonia Rolland, pour qui cette dérive a profité de « l’analphabétisation d’une très grande majorité de la population » pour diffuser des messages de haine.
Si aujourd’hui le pays semble avoir retrouvé prospérité et unité, la comédienne rappelle que « l’on n’est pas à l’abri que ça revienne. Ce sont des choses qui méritent davantage de lumière pour comprendre les petites alertes auxquelles nous sommes tous confrontés et qui passent parfois sous les radars ».
La résilience d’un pays meurtri
Pour l’ancienne Miss France, aujourd’hui très active dans son pays d’origine, dont elle loue la résilience, « la population a pris conscience de son embrigadement. À la fois pour les victimes, les rescapés, mais également pour ceux qui ont œuvré au génocide, on répare aussi une population qui a été manipulée ».
« La chance que j’ai eue dans ce récit, c’est d’avoir eu un père français qui m’a permis d’aller dans un pays qui est le nôtre aussi et dont on parle la langue. » Fille d’une mère rwandaise, figure de la résistance avant le génocide, et d’un père français, elle a vécu de très près la relation entre ces deux pays. Aussi raconte-t-elle que la non-reconnaissance, pendant des années, de l’implication de la France dans le génocide perpétré par le pouvoir en place lui donnait « l’impression d’être un enfant de parents divorcés. Mon père avait honte de ne pas voir son pays reconnaître les faits ».
Des relations aujourd’hui apaisées entre la France et le Rwanda
Elle reconnaît qu’elle aurait pu tomber dans une forme de colère qui ne l’aurait pas aidée à garder « un jugement suffisamment juste sur les choses ».
Les conclusions du travail d’une commission mandatée par Emmanuel Macron, qui a conclu à la responsabilité « politique, institutionnelle, intellectuelle, morale et cognitive » de la France, ont depuis contribué à apaiser les tensions. Pour Sonia Rolland, « j’espère que justice sera faite, mais aujourd’hui, déjà, une passerelle entre les deux pays existe. Je suis très optimiste », affirme-t-elle.
Enfin, interrogée sur la possibilité de revenir un jour vivre dans son pays, la réalisatrice n’écarte rien : « Pourquoi pas y retourner ? », lâche-t-elle. « Mes filles sont bientôt grandes et j’aimerais m’investir dans des projets culturels sur place. »
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