Brazil: PT Supporters Gather on Paulista Avenue for 2026 Election Results, Sao Paulo
SaO PAULO, SP - 25.10.2026: ELECTION RESULTS ON PAULISTA AVENUE - Protesters gather on Avenida Paulista to celebrate Lula's victory, this Sunday (25) in Sao Paulo. (Photo: Vincent Bosson/Fotoarena/Sipa USA)/74473803/Vincent Bosson/2610260622

« Si la victoire de Lula est incroyable, elle reste fragile dans le fond », selon le chercheur Christophe Ventura

Le président brésilien de gauche Lula a été réélu dimanche, décrochant contre toute attente un quatrième mandat inédit face à son rival d’extrême droite Flavio Bolsonaro. Une victoire historique mais un mandat qui s’annonce difficile. Entretien avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS.
Chiara Carbonnet

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Réélu à la tête du Brésil pour un quatrième mandat non consécutif, le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva devra faire face à un Congrès fortement à droite, à des finances publiques dans le rouge et à l’hostilité de Donald Trump. Les législatives du 4 octobre l’ont placé devant une situation encore plus complexe, avec un véritable raz-de-marée de la droite et de l’extrême droite. Le Parti libéral de Flavio Bolsonaro est désormais le mieux représenté, avec 121 députés sur 513 et 28 sénateurs sur 81. Au total, avec les cinq partis qui ont déclaré leur soutien au fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, la droite conservatrice a obtenu la majorité dans les deux chambres du Parlement : 286 députés (55,8 %) de la Chambre, et 51 sénateurs (63 %).

Pourtant, après un premier tour difficile où Lula était derrière Flavio Bolsonaro, il est finalement réélu à 52 % des voix au second tour. Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS – responsable du Programme Amérique Latine/ Caraïbes, et journaliste pour Le Monde Diplomatique, analyse cette victoire ainsi que les risques de cette configuration politique.

La victoire de Luiz Inácio Lula da Silva était-elle inattendue ?

Cette victoire était possible, mais il fallait mobiliser les abstentionnistes du premier tour pour lui permettre d’avoir une remontada, ce qui paraissait très compliqué. La veille de l’élection, les instituts de sondage montraient d’ailleurs les deux candidats quasiment coude à coude. Ce qui est inattendu, ce n’est tant son principe de victoire mais l’ampleur de cette dernière. Elle déjoue tous les pronostics des sondages : Lula gagne à 52% contre 48% pour Flavio Bolsonaro. C’est la première fois qu’un candidat, qui est arrivé deuxième à un premier tour,  gagne finalement une élection au Brésil. Ça n’est jamais arrivé dans l’histoire de la République brésilienne.

Le plus flagrant se joue dans le nombre d’électeurs. Lula a réuni 64 millions d’électeurs sur son nom au deuxième tour, c’est-à-dire 10 millions de plus qu’au premier tour. Flavio Bolsonaro, de son côté, rassemble moins de 60 millions de votants, c’est-à-dire seulement 3 millions de plus qu’au premier tour. Or, on pensait qu’il avait des réservoirs de voix entre les deux tours puisque les autres candidats, qui étaient plutôt de droite, appelaient à voter pour lui, ce qui restreignait les marges pour Lula.

Comment expliquez-vous cette victoire ?

Il y a là quelque chose de tout à fait inattendu : les abstentionnistes à eux seuls, environ 3 millions, ne suffisent pas à expliquer ce résultat. Cela veut dire que la campagne électorale du second tour de Lula a marché : il a réussi à mobiliser de nouveaux électeurs, peut-être même des gens qui avaient voté pour Bolsonaro au premier tour.

Je pense en particulier aux jeunes. On sait, par exemple, qu’il y a eu un travail très important sur les réseaux sociaux pour que les jeunes de 16-17 ans votent à ce deuxième tour. En effet, le vote est autorisé pour les jeunes de 16-17 ans, mais n’est pas obligatoire. Ils ont donc fait un travail de militantisme à la fois sur les réseaux sociaux et à la fois sur le terrain pour que les jeunes votent.

Ce travail a également été fait auprès des plus de 70 ans, des salariés et des femmes. Par exemple, pendant l’entre-deux tours, le gouvernement a annoncé une mesure plutôt favorable à l’électorat féminin en matière de protection contre la violence conjugale. De la même façon, ils ont réduit la semaine de travail de 44 à 40 heures pour les salariés.

Son adversaire perdant, Flavio Bolsonaro, annonce qu’il a l’intention de faire annuler le scrutin. Est-ce possible ?

Il est important de noter que pour le moment, s’il conteste en effet le scrutin, il n’accuse pas de fraude son adversaire. C’est compliqué parce qu’il n’y a pas d’élément aujourd’hui qu’il peut mobiliser pour dire qu’il y a eu des fraudes. Son accusation va indéniablement lui permettre de construire un discours dans les prochains jours, mais il sera surement trop fragile pour que les autres chefs d’État le soutiennent pour remettre en cause ce résultat et déstabiliser un pays comme le Brésil.

En réalité, Flavio Bolsonaro conteste surtout la décision de la Cour suprême qui a prolongé de deux heures les votes. En effet, les équipes de campagne de Lula ont demandé le prolongement de l’ouverture des bureaux de vote car ils considéraient que, dans un certain nombre de ville comme Sao Poalo, il y avait des entraves à la mobilité des gens via des restrictions de bus. Le tribunal suprême fédéral du Brésil a alors accepté de prolonger de deux heures l’ouverture des bureaux de vote pour que les gens aillent voter. Mais cette décision est celle d’un juge qui a été nommé par Lula, Cristiano Zanin, ainsi que son ancien avocat. Aussi, le discours de Fabio Bolsonaro est de dire que c’est du copinage et sous-entend qu’il y a une alliance dans la caste du pouvoir qui arrange Lula.

Mais pour l’instant, il n’a pas avancé des éléments sur le fait que cette décision avait provoqué des fraudes ou des renversements de tendances. Et cela sera d’ailleurs très dur pour lui de le prouver parce que, pendant le décompte final, on voit dans les courbes qu’il a autant profité que Lula de ce prolongement des horaires. Les gens ont voté pour les deux jusqu’au bout. Il va donc avoir du mal à expliquer que cette décision a eu un effet qui lui soit défavorable dans le vote.

D’autant plus que les équipes de Flavio Bolsonaro ont fait exactement la même demande au juge de la même cour suprême pour d’autres motifs, parce que dans d’autres endroits du pays, ils considéraient que des pluies torrentielles empêchaient les gens d’aller voter dans de bonnes conditions.

Depuis les élections générales de début octobre, le Congrès brésilien a obtenu une grande majorité à droite et à l’extrême droite. Lula aura-t-il une marge de manœuvre ?

Si la victoire de Lula est incroyable, elle reste fragile dans le fond. Lula a réussi à casser la dynamique qui domine au Brésil : le bolsonarisme. Mais aujourd’hui, le bolonarisme a le Congrès entre ses mains, une majorité d’États du Brésil ainsi qu’une majorité de villes. Les marges de manœuvre de Lula vont être, de fait, les plus réduites qu’il n’ait jamais connues de tous ses gouvernements. Il va devoir se confronter à un Congrès dans lequel son propre parti et la gauche en général se sont extrêmement réduits : seulement 88 députés sur 513 membres sont de gauche et au Sénat 27 sur 81 membres.

Lula peut espérer trouver dans le centre des voies sur certains projets mais le Centrao s’est également largement réduit depuis les élections d’octobre. De plus, la plupart des députés et sénateurs du centre sont aujourd’hui en faveur du parti libéral de Bolsonaro.

Quels sont les risques de cette configuration politique ?

Le Congrès peut, d’une part, bloquer les projets de loi du gouvernement, d’autre part bloquer leur nomination de juges à la Cour suprême. Dans un autre scénario, le Congrès, en théorie, peut engager une procédure de destitution contre Lula, comme Dilma Roussef en 2016.

Par exemple, sur le plan économique et commercial, une fois que le gouvernement sera en place, il n’est pas du tout sûr que les parties du centre et de la droite laisseront passer certaines lois sur les questions sociales, les droits ou l’augmentation des dépenses publiques. Le gouvernement sera dans une bataille permanente au bout de laquelle le Congrès aura le mot final.

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