A mi-mandat, certains députés ont le blues
"On ne sert à rien", "on s'emmerde": en public ou en privé, certains députés confessent leur déception à mi-mandat à l'Assemblée, faute de marge...

A mi-mandat, certains députés ont le blues

"On ne sert à rien", "on s'emmerde": en public ou en privé, certains députés confessent leur déception à mi-mandat à l'Assemblée, faute de marge...
Public Sénat

Par Adrien DE CALAN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

"On ne sert à rien", "on s'emmerde": en public ou en privé, certains députés confessent leur déception à mi-mandat à l'Assemblée, faute de marge de manœuvre, pendant que d'autres ont su tirer leur épingle du jeu.

C'est avant tout dans l'opposition qu'il semble difficile d'exister. Certains arrivaient pourtant la fleur au fusil en 2017: "On nous avait présenté LREM comme un groupe de gens très ouverts, du +nouveau monde+. Mais on se rend compte qu'ils ne veulent faire aucun compromis", égratigne Pierre Cordier (apparenté LR), qui assure cependant ne pas avoir le "blues" et jouer son rôle de "contrôle" en commission.

Depuis la crise des "gilets jaunes" et le grand débat national, la volonté affichée par la majorité de mieux tenir compte des oppositions n'a que peu d'effets.

L'adoption mi-octobre d'une proposition de loi des Républicains en faveur du bracelet antirapprochement pour les conjoints violents fait figure d'exception. Les "marcheurs" ont été pris de court, en plein Grenelle des violences conjugales.

Dans la même veine, très peu d'amendements de la droite ou de la gauche sont retenus, malgré leur nombre souvent record sur les textes de loi.

Valérie Rabault le 19 juin 2019 à l'Assemblée
Valérie Rabault le 19 juin 2019 à l'Assemblée
AFP/Archives

Ainsi, sur le budget qui occupe presque tout l'automne, "on ne sert à rien" et "c'est désespérant", a lâché la cheffe de file des députés PS Valérie Rabault sur Public Sénat. Son groupe préfère désormais "mener des actions plus locales" autour de ses propositions, par exemple sur l'hôpital en crise.

Temps fort au Palais Bourbon, la séance des questions au gouvernement dans leur nouvelle formule - uniquement le mardi et non plus en deux temps - ne satisfait pas davantage.

Le temps de parole a été pourtant accru pour les oppositions, et un "droit de réplique" créé. Mais la séance, sur plus de deux heures, est perçue comme trop longue. "On se fait chier!", balaie une collaboratrice.

Cette attachée parlementaire se dit "nostalgique des coups politiques" des précédentes législatures.

Les "marcheurs" se montrent moins souvent "godillots" qu'au début, mais Stella Dupont, de l'aile gauche, reconnaît qu'"on n'est pas toujours assez ferme, pas suffisamment exigeant parfois" à l'égard de l'exécutif, plus "expérimenté".

- Au bazooka -

Sa collègue LREM Perrine Goulet, engagée pour la protection de l'enfance, a aussi l'impression "de devoir se battre constamment pour être entendue" et voudrait que le gouvernement "écoute plus les élus des territoires".

Certains députés ont cependant trouvé comment utiliser la caisse de résonance du Parlement.

La jeune garde LR, cette dizaine d'élus arrivés en 2017, est très présente en séance et attaque au bazooka. L'un d'eux, Aurélien Pradié, 33 ans, vient d'être promu secrétaire général de son parti.

François Ruffin (LFI) à l'Assemblée en octobre 2019
François Ruffin (LFI) à l'Assemblée en octobre 2019
AFP/Archives

A l'autre bout de l'hémicycle aussi, les Insoumis, qui ne sont que 17 emmenés par Jean-Luc Mélenchon, usent des réseaux sociaux pour mettre en lumière leurs interventions à coup de formules chocs ou "happenings".

Réduits à une trentaine et n'ayant plus la main, les socialistes semblent eux ne pas encore avoir digéré le bouleversement de 2017.

"Le PS est assez éteint. Il y a des bosseurs et des gens remarquables, mais on ne les entend pas. Ils ne font pas le buzz comme les Insoumis", juge un ex-socialiste passé chez LREM.

Leur porte-parole Boris Vallaud, ex-conseiller de François Hollande à l'Elysée, confie à l'AFP une "interrogation" sur son rôle, compte tenu de la faiblesse "institutionnelle" du Parlement français par rapport à l'Allemagne ou l'Angleterre.

"Est-ce que l'activisme des ONG comme Oxfam, Human Rights Watch ou Bloom sur la pêche électrique n'est pas plus efficace ? Est-ce que (l'économiste à succès Thomas) Piketty n'apporte pas plus?".

Pour les déçus du Parlement, les municipales de mars seraient-elles la voie de sortie idéale ? Au moins une quarantaine de députés seront candidats: une vingtaine chez LREM, une dizaine chez LR, six ou sept au Modem, quatre au PS et un communiste.

L'Alsacien Laurent Furst (LR), qui a épinglé dans Le Parisien un Parlement "décoratif", rêve par exemple de retrouver son siège de maire à Molsheim.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Gerard Larcher elu President du Senat
6min

Politique

« Grand oral », « intox » et promesses : un match oppose Patrick Kanner à Rachid Temal pour la tête du groupe PS du Sénat

Les 62 sénateurs PS vont élire ce mercredi leur président de groupe. Le sortant Patrick Kanner, président depuis 2018, voit son poste convoité par Rachid Temal, qui pointe le manque de collégialité. Entre grands oraux passés ce mardi par le courant d’Olivier Faure et discussions de couloirs, cette campagne courte et discrète n’en est pas moins intense.

Le

« Ce sera du jamais vu depuis l’entre-deux-guerres » : le coût annuel de notre dette continue sa remontée, menaçant d’asphyxier nos capacités d’action
8min

Politique

« Ce sera du jamais vu depuis l’entre-deux-guerres » : le coût annuel de notre dette continue sa remontée, menaçant d’asphyxier nos capacités d’action

La hausse des taux d’intérêt continue de s’élever à un rythme qui n’avait pas été anticipé. Elle renchérit à la fois le coût des nouvelles émissions de dette mais aussi le renouvellement des anciens bons du Trésor. Selon l’économiste Anthony Morlet-Lavidalie, la charge annuelle de la dette pourrait à moyen terme retrouver des niveaux que la France n’avait plus connu depuis l’entre-deux-guerres.

Le

Paris : Block Everything protest day
7min

Politique

Blocus des lycées : « Une fois sorti du tube, le dentifrice ne rentre plus »

Parti de revendications sur les moyens, le manque d’enseignants ou les conditions d’étude, le mouvement lycéen s’étend de ville en ville. Le soutien affiché de La France insoumise et la réponse ferme du gouvernement ont progressivement déplacé la contestation sur le terrain politique. Mais les sociologues insistent sur l’autonomie des élèves et redoutent que l’affrontement entre adultes ne finisse par éclipser leurs revendications.

Le

La Seyne-sur-Mer RN party’s President Jordan Bardella
8min

Politique

Accusations d'antisémitisme : « La défense de Jordan Bardella est assez classique. C’est celle de Fillon en 2017 », selon le communiquant Philippe Moreau-Chevrolet

Dans la tourmente depuis lundi et l’article de Mediapart qui a révélé des écrits antisémites datant de 2013, le président du RN, Jordan Bardella, a annoncé dans la foulée le dépôt d’une plainte pour diffamation et dénonce une opération destinée à le « tuer politiquement ». Cette mise en avant d’une « manipulation » n’est pas sans rappeler la défense de François Fillon il y a 10 ans et pose la question d’une future mise à l’écart de celui censé former un ticket avec Marine Le Pen pour l’élection présidentielle.

Le