Paris: Gerard Larcher elu President du Senat
Crédit : ISA HARSIN/SIPA

« Grand oral », « intox » et promesses : un match oppose Patrick Kanner à Rachid Temal pour la tête du groupe PS du Sénat

Les 62 sénateurs PS vont élire ce mercredi leur président de groupe. Le sortant Patrick Kanner, président depuis 2018, voit son poste convoité par Rachid Temal, qui pointe le manque de collégialité. Entre grands oraux passés ce mardi par le courant d’Olivier Faure et discussions de couloirs, cette campagne courte et discrète n’en est pas moins intense.
François Vignal

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Ce n’est pas Sciences Po, mais le groupe PS du Sénat. Pourtant, les deux candidats à la présidence du groupe socialiste, le sortant Patrick Kanner, sénateur du Nord et président depuis 2018, et Rachid Temal, sénateur du Val-d’Oise, ont planché ce mardi devant les sénateurs PS, du moins une partie. Avant le vote, à bulletins secrets, ce mercredi matin, les deux candidats ont passé chacun un « grand oral » devant les membres du « TOA », le texte d’orientation A, soit la motion qui a soutenu Olivier Faure au dernier congrès.

Après Rachid Temal ce mardi matin, c’était au tour de Patrick Kanner cet après-midi, qui a déroulé un exposé de près d’une heure, sur deux heures d’entretien. Pour rappel, les deux sénateurs sont issus du même courant, le TOC, celui qui a soutenu Nicolas Mayer-Rossignol lors du congrès. Mais ils visent le même poste de président de groupe. Un groupe qui limite la casse après les sénatoriales, avec au dernier pointage 62 sénateurs, contre 64 avant le scrutin. Le cas de l’ex-ministre d’Emmanuel Macron et ancien président du groupe PS, François Rebsamen, qui a demandé à rejoindre le groupe, devra être tranché collégialement.

« Je pense qu’il y aura plus un accord avec Rachid Temal », selon un représentant du courant d’Olivier Faure

Bilan des courses du grand oral ? « Je pense qu’il y aura plus un accord avec Rachid Temal. Ce matin, ça s’est très bien passé », avance un sénateur membre du TOA, qui « pense que Patrick Kanner est en position de faiblesse ».

Alors que Rachid Temal a appelé à des changements de méthode à la tête du groupe, le même sénateur affirme que le sénateur du Val-d’Oise « s’engage sur un copilotage avec les différentes sensibilités, de manière claire, nette et précise », notamment via « un comité qui rassemble les trois textes d’orientation », et « de faire un peu de prospective à six mois. On a l’impression de subir l’actualité, de ne pas être préparé ou de la créer ». Ce pro Faure pense que « le TOB (celui derrière Boris Vallaud, ndlr) « va suivre le mouvement » vers Rachid Temal.

« On s’oriente vers un soutien au candidat Kanner », affirme un membre du courant de Boris Vallaud

Pas de « grand O » pour le courant de Boris Vallaud. Mais les représentant du TOB ont aussi bien sûr échangé avec les deux impétrants. Et attention aux « intox », met en garde l’un de ses représentants. « Chacun gonfle ses muscles. Mais les muscles gonflés, ce n’est pas toujours ceux qu’on a », persifle ce sénateur PS, qui décrit une autre réalité : « Le TOB s’est réuni ce matin. On essaie de regarder les propositions des uns et des autres. Nous avons été reçus par les deux candidats à la présidence du groupe. On a discuté. On veut des évolutions dans la pratique du groupe. Et on s’oriente vers un soutien au candidat Kanner », confie ce sénateur PS membre du TOB.

Un vote qui pourrait faire sens. Sur le plan national, « il y a un travail très constant entre le TOB et le TOC maintenant », dans la cadre de la présidentielle, souligne un soutien de Patrick Kanner, qui remarque qu’à l’inverse, « il y a eu des rapprochements entre Rachid Temal et la direction nationale du PS ».

Après le renouvellement, les nouveaux rapports de force interne donnent 27 sénateurs affiliés au TOC, qui devrait se diviser entre les deux candidats, 19 pour le TOA et 12 pour le TOB, selon les chiffres d’un sénateur PS. « Mais ce n’est pas une question de texte d’orientation », met en garde un autre sénateur, « c’est une question de personnalité, de bilan. Et le groupe a bien tenu dimanche ».

« Système florentin », « frustrations » et « ambitions personnelles »

C’est bien en effet la vie interne du groupe et son fonctionnement, que les opposants de Patrick Kanner pointent. « Il faut sortir d’un système florentin pour donner un nouveau souffle et entrer dans un système collectif, transparent, qui émane de tout le monde, pour que les trois sensibilités, et ceux qui ne sont pas au PS, soient pleinement associés », défend un soutien de Rachid Temal, qui ajoute : « Si certains n’ont jamais le ballon, on gagne rarement des matchs ». Il pointe au passage qu’« il y a trois ans, Patrick Kanner avait dit qu’il ne ferait pas de quatrième mandat ».

« Et est-ce qu’ils pensent qu’avec Rachid Temal, ce sera mieux ? » retorque benoîtement un soutien de Patrick Kanner. « La réalité, c’est que dans un groupe, il y a toujours des frustrations, ceux qui n’auraient pas eu telle ou telle fonction. Après, le groupe doit progresser dans la communication et l’accès à la communication des sénateurs, via les réseaux sociaux. Patrick Kanner en a conscience et la volonté de changer des choses », assure le même. Pointant « les ambitions personnelles », ce sénateur « pense que Patrick Kanner sera reconduit ».

« Il y a la logique politique et des discussions de marchand de tapis »

La question des postes à responsabilité, vice-présidence, questure, place dans les commissions, groupe d’amitié, etc, fait aussi « partie des discussions », comme dit pudiquement un sénateur PS, qui ajoute : « Il y a la logique politique et des discussions de marchand de tapis ». Sur ce plan, les deux camps s’accusent des mêmes travers. « Si chacun des deux candidats doit respecter tous les postes suggérés, je crains que ça fasse beaucoup de postes à responsabilité », raille un sénateur. « Je crois que la commission des finances a 250 postes », s’amuse un autre socialiste.

Entre « boules puantes » et propos de campagne, un « camarade » espère que « ça ne laissera pas trop de traces ». Un autre rappelle qu’« après, on se rassemblera. Il y a l’arrivée d’un groupe RN, une droite qui se radicalise, le combat à mener pour gagner la présidentielle ». Après le dépouillement et l’annonce du résultat, vers l’heure du déjeuner, « on boira un verre tous ensemble », rassure un socialiste. Un bon début.

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