La Seyne-sur-Mer RN party’s President Jordan Bardella
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Accusations d’antisémitisme : « La défense de Jordan Bardella est assez classique. C’est celle de Fillon en 2017 », selon le communiquant Philippe Moreau-Chevrolet

Dans la tourmente depuis lundi et l’article de Mediapart qui a révélé des écrits antisémites datant de 2013, le président du RN, Jordan Bardella, a annoncé dans la foulée le dépôt d’une plainte pour diffamation et dénonce une opération destinée à le « tuer politiquement ». Cette mise en avant d’une « manipulation » n’est pas sans rappeler la défense de François Fillon il y a 10 ans et pose la question d’une future mise à l’écart de celui censé former un ticket avec Marine Le Pen pour l’élection présidentielle.
Simon Barbarit

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« Manipulation », « barbouzerie », « tentative d’assassinat politique »… Depuis 24 heures, Jordan Bardella multiplie les qualificatifs pour nier les propos qui lui sont attribués dans un article de Mediapart, publié lundi après-midi. Parmi les citations rapportées, on trouve une conversation de 2013 dans laquelle Jordan Bardella écrivait : « Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur » ou encore « les banques sont toutes détenus [sic] par des Juifs ».

Après s’être invité sur CNews lundi soir, où il a annoncé le dépôt d’une plainte en diffamation contre Mediapart, Jordan Bardella a répété les éléments de langage de sa défense devant les députés et sénateurs de son parti, lors d’une réunion de groupe à l’Assemblée. Assis aux côtés de Marine Le Pen, il s’en est pris au journal Mediapart, qu’il a qualifié « d’extrême gauche » et composé, selon lui, « de fanatiques ». Ces révélations n’auraient pour lui qu’un seul objectif : « tuer » sa carrière politique. « Il est évident que nous sommes confrontés à un feuilleton […]. D’autres articles sortiront sur ce sujet comme sur d’autres sujets. S’il y a des éléments écrits, je vous annonce que je déposerai une plainte pour faux et usage de faux », a-t-il anticipé.

« Une défense assez ringarde et inefficace qui le fait passer pour un coupable »

« La défense de Jordan Bardella est assez classique. C’est celle de Fillon en 2017. Elle consiste à nier les accusations, et à déplacer la question vers le terrain politique, en évoquant la piste d’un complot. Ce sont les deux branches d’une défense assez ringarde et inefficace qui le fait passer pour un coupable. Il aurait été plus simple de reconnaître qu’il a pu avoir de telles idées par le passé mais qu’il a évolué. Ce n’est pas la première fois qu’un acteur politique est rattrapé par un passé encombrant », analyse Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication politique et enseignant à Sciences Po Paris.

Le communicant est plus perplexe sur l’attitude de Marine Le Pen. Interpellée, lundi, par les journalistes lors d’un déplacement au salon des professionnels de la construction à Paris, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale est apparue consternée, comme cueillie à froid par ces révélations. « Ce sont des accusations folles […]. Ça me paraît totalement dingue. Je suis absolument convaincue qu’une action en diffamation va être introduite », a-t-elle déclaré tout en confiant ne pas avoir lu l’article. « Je n’ai même pas besoin d’en parler avec Jordan Bardella. Ce n’est pas que ce n’est pas un sujet, c’est que c’est une dinguerie », a-t-elle poursuivi.

« Confiance absolue » de Marine Le Pen à Jordan Bardella. Jusqu’à quand ?

« C’est une défense extraordinairement forte avec une implication au premier plan », commente Philippe Moreau Chevrolet. Il y voit deux explications possibles. « Cela peut être une prise de conscience des enjeux car son mouvement est présenté depuis quelques années comme un mouvement de défense des juifs contre La France insoumise. Ou alors elle cherche à enterrer Bardella en renforçant la médiatisation de l’affaire, en l’amplifiant. L’entourage de Jordan Bardella a déjà été chassé de la direction du parti depuis que l’arrêt de la cour d’appel a permis à Marine Le Pen d’être candidate. Ce qui incite à penser que la situation est plus complexe qu’elle n’y paraît, c’est que la source de ces révélations provient de l’extrême droite. Il ne faut pas raisonner en termes de logique électorale. Le RN est une PME familiale qui a toujours combattu les tentatives de prises de contrôle extérieures. Au printemps dernier, Jordan Bardella s’est présenté en présidentiable en faisant la couverture de Paris Match avec sa compagne, Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Dans son dernier livre, il ne cite qu’une fois Marine Le Pen. Il a tenté de s’émanciper, comme Bruno Mégret a pu le faire avant lui. La différence est que Jordan Bardella est très populaire. Ces révélations permettent de l’évincer du jeu suffisamment tôt pour ne pas trop pénaliser la campagne. Il a, en tout cas, déjà perdu son statut de premier ministrable ».

Devant les parlementaires RN, ce matin, Marine Le Pen a pourtant réaffirmé son soutien à l’eurodéputé lui exprimant sa « confiance absolue ». « Nous n’allons pas nous laisser faire ». « Nous allons démonter cette manipulation », a-t-elle promis.

« Jordan Bardella est quand même très fragilisé. Il y a eu une polémique avec son déplacement en Grande-Bretagne à la rencontre de Nigel Farage, ses doutes sur la mesure visant à interdire le voile dans l’espace public ou encore sur la réforme des retraites. On a l’impression que quelque chose dysfonctionne entre eux. Le risque, c’est que Jordan Bardella devienne un fardeau pour Marine Le Pen dans cette campagne », appuie Gilles Ivaldi, spécialiste de l’extrême droite et chercheur au Cevipof.

« Mais l’idée du ticket Bardella-Le Pen, si elle a pu être actée pendant la précampagne, la logique politique fait que si Marine Le Pen gagne la présidentielle, elle aura besoin d’ouvrir sa majorité. Même sans cette polémique, la question se serait posée d’avoir un Premier ministre issu des rangs de LR, par exemple. Car elle aura besoin des voix de la droite pour gagner la présidentielle et surtout les législatives », poursuit-il.

Le politiste rappelle également le travail de Marine Le Pen depuis son accession à la présidence du Front national en 2011 pour écarter les antisémites de son parti. « Elle a reconnu, par exemple, la responsabilité de l’État français dans la rafle du Vel d’Hiv. Jordan Bardella, pour l’instant, se défend avec un contrefeu. Il évoque un complot, mais n’a pas formulé, à ce stade, une vraie condamnation de l’antisémitisme ».

Un autre argument de défense mis en avant par Jordan Bardella consiste à souligner que, depuis ses débuts en politique, il n’a cessé d’être « lasérisé », « mis à nu », « passé au crible ». « On n’a jamais rien trouvé me concernant », a-t-il soutenu. De quoi faire sourire Safia Dahani, docteure en science politique du LaSSP de Sciences Po Toulouse, spécialiste du RN. « Ce qui m’étonne, c’est qu’il pensait que ça ne sortirait jamais. La proximité entre Alain Soral et le FN a été documentée, ce n’est pas surprenant d’apprendre que Jordan Bardella, comme les anciens militants de Banlieues patriotes, a été politisé a minima avec les vidéos de Soral. Pour reprendre les termes de Jordan Bardella cités dans Mediapart, la politique, c’est de la communication. Une partie de l’espace journalistique a cru à la dédiabolisation et a diffusé les éléments de langage du parti. D’un point de vue universitaire, on sait que les liens existent toujours entre les milieux identitaires et les élus du parti. On retrouve les premiers dans les cabinets, parmi les collaborateurs parlementaires, par exemple. Ils partagent la même vision du monde raciste et antisémite. Dans les fédérations, quand les caméras sont éteintes, les discussions sont celles de gens politisés à l’extrême droite ».

Le RN de retour dans le champ de la diabolisation

Les révélations auront-elles un impact sur les intentions de vote ? Marine Le Pen, qui caracole en tête dans les sondages, pourrait-elle pâtir de cette affaire ? « L’effet sur le cœur de l’électorat RN sera, à mon avis, marginal, mais il pourrait avoir un impact sur l’électorat périphérique du parti, car il le remet dans le champ de la diabolisation. Cette polémique tombe assez mal pour Marine Le Pen. Au moment où elle met un peu plus de crédibilité dans sa campagne en présentant son programme sur le logement, ses propositions sur le budget…, elle est ramenée à l’aspect le plus radical de son parti par la porte d’entrée la plus stigmatisante, l’antisémitisme », note Gilles Ivaldi.

 

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