A Paris, les locations de meublés touristiques au cœur des municipales
En pyjama et le regard ensommeillé, la jeune Anglaise qui a ouvert la porte le reconnaît d'emblée: oui, elle a loué ce meublé...

A Paris, les locations de meublés touristiques au cœur des municipales

En pyjama et le regard ensommeillé, la jeune Anglaise qui a ouvert la porte le reconnaît d'emblée: oui, elle a loué ce meublé...
Public Sénat

Par Cécile AZZARO

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En pyjama et le regard ensommeillé, la jeune Anglaise qui a ouvert la porte le reconnaît d'emblée: oui, elle a loué ce meublé touristique du 11e arrondissement de Paris sur le site AirBnb. Les agents contrôleurs de la ville s'en doutaient, le propriétaire est en infraction.

"Un souci?", s'inquiète la jeune femme, surprise par cette visite matinale du bureau de la protection des locaux d'habitation de la ville de Paris, au 6e étage de cet immeuble de l'avenue Parmentier. Pas pour elle, mais le propriétaire qui a déclaré l'appartement en résidence secondaire n'avait pas le droit de l'inscrire sur les plateformes de location de courte durée et risque une forte amende.

Très rentables pour les propriétaires, les offres de location de meublés touristiques sur des sites comme Airbnb ou Booking se sont multipliées ces dernières années à Paris, l'ampleur du phénomène devenant un enjeu des prochaines municipales.

Face au manque de logements dans la capitale, tous les candidats pointent ces plateformes, accusées de détourner des logements du marché locatif classique, au détriment des Parisiens.

Paris compte 65.000 annonces de meublées touristiques sur Airbnb, et on estime ce nombre autour de 80.000 sur l'ensemble des plateformes, explique François Plottin, à la tête des 30 agents municipaux chargés du contrôle.

Pour être dans la légalité, le propriétaire aurait dû effectuer "un changement d'usage" de son appartement: très contraignante à Paris, cette procédure impose une "compensation", c'est-à-dire la transformation d'un local commercial en un logement de surface équivalente.

Si le logement avait été sa résidence principale, le propriétaire aurait pu, selon la règlementation, louer son appartement jusqu'à 120 jours par an.

- "Hors la loi" -

La ville estime qu'"entre 25.000 et 30.000" appartements sont loués à l'année via Airbnb. La plateforme répond que seuls quelque 4.100 logements entiers ont été loués plus de 120 jours en 2019, et seulement 1.040 toute l'année.

La loi oblige aussi les propriétaires à s'enregistrer auprès de la ville, mais selon les dernières données communiquées par Airbnb à la mairie, seulement 45% des mises en location touristiques ont un numéro d'enregistrement.

"Ces agréments sont compliqués à obtenir, tout est fait pour que ce ne soit pas possible", regrette Nicolas Tsaros, propriétaire de cinq appartements dans le XVe, près de la tour Eiffel, mis en location sur Airbnb sans autorisation.

"Je suis hors-la loi", reconnaît l'auteur de "Chroniques d'un loueur Airbnb à Paris". Assigné en justice -pour ses logements achetés via des emprunts qu'il rembourse toujours-, ce salarié en CDI explique ne pas être "un professionnel de Airbnb", mais avoir voulu "se diversifier", "encouragé" par les banques.

Il dénonce une volonté de la mairie de "nous bouter hors du marché" du tourisme, "alors qu'il y a une demande extrêmement forte".

Ses appartements sont "pleins à l'année", à raison de 130 euros la nuitée. Après remboursement des emprunts, charges, travaux et impôts, M. Tsaros dit gagner "environ 500 euros net par mois et par appartement".

Il encourt désormais jusqu'à 50.000 euros d'amende par appartement. A Paris, 400 dossiers par an obtiennent une condamnation.

Le coeur de Paris ou la butte Montmartre sont particulièrement touchés et enregistrent un grand nombre de plaintes de co-propriétaires ou riverains: va-et-vient incessants, parties communes dégradées, transmission des codes d'entrées intempestifs et nuisances sonores.

- "Pétards et feux de Bengale"-

Dans le quartier Montorgueil-Saint-Denis (IIe), "il s'est posé deux alternatives: est-ce qu'on lutte ou est-ce qu'on part?", avoue Franck Briand, membre du collectif "Parisvsbnb" (Paris versus Airbnb) et résident d'une petite co-propriété, devenu "invivable" lorsqu'un propriétaire a transformé un ancien garage en un meublé touristique pouvant accueillir jusqu'à 15 personnes, dont une partie à la cave.

Le propriétaire, qui gère plus de 37 meublés dans le quartier, a fait un dossier de +changement de destination+ pour transformer des locaux commerciaux en logement. Une pratique légale, mais "pas suffisamment encadrée", regrette M. Briand.

"On a eu des groupes venus faire la fête avec pétards, feux de Bengale et hurlements toute la nuit", se souvient-il. La co-propriété a finalement obtenu en justice que la cave soit fermée, réduisant le nombre d'hôtes possible à six.

Dans le quartier, explique M. Briand, les gestionnaires de meublés de tourisme incitent les propriétaires à modifier leur baux pour faire du Airbnb, quand ce ne sont pas les résidents eux-mêmes qui partent à cause des nuisances. Résultat, moins de familles, des classes fermées, moins de commerces traditionnels : cela a eu "un effet destructeur sur le quartier".

caz/jk

Partager cet article

Dans la même thématique

A Paris, les locations de meublés touristiques au cœur des municipales
3min

Politique

Crise pétrolière : « Avec le transport maritime à la voile on est à 1g de CO2 par tonne de matériel transporté au km » se réjouit cet entrepreneur

Alors que le détroit d’Ormuz est toujours bloqué, et que les prix des hydrocarbures sont toujours au plus haut, certaines solutions de transports maritimes, hier décriées, montrent tout leur intérêt. Avec un taux d’émission de gaz à effet de serre faible et une ressource inépuisable, le transport maritime à la voile développé par une jeune entreprise bretonne a tous les avantages, comme l’explique ce chef d’entreprise dans l’émission « dialogue citoyen » présentée par Quentin Calmet.

Le

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le