Paris: Debat reforme des retraites au Senat
Credit:ISA HARSIN/SIPA/2303022124

Sénatoriales : Guillaume Gontard va quitter la présidence du groupe écologiste, après six années passées à sa tête

Après le prochain renouvellement sénatorial du 27 septembre prochain, Guillaume Gontard quittera la présidence du groupe écologiste qu'il occupe depuis 6 ans. L'élu de l'Isère n'est pas renouvelable, mais a décidé de passer la main à la rentrée prochaine. Il se dit fier du travail accompli et « d'avoir pu instaurer une parole écologiste qui compte » au sein de la Haute Assemblée.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

5 min

Publié le

À la session parlementaire prochaine, Guillaume Gontard quittera la présidence du groupe écologiste du Sénat. Il l’a annoncé à ses collègues cette semaine. « Je pars sur un record. J’ai été le président d’un groupe écologiste du Parlement français avec la plus grande longévité », nous rappelle-t-il.

Élu en 2017 sur une liste soutenue par EELV, le PCF et Génération.s, Guillaume Gontard avait d’abord été affilié au groupe CRCE (communiste), faute d’élus écolos suffisants pour former un groupe. Il en faut 10 au Sénat. En 2020, les élections sénatoriales voient réapparaitre un groupe écologiste à la chambre haute, après celui présidé par Jean-Vincent Placé puis Jean Desessard, entre 2012 et 2017. Dans un vote serré au sein de ce groupe composé à l’époque de 12 sénateurs, Guillaume Gontard s’imposera face à sa rivale, pourtant plus médiatique, l’élue de Paris, Esther Benbassa.

« J’ai le sentiment d’avoir accompli ma tâche »

Six ans plus tard, sa promesse de porter au Sénat « la voix de l’urgence sociale, climatique et démocratique », est tenue selon lui, de quoi passer la main sereinement. « J’aurais pu redemander à mes collègues de m’élire de nouveau président, il n’y a pas de limite de mandat dans nos statuts, mais ce n’est pas ce que je souhaite. J’ai le sentiment d’avoir accompli ma tâche », indique-t-il.

Guillaume Gontard est d’autant plus serein que le groupe écologiste devrait avoir encore de longues années devant lui. Avec sept sénateurs renouvelables sur un total de 16 membres actuellement, le groupe pourrait perdre quelques sièges après les défaites des écologistes à Bordeaux et Strasbourg, lors des dernières municipales. Le groupe est, néanmoins, assuré de survivre au prochain renouvellement. « Les sénatoriales de 2029 seront même plus favorables. On a une perspective sur le long terme », se réjouit-il.

En regardant dans le rétroviseur, Guillaume Gontard rappelle que la vie du groupe n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. « On a dû gérer une situation assez grave avec Esther Benbassa ». En effet, en 2021, un an après sa constitution, le groupe avait décidé d’exclure la sénatrice de Paris à la suite des témoignages de huit de ses anciens collaborateurs parlementaires, recueillis par Médiapart, faisant état de harcèlement moral. « Ça nous a fait réfléchir sur comment mieux aborder ces questions de harcèlement mais aussi ces questions de violences sexuelles et sexistes. Nous avons mis en place une charte, un programme de formation… Et le groupe a toujours poussé auprès des instances du Sénat pour aborder ces sujets avec plus de transparence », soutient l’élu.

Dernier exemple en date, en mars dernier, Guillaume Gontard n’avait pas hésité à envoyer un courrier au président du Sénat, Gérard Larcher, lui demandant de saisir le comité de déontologie après la plainte visant le sénateur LR Thierry Meignen, pour menaces de mort envers la journaliste Nassira El Moaddem.

Au rang des succès législatifs des écologistes du Sénat, Guillaume Gontard cite sans hésiter l’inscription de l’IVG dans la Constitution. Fin 2022, une proposition de loi de la sénatrice Mélanie Vogel, cosignée par 118 sénateurs de sept groupes politiques visant à consacrer au sommet de la pyramide des normes cette liberté fondamentale, s’était d’abord heurtée à l’opposition d’une grande partie de la majorité sénatoriale de droite et du centre. « Ça a été un long travail pour finalement trouver une majorité au Sénat sur une proposition que souhaitaient voir adoptée une grande partie des Français ».

Guillaume Gontard n’oublie pas non plus l’impact, dans le débat public, des commissions d’enquête lancées par son groupe. En 2023, il fut rapporteur d’une commission d’enquête sur les politiques publiques de rénovation énergétique. « Quand on voit les propositions du gouvernement aujourd’hui pour faire face à la canicule, on se dit qu’on a perdu du temps ». Ont ensuite suivies les commissions d’enquête sur les obligations climatiques de TotalEnergies et les marges dans la grande distribution.

« Notre rôle, à gauche, est de donner le ‘’la’’ sur certains textes »

« On a pu instaurer une parole écologiste qui compte au sein du Sénat. On a vu, lors de l’examen du projet de loi sur l’urgence agricole, qu’on pouvait apporter une autre vision des choses. Nous avons très vite cassé cette image de bobos déconnectés. Nos collègues ont vu que les sénateurs écologistes avaient des convictions et savaient de quoi ils parlaient, que ce soit sur les sujets agricoles, les libertés publiques ou les questions sociales. Gérard Larcher a d’ailleurs rendu un hommage cette semaine à Raymonde Poncet Monge (sénatrice écologiste du Rhône qui va quitter le Sénat cette année), qui a été très active lors de l’examen de la réforme des retraites. Souvent, nos collègues de gauche, socialistes et communistes, regardent ce qu’on va faire avant un vote, car nous nous abstenons rarement. Notre rôle, à gauche, est de donner le ‘’la’’ sur certains textes avec une ligne de fermeté sur les questions de transition écologique et la défense des libertés publiques », résume-t-il.

Au moment de passer la main, Guillaume Gontard n’a pas désigné de successeur et indique simplement sa préférence de voir une femme prendre la tête du groupe. De là à y voir un soutien à Mélanie Vogel…

 

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le